Bruno Domen : "La sécurité est un droit, pas un luxe”

Nouvelles caméras de surveillance, création d’une brigade de nuit à la police municipale et extension de ses horaires de travail, ou encore une charte de bonne conduite pour les débits de boissons, la ville hausse le ton contre les incivilités et les nuisances sonores. Bruno Domen promet plus de moyens pour la répression, mais aussi pour la sensibilisation des jeunes.
“Nous avons pris près de 15.000 habitants en 15 ans, il faut anticiper et agir quand nous le pouvons”, explique Bruno Domen à la presse, qu’il a convoquée à la mairie annexe de Piton Saint-Leu pour dévoiler son nouveau plan de “sécurité publique”. Le maire rappelle que ces dernières années, la délinquance a augmenté de 27,8 %, les atteintes à l’ordre public de 35 % et les atteintes aux personnes et aux biens de 40 %.
“Ces chiffres sont issus des données de la gendarmerie et de nos services”, précise Jean-Noël Ellaya, le chef de la police municipale de la commune.
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Une équipe de nuit au moins cinq soirs par semaine
La ville veut donc investir dans l’humain et la technologie. “C’est un allié, mais elle ne peut pas remplacer les agents”, ajoute le maire. Ainsi, quatre nouveaux policiers seront recrutés dans les prochains mois, pour faire face à l’augmentation du volume d’heures et à la création d’un service de nuit au moins cinq soirs par semaine, jusqu’à 2 h du matin. Deux policiers municipaux sont en cours de formation pour devenir maîtres-chiens, ce qui offrira des possibilités de pistage en cas de disparition, mais aussi de défense face à des individus plus récalcitrants. Les horaires d’ouverture en semaine ont aussi été élargis, avec une disponibilité de la police municipale de 7 h à 19 h, contre 16 h auparavant.
“On ne veut pas se laisser déborder, et on préfère anticiper. Avec les travaux de rénovation du centre-ville et de Piton Saint-Leu, c’est le moment de réfléchir à l’installation de nouvelles caméras aux endroits stratégiques”. Une cinquantaine sont prévues pour les trois prochaines années, pour un coût total d’un million d’euros, financé à 50 % par l’État et 50 % par la mairie. “Nous sommes passés de 8 à 14 agents aujourd’hui, et nous allons continuer à renforcer nos effectifs. Un centre de supervision urbaine, avec quatre ASVP, va permettre de traiter ces images. Un effort sera fait pour que ces postes soient réservés à des personnes à mobilité réduite pour plus de diversité dans nos effectifs”, poursuit le maire.
“12 000 personnes dans le centre-ville, du jeudi au dimanche”
La ville veut aussi tenter de diminuer les nuisances sonores, “aussi bien dans les résidences qu’autour des établissements recevant du public”. Une meilleure coopération entre forces de l’ordre et bailleurs sociaux est prévue. “Nous allons aussi mettre en place un observatoire de la tranquillité publique, qui réunira policiers et gendarmes, associations de quartiers, bailleurs et nos médiateurs”, explique encore la ville.
Pour faire face aux plaintes des habitants, une charte des débits de boissons sera aussi mise en place pour les commerces du centre-ville. “Nous souhaitons que les commerçants s’engagent à mieux respecter la tranquillité, l’environnement, mais aussi les interdits protecteurs. Du jeudi soir au dimanche, ce sont presque 12 000 personnes qui sont dans le centre-ville de Saint-Leu pour profiter du week-end. On a déjà commencé à verbaliser les stationnements gênants et on va continuer, le temps de la sensibilisation est terminé”, annonce Bruno Domen.
Alors que certaines voix dénonçaient les rassemblements du dimanche soir sur le front de mer, la ville ne semble pas avoir les rondavelles dans le viseur. “Il y a quatre ans, les quatre rondavelles ont reçu la consigne de ne faire qu’un événement festif par semaine, et jusqu’à 21 h 30 maximum. On souhaite rester dans le même format à l’avenir et cela va bien être précisé dans le cahier des charges lors des reconductions d’AOT”.
2,4 millions d’euros par an pour enlever les dépôts sauvages
Les incivilités commencent à peser sérieusement sur les finances de la mairie, au point que la ville consacre désormais près de 200 000 euros par mois à ce problème, “près de 2,4 millions à l’année, et vous imaginez ce qu’on pourrait faire avec cette somme”, s’agace l’édile. Ainsi, tous les week-ends, ce sont trois camions poubelles qui sont nécessaires pour ramasser tous les déchets de Kélonia à la Pointe au Sel.
Pour autant, “il ne faut pas se mentir, il y a aussi de la délinquance et des incivilités dans les hauts. Quand nous aurons fini les travaux dans le centre-ville et à Piton, des caméras seront installées au Plate et à la Chaloupe”, indique Bruno Domen. Pour expliquer cette augmentation de la délinquance dans les hauts, le maire pointe du doigt le manque d’équipements et de moyens. “L’État finance des logements sociaux, mais quand on construit un quartier, il faut des équipements, un poste de police municipale ou de gendarmerie. Des gens extérieurs à ces quartiers sont invités à s’installer dans des endroits où il n’y a rien à faire, ça ne peut pas marcher. On essaye juste de rattraper, mais l’État, comme les collectivités, n’ont pas d’argent”, souligne Bruno Domen.
Au total, la création de quatre nouveaux postes à la police municipale devrait représenter un effort de près de 300 000 euros par an pour la ville. Un investissement indispensable pour la majorité municipale, comme les 30 000 euros par an que vont coûter les deux chiens, en nourriture comme en frais vétérinaires. "La sécurité est un droit, pas un luxe, nous mettons en place un plan territorial adapté pour faire face aux évolutions de la ville", rappelle la mairie.
De la fermeté, mais toujours de la prévention pour les jeunes
Si le maire adopte un discours de fermeté, ce dernier laisse encore la porte ouverte au travail de sensibilisation mené par différents acteurs auprès des jeunes saint-leusiens. “Les ateliers d'éducation aux valeurs républicaines seront généralisés pour tous les CM2. Ils seront animés par les policiers municipaux qui vont aller à la rencontre de nos écoliers. Et pour nos collégiens, nous voulons encore renforcer la prise de conscience autour des questions des écrans, de l'alcool et des stupéfiants”, conclut l'élu.


