SOS DPM 97.4 s'attaque aux rondavelles de Saint-Leu

Nuisances sonores, poubelles qui débordent, voitures garées sur les trottoirs, manque de toilettes publiques et incivilités diverses : sur les réseaux sociaux, l'association SOS DPM 97.4 dénonce depuis plusieurs mois, photos ou vidéos à l'appui, les désagréments que subissent les riverains du front de mer de Saint-Leu chaque dimanche soir de l'année ou presque.
Le rendez-vous dominical a été initié il y a une quinzaine d'années par Jean-Paul Cornette, dit « J.P. », le patron de la rondavelle les Filaos située non loin du port. Un concert gratuit qui débute vers 19h, des tireuses à bière et le spectacle du soleil se couchant sur l'océan Indien : il n'en fallait pas plus pour bâtir un franc succès et... inspirer la concurrence.
Le restaurant voisin, le Zat, s'est ainsi mis à proposer des soirées électro avec Dj, tandis que la rondavelle chez Ti Roule, située en face du spot de surf, a repris le concept avec sa propre programmation live. Le restaurant le Namaste a suivi le tempo, certes avec une fréquence plus épisodique, tandis qu'un ron maloya a aussi pris ses habitudes près du terrain de jeu pour enfants. Une ambiance musicale qui confère à Saint-Leu des allures de petit festival et lui octroie sans conteste le titre de ville réunionnaise la plus animée du dimanche soir.
Pour les amateurs de musique, ou pour les simples promeneurs en quête d'un peu d'air marin, il est fréquent de flâner d'un site à l'autre en empruntant la promenade du front de mer. Des vendeurs de burgers, barquettes, rouleaux de printemps et autres samoussas ont flairé le bon filon et ont posé leurs chapiteaux juste en face de la rondavelle chez JP pour les plus chanceux, ou tout au long de la promenade pour les autres.
« Des problèmes de nuisances sonores, de salubrité publique, de sécurité »
« On est quand même dans l'aire des 50 pas géométriques, sur une zone naturelle boisée, qui doit être protégée. Cette activité répétitive chez JP, qui dure depuis plus de dix ans, n'est pas en corrélation. Il y a des problèmes de nuisances sonores, de salubrité publique, de sécurité », avance Dominique Gamel, le président de l'association SOS DPM 97.4. Depuis ses actions contre les paillotes implantées sur la plage de l'Hermitage, plus personne n'ignore que DPM est l'acronyme de domaine public maritime.

Photo SOS DPM 97.4
Même si son inimitié avec le patron de la « ronda » chez Jean-Paul est bien connue sur Saint-Leu, Dominique Gamel assure ne pas en faire une affaire personnelle. Pour preuve, il explique avoir fait retirer la scène qu'avait installée le gérant d'un autre établissement, la rondavelle du Four-à-Chaux dite « Chez Jérôme », qui avait été montée sur le sable pour y accueillir les désormais fameuses soirées karaoké du vendredi, très prisées elles aussi.
« Nul n'a le droit d'occuper l'espace public. J'ai écrit au maire pour faire enlever la scène », fait valoir Dominique Gamel, qui insiste sur les désagréments causés par les amateurs de chansonnette. « On voit les images de gens complètements bourrés sur les réseaux. Il faut bien que les gens s'amusent, mais il y avait des plaintes portées par les habitants de la Zac et la mairie ne réagissait pas. Chez Jérôme, il fait ses karaokés jusqu'à 1h du matin et les gendarmes s'en lavent les mains », peste-t-il.
Sollicitée par Zinfos974, la mairie de Saint-Leu assure prendre en compte les plaintes du voisinage de la rondavelle chez Jérôme, tout en soulignant que la ville, classée commune touristique, se doit de conserver son attractivité. « Les riverains se sont plaints, l'occupant a eu un rappel à l'ordre par courrier recommandé avec accusé de réception et fait du mieux qu'il peut pour canaliser son succès », indique-t-on dans l'entourage du maire Bruno Domen.
« Un jour ou l'autre ça ira au pénal »
La municipalité ne fait pas mystère de son projet de rendre piétonnière une partie de son front de mer, celle comprise entre la médiathèque et le monument aux morts. Une nouveau test grand public sera mis en place lors du 14 juillet, avant que la population ne soit consultée sur la fréquence d'application de cette piétonnisation, via l'application internet de la commune.
Concernant les récriminations de SOS DPM 97.4 sur les nuisances sonores des rondavelles et autres restaurants, la mairie se défend en indiquant que les « gestionnaires de rondavelles ont tous fourni un bilan acoustique ». Des documents que Dominique Gamel dit solliciter depuis des mois sans pouvoir les obtenir.
Pour ce militant de la protection du littoral, ces établissements festifs posent de sérieux conflits d'usage. « Le Zat est à dix mètres du lagon et les rondavelles sont illégales, depuis la loi littoral de 1986. Et contrairement au restaurant chez Louiso à Sainte-Rose, elles ont été construites après cette loi, en 1999, par le maire de l'époque Jean-Luc Poudroux. Les poubelles de ces établissements devraient être enfermées directement dans un local, pas stockées sur le trottoir ou sous les filaos. Et puis les gens se garent sur les trottoirs n'importe où. Ils ont le droit de s'amuser, mais ils peuvent marcher 500 mètres et se garer plus loin. On a pris des milliers de photos horodatées qui prouvent ce qu'on dit, un jour ou l'autre ça ira au pénal », menace Dominique Gamel.
La mairie rétorque que les rondavelles ont été construites avec l'accord de l’État, à l'époque « afin d'enrayer la prolifération des camions bar sur le littoral », et ne se prononce pas sur la question de la gestion des déchets accumulés les soirs de grosse affluence, ce domaine étant de la compétence du Territoire de l'Ouest (TO).
Deux nouvelles rondavelles autorisées
Questionnée, l'intercommunalité se borne à indiquer les fréquences de ramassage des poubelles en zone balnéaire (trois fois par semaine, ou quatre pendant les vacances scolaires) et précise que les corbeilles sont vidées deux fois par jour. Aucun commentaire sur d'éventuels problèmes liés aux volumes importants de déchets produits et sur les potentielles incivilités liées aux centaines de personnes qui mangent le long de la promenade ou sur les quais du port de plaisance.
La question du nombre limité de toilettes publiques, voire de leur vétusté et de leur entretien, ne peut échapper ni à la mairie, ni au TO. Et ce même si les deux collectivités semblent faire l'autruche sur ce sujet brûlant, qui fait tâche en pleine zone touristique. « Lorsque la rondavelle Chez JP était gérée par la commune, il était fait obligation au gestionnaire de la rondavelle de mettre les toilettes à la disposition du public. Si cette mesure a disparu, c'est du ressort du TO tant pour le Port que pour la rondavelle », mentionne la mairie, pour rappeler que l'aménagement de la zone portuaire relève de la compétence de l'intercommunalité de l'ouest.
« On n'est pas là pour priver les gens du droit de s'amuser, mais il faut s'occuper du recul du trait de côte. Il y a un enjeu climatique, environnemental. Pour la Maison de la Mer, ils ont fini par faire marche arrière parce qu'on a écrit jusqu'aux ministères pour faire respecter la loi », clame Dominique Gamel.
Sollicités, les gérants des rondavelles Chez Jean-Paul, Chez Jérôme et Ti Roule n'ont pas donné suite à nos demandes. De son côté, la mairie de Saint-Leu confirme avoir accordé récemment deux nouvelles AOT (autorisation d'occupation temporaire du domaine public) pour une activité commerciale concernant les deux rondavelles qui étaient restées inoccupées ces dernières années.

Le front de mer de Saint-Leu est très prisé pour ses couchers de soleil.


