La Réunion face au défi persistant de l’insertion des travailleurs handicapés

Alors que la Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées s'est achevée la semaine dernière, le tableau de bord 2025 de l’Observatoire régional de la santé (ORS) met en lumière les défis persistants à La Réunion : accès à l’emploi limité, maintien dans le travail fragile, et stéréotypes tenaces malgré deux décennies de loi Handicap.
À l’occasion de la 29ᵉ Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées (SEEPH), organisée du 17 au 23 novembre 2025 par l’Agefiph, la DEETS et le FIPHFP, cette édition, sur le thème « Handicaps et emploi : l’égalité pour toutes et tous ! », marque les 20 ans de la loi de 2005 sur l’égalité des droits et des chances. L’occasion de dresser un bilan et de pointer les enjeux à venir, alors que près de vingt actions sont programmées sur l’île pour sensibiliser employeurs, associations et institutions.
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Vingt ans après la loi Handicap, l’emploi des personnes en situation de handicap reste un défi majeur à La Réunion. Une opération de testing menée en métropole par APF France handicap montre qu’une personne en situation de handicap a entre 45 % et 80 % de chances en moins d’être rappelée par un recruteur qu’une personne valide. Les travailleurs handicapés déclarent deux fois plus de freins périphériques que les autres demandeurs d’emploi : mobilité, santé, isolement, difficultés administratives… autant de barrières qui s’additionnent.
À cela s’ajoutent les stéréotypes encore tenaces, notamment dans les très petites entreprises : crainte d’absences répétées, d’une productivité moindre, ou encore idées reçues sur l’adaptabilité des postes. Des perceptions que les acteurs spécialisés tentent de déconstruire. Fleur Angapin, chargée d’étude et de développement à l’Agefiph, souligne : « Le principal frein est un manque de temps et d’information. Il faut toujours rappeler que s’il existe des dispositifs pour accompagner les salariés, il en existe aussi pour accompagner les chefs d’entreprise. »
Une population en hausse, plus âgée et plus fragile
L’île compte désormais 73 725 personnes reconnues par la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées), dont près de 40 000 titulaires d’une RQTH (reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé). Un chiffre en progression, qui s’explique autant par une meilleure reconnaissance du handicap que par le vieillissement de la population réunionnaise. Cette évolution crée des besoins croissants en matière d’accompagnement, d’adaptation des postes et de maintien dans l’emploi.
Un marché du travail encore défavorable
Dans le secteur public, le taux d’emploi direct atteint 6,37 %, au-dessus du seuil légal. Mais dans le secteur privé, La Réunion plafonne à 2,6 %, malgré une progression ces dernières années. Le nombre de salariés handicapés y a doublé depuis 2019, mais reste insuffisant pour répondre aux obligations et aux besoins.
Sur le marché du travail, 8 000 demandeurs d’emploi reconnus handicapés sont inscrits à France Travail, soit une hausse de 10 % en cinq ans. Ils représentent 5,8 % de l’ensemble des inscrits et affichent un profil plus âgé, plus masculin et moins qualifié que la moyenne. Leur taux d’accès à l’emploi demeure deux fois plus faible que celui des autres candidats, malgré les accompagnements de France Travail, des missions locales, de Cap Emploi ou des référents handicap en entreprise.
Les métiers recherchés se concentrent dans une quinzaine de professions, majoritairement dans le nettoyage, l’aide à domicile, l’accueil ou la vente : des emplois peu qualifiés, souvent féminisés, peu stables et à forte pénibilité.
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Inclusion scolaire, alternance et accompagnement : des avancées réelles
L’inclusion progresse dans le milieu scolaire, avec 8 768 élèves accompagnés dans le premier et le second degré, ainsi qu’environ 400 étudiants suivis à l’université. L’alternance confirme aussi son attractivité : 211 apprentis handicapés ont été recrutés en 2024, une progression continue depuis 2019.
Les dispositifs d'accompagnement se renforcent : plus de 2 100 demandeurs d’emploi ont bénéficié d’au moins une prestation de France Travail, et plus de 1 000 jeunes sont suivis par les missions locales. Certaines entreprises montrent même la voie : le groupe Caillé, engagé dans une démarche volontaire, dépasse les 6 % d’emploi direct dans la grande distribution, preuve qu’un volontarisme structuré peut produire des résultats.
Le maintien dans l’emploi, un angle mort préoccupant
Le volet du maintien dans l’emploi reste l’un des plus fragiles. En 2024, 6 650 accidents du travail, 406 maladies professionnelles et plus de 7 700 arrêts longue durée ont été enregistrés parmi les travailleurs reconnus fragiles ou en situation de handicap. Les inaptitudes progressent elles aussi, passant de 829 en 2023 à près de 900 l’année suivante. Certains secteurs – aide à domicile, nettoyage, grande distribution – sont particulièrement exposés, cumulant contraintes physiques, tensions organisationnelles et conditions de travail éprouvantes.
Pourtant, des outils existent : 265 maintiens ont été réalisés par Cap Emploi, 120 par le service social de la CGSS et 51 via le dispositif Comète France. Des signaux positifs, mais encore trop faibles face à l’ampleur des situations de fragilité.
L’ORS conclut à une problématique multidimensionnelle, marquée par une dispersion des responsabilités et des réponses encore trop fragmentées. Les publics les plus vulnérables restent les femmes, les jeunes et les seniors, qui cumulent les difficultés sociales, économiques et de santé.


