Eric Ferrère : "C'est dans l'opposition qu'on se forme"

Délégué des délégués de classe, il mène la première grève au collège de la Chaloupe Saint-Leu concernant les repas à la cantine. Lâché par la plupart de ses camarades au moment d'assumer les responsabilités devant le directeur, il va découvrir qu'un adversaire n'est pas un ennemi, au contraire.
"Il m'a fait entrer dans son bureau. Il a regardé dans le couloir pour vérifier qu'il n'y avait personne, a refermé la porte et m'a dit : 'Félicitations ! Cela faisait longtemps qu'on voulait renouveler tout ce matériel de cuisine. On demandait à la commune, mais rien ne se passait. Là, ils seront obligés de renouveler et on aura du neuf'", se remémore-t-il amusé.
C'est également ce jour-là qu'il a découvert que ses idées pouvaient peser et, inconsciemment, le concept d'opposition constructive. "C'était une petite révolution pour moi", souligne-t-il. Dans la suite logique, il mène la première grève de l'histoire du lycée agricole de Saint-Joseph.
De l'agriculture à la politique
Après un BTS agricole, il devient instructeur au RSMA. Passionné par l'agriculture, il rejoint l'Association pour la promotion en milieu rural. C'est là qu'il se découvre une passion pour le monde associatif. Il crée l'Association de développement des hauts de la Chaloupe Saint-Leu (ADH) qui existe toujours. "On avait une vision pour l'aménagement du territoire et visiblement elle tient", se réjouit-il en rappelant que l'ADH emploie aujourd'hui une cinquantaine de personnes.
En charge de mettre en place des formations pour les agriculteurs du Tévelave, il passe "de la Chaloupe aux Avirons". Installé dans le petit village des Hauts, c'est là qu'il rencontre celle qui allait devenir sa femme. Il décide donc de s'installer définitivement dans la commune pour y fonder sa famille.
Eric Ferrère ne cesse de se former et obtient une licence en Science de l'éducation afin de se perfectionner en tant qu'éducateur. Il poursuit avec un DESS (bac +5) Territoire et développement local. "J'ai fait ce DESS uniquement pour m'apporter des compétences politiques en matière d'aménagement du territoire. C'est vous dire comment je croyais à cette vocation d'être un élu aux responsabilités. Donc formé pour aménager de manière équilibrée le territoire."
L'éternel opposant
C'est en 1995 qu'il se lance dans la vie politique. "Je trouvais qu'il n'y avait pas d'opposition. A partir de là, c'est les dérives. Les élus font n'importe quoi, ce sont les rois du pétrole. Il n'y a personne pour le leur dire. C'était pas comme aujourd'hui avec les réseaux sociaux et la presse qui est plus facile à mobiliser. Il fallait une force", explique-t-il.
Il se présente donc aux élections municipales et obtient près de 30% des voix. "On sentait bien qu'il y avait un besoin pour les gens qui n'étaient pas proches du pouvoir en place de s'exprimer et avoir un représentant."
Il se représente en 2001 et obtient 49,25% des suffrages. Il occupe ce rôle d'opposant numéro un durant près de 20 ans. "C'était très compliqué, mais j'étais conscient d'une chose : c'est dans l'opposition qu'on se forme, c'est pas dans la majorité". Comme à l'époque des grèves collégiennes, il se retrouvait seul face à l'équipe municipale. Il comprend rapidement qu'il va avoir besoin de persévérance et de perspicacité pour arriver à son but.
"Lorsque je rentrais dans les moukatages, tout le monde pouvait me répondre. Mais dès que j'élevais le débat, très peu étaient capables de me répondre. Je pense qu'à la fin, j'étais quand même respecté pour ce que je disais. On peut dire ce qu'on veut, mais je pense que j'étais une réelle opposition constructive. Mais Michel Dennemont voulait une opposition soumise et pas constructive", affirme l'édile.
Un retrait de la vie politique payant
Finalement, Eric Ferrère décide de se mettre en retrait de la vie politique en 2014. Durant 6 ans, il se consacre à l'écriture de deux ouvrages sur l'histoire des Avirons et plus particulièrement celle des Avironnais. Mais comme à l'époque de la cantine du collège, il découvre qu'avec une opposition constructive, les adversaires ne sont pas forcément des ennemis.
"Quand Michel Dennemont est devenu sénateur et que son premier adjoint, René Mondon, a pris les rênes, il avait trois ans pour assurer le maintien de cette mandature. Finalement, il m'a désigné comme son successeur. Il m'a dit : 'Eric, ça fait des années que je te vois dans l'opposition. Tu tiens largement la route. J'étais souvent d'accord avec toi, mais par loyauté envers mon équipe, je ne pouvais pas être de ton côté. Maintenant, on va faire les choses correctement.'"
Avec ce soutien inattendu, Eric Ferrère se présente donc aux élections municipales de 2020. Il obtient 45,8% au premier tour, avant de s'imposer au second tour face à Roseline Lucas avec 58,52% des voix. 25 ans après sa première participation, il finit enfin par s'asseoir sur le fauteuil de maire et mettre en place sa vision pour les Avirons.


