Balancé par un trafiquant de cocaïne, un gérant de PMU conteste la fermeture de son commerce

Condamné à un an de bracelet électronique après avoir été balancé par un trafiquant de drogue, le gérant d'une boutique PMU du Moufia a vu son commerce fermé six mois par arrêté préfectoral. Une décision qu'il a contestée devant le tribunal administratif.
Malgré une enquête policière, « quatre perquisitions et 96 heures de garde à vue », aucune preuve n'est venue confirmer que la barquette de cocaïne retrouvée chez un trafiquant de drogue du Port était bien destinée à Harold D., le gérant d'une épicerie PMU située dans le quartier du Moufia à Saint-Denis.
Harold D. a pourtant bien été condamné le mois dernier à un mois de prison ferme aménageable sous forme de bracelet électronique, un jugement dont son avocat, Me Mickaël Nativel, a fait appel. Le jeune homme de 33 ans a été balancé par son ami trafiquant, un gardien de prison réunionnais arrêté en flagrant délit le 4 août dernier au Port. C'est chez lui qu'était entreposée la fameuse barquette de 131 grammes de poudre blanche.
Le 16 septembre, quelques jours après avoir comparu au tribunal judiciaire avec son ancien ami maton à Fresnes (Val-de-Marne) - lequel séjourne en prison après avoir écopé de deux ans ferme avec mandat de dépôt -, Harold D. est destinataire d'un arrêté préfectoral lui signifiant la fermeture administrative de sa boutique PMU pour une durée de six mois.
Le préfet Patrice Latron s'appuie sur une disposition récente du code de la sécurité intérieure qui l'autorise à fermer le commerce qu'il suspecte de faire office de point de trafic de stupéfiants. Un arrêté préfectoral contesté ce mardi 21 octobre devant le tribunal administratif par le gérant du PMU, qui veut faire entendre que rien dans l'enquête ne relie son commerce à une quelconque activité illicite.
Aucune preuve de trafic relevée par les enquêteurs
À la barre, l'avocat du requérant, Me Mickaël Nativel, avance que les virements en faveur de son client, effectués par le gardien de prison dealer Loïc S. pour un montant total de 6.500 euros, l'ont été dans le cadre de la vente d'une moto, comme en attestent des documents joints à la procédure, dont une carte grise barrée. Surtout, cette somme a été transférée sur le compte personnel de Harold D., et non sur celui de sa boutique, insiste le conseil.
Me Mickaël Nativel, qui ne cache pas son agacement d'avoir reçu seulement le matin même le mémoire en réponse de la préfecture, assure que le seul élément reliant l'activité professionnelle de son client au vendeur de drogue serait un virement de 345 euros, dont l'explication, aussi vague que peu convaincante (un besoin urgent d'argent pour combler un découvert), ne saurait justifier six mois de fermeture administrative.
Une somme de 30.000 euros a bien été retrouvée sur le compte personnel du commerçant, mais là encore, les enquêteurs n'ont rien pu déceler d'anormal, même la boutique PMU de Harold D., en couple et père de deux enfants, affiche un résultat comptable tout juste à l'équilibre en 2024.
« On a eu des braquages et des enlèvements liés à la cocaïne »
« Après 96 heures de garde à vue, mon client, excédé, a fini par dire qu'il lui est arrivé en boîte de nuit d'orienter des gens qui cherchaient de la cocaïne vers lui [Loïc S.]. À ce moment-là, il y a une panne informatique au commissariat du Port, donc l'audition n'est pas allée plus loin », déplore Me Mickaël Nativel. L'avocat s'étonne qu'un gardien de prison et dealer de drogue, probablement bien placé pour connaître le sort réservé aux délateurs, puisse livrer « au détour d'une question » le nom d'un fournisseur. Pour la robe noire, son client a été balancé par Loïc S. pour s'éviter des ennuis beaucoup plus graves.
Du côté de la préfecture de La Réunion, on commence par rappeler le contexte de hausse presque exponentielle du trafic de cocaïne dans l'île, avec 52 kg interceptés en 2024 sur 31 mules. « On a eu des braquages et des enlèvements liés à la cocaïne », souligne une représentante des services de l'État à la barre, pour justifier la mesure de fermeture administrative, avant d'ajouter que le requérant ne ferait pas la preuve du manque à gagner financier que constituent les rideaux baissés de sa boutique PMU. Et de glisser qu'il a une autre société dans l'Hexagone et que ses cinq salariés du PMU du Moufia ne sont employés qu'à temps partiel. Manière de dire que le préjudice pour ces derniers ne serait pas si important ?
Concernant le virement de 345 euros du trafiquant sur le compte bancaire professionnel de Harold D., la préfecture observe qu'il lui « serait facile de produire le relevé de compte pour justifier de ses dires, mais que le requérant ne le fait pas. » Avant d'assener : « On ne fait pas ce genre de virement si on est juste de simples connaissances. »
La loi sur les narcotrafiquants en question
Au juge des référés qui lui demande si la préfecture a lu le jugement du tribunal judiciaire avant de prendre son arrêté de fermeture administrative, la représentante des services de l'État répond par la négative. Elle explique s'être appuyée sur « un fondement de ce qui était reproché » au commerçant.
« Vous n'avez pas envisagé d'attendre d'avoir le jugement sous les yeux avant de prendre votre arrêté ? », la questionne à nouveau le juge des référés, sans manquer de souligner qu'il avait bien saisi que la loi du 13 juin 2025 sur les narcotrafiquants ne contraignait pas le préfet Patrice Latron à le faire.
L'ordonnance du tribunal sera rendue avant la fin de la semaine.


