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Trafic de cocaïne : un maton de la prison de Fresnes placé en détention à Domenjod

Ecrit par Eric Lainé – le mercredi 17 septembre 2025 à 06H02

Le tribunal judiciaire de Saint-Denis a condamné un surveillant du centre pénitentiaire de Fresnes à deux ans de prison ferme pour trafic de cocaïne. Loïc S., un Portois de 35 ans, était revenu dans son île natale à la faveur d’un arrêt longue maladie.

L’enquête des policiers débute le 4 août dernier sur le parking de McDo au Port. Des agents en civil de la brigade anti-criminalité se trouvent à proximité de l’enseigne de restauration rapide quand ils observent un petit manège pas très catholique en apparence. Un homme juché sur un scooter rejoint un automobiliste qui lui remet une poignée de billets. Un drive de drogue ?

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Pour en avoir le cœur net, les policiers interceptent le pilote du deux-roues et le conducteur de la voiture. Et ils retrouvent l’objet du délit : un pochon de cocaïne et 120 euros en espèces. L’acheteur explique que l’homme au scooter est son dealer attitré depuis environ deux mois. Il lui passe commande par SMS, comme le confirme son portable.

3.330 euros en cash et une barquette de cocaïne

Une perquisition a lieu au domicile du dealer. Les policiers y découvrent la panoplie complète : quatre pochons de cocaïne pesant 3,12 grammes, des emballages pour les fabriquer, une balance de précision et 3.330 euros en cash. Également une barquette en plastique dans un sac à dos, renfermant non pas un carry poulet, mais 131 grammes de cocaïne.

L’autre surprise réside dans le profil atypique du dealer. Loïc S., un Portois de 35 ans, est un agent de la pénitentiaire, toujours en activité mais en arrêt longue maladie. Cela fait environ deux ans qu’il ne met plus les pieds à la prison de Fresnes. Il s’est fait la malle à La Réunion pour se rapprocher de son père. Ce qui fait que son salaire a fini par être réduit de moitié.

« Nous ne sommes pas dans Astérix… »

« J’étais à demi traitement et je n’arrivais plus à joindre les deux bouts. Quand il m’a proposé d’arrondir les fins de mois en vendant de la cocaïne, j’ai d’abord dit non puis j’ai fini par accepter sa proposition. Ça ne me ressemble pas mais je suis tombé dedans… », explique le gardien de prison à la barre. « Nous ne sommes pas dans Astérix... On ne tombe pas dans la potion comme ça… », ironise le président Bernard Molié.

Celui qui aurait incité Loïc S. à jouer les dealers se tient à ses côtés. Le gardien de prison n’a pas seulement reconnu qu’il trempait depuis plus de dix mois dans un trafic de cocaïne. Il a aussi livré le nom du propriétaire présumé de la barquette de cocaïne saisie chez lui. Harold D., 33 ans, lui aurait dit de collecter la drogue à sa place et il l’aurait conservée en attendant de la lui rendre. La transaction s’est déroulée là aussi « à côté de McDo au Port ».

« Qui est votre médecin ? Ça m’intéresse… »

L’agent de la pénitentiaire révèle au passage que Harold D. est son fournisseur de cocaïne. « Un grossiste connu dans le milieu du narcotrafic », précise-t-il, face aux enquêteurs. Il est d’autant plus crédible que les deux hommes sont très proches, amis depuis une dizaine d’années. En février dernier, ils sont partis tous les deux en vacances au Maroc. Ils se sont aussi rendus à Toulouse. « Vous étiez bien en arrêt maladie… Qui est votre médecin ? Ça m’intéresse… », le taquine Bernard Molié. « Ce n’est pas un médecin mais un psychiatre », indique Loïc S.

Pour se rendre au Maroc ou en métropole, les billets d’avion ont été achetés en liquide par le gardien de prison mais aux frais de l’ami Harold. « Il me disait de les payer et il me redonnait l’argent en espèces », confirme Loïc S. « Il vous a donc offert de voyager gratos avec lui. Il a le cœur sur la main D., dites donc », enchaîne le président. Le gardien confirme.

« La cocaïne était chez lui mais pas à moi »

Et puis il y a ces transferts d’argent douteux entre les deux hommes. Sans compter d’autres mouvements de fonds que Harold D. dit provenir de ses « business », parfois en eau trouble, comme sa participation au financement d’une pyramide de Ponzi pour près de 9.000 euros.

À la barre, Harold D., un grand baraqué sportif, ne voit pas les choses du même œil. « La cocaïne était chez lui, mais pas à moi. Je n’ai rien à voir avec ces produits stupéfiants. Je n’ai pas besoin de faire du trafic de drogue pour vivre. J’ai toujours été un débrouillard, car je viens d’une famille pauvre », soutient-il sans plaisanter le moins du monde.

« Je ne sais pas pourquoi il me met dans la sauce… »

« Vous avez confirmé qu’il était votre ami et qu’il n’y avait pas d’embrouilles entre vous. De plus, vous lui payez des vacances. Alors pourquoi dirait-il ça ? », poursuit le président Molié. « Je ne sais pas pourquoi il me met dans la sauce aujourd’hui », rétorque Harold D. « On a retrouvé quatre téléphones sous sachet chez vous », relève le juge. « Quand je voyage, je rapporte toujours quelque chose pour le revendre », oppose le grossiste présumé. « Ce sont un peu des téléphones pourris de dealers… », objecte le président Molié.

Harold D. n’en démord pas. Cela fait partie de ses combines. Faute d’avoir trouvé le moindre gramme de cocaïne chez lui ou le plus petit message litigieux dans son téléphone principal, le président Molié abat sa dernière carte, recueillie par les policiers en confrontation. « Vous avez déclaré : Il m’est arrivé de mettre en relation des acheteurs et des vendeurs de cocaïne… »

« La drogue lui paie son train de vie »

Pour le substitut Ludivine Fathi, il ne s’agit « pas de simples mules mais d’un trafic de stupéfiants. Monsieur D. est un grossiste et la drogue lui paie son train de vie ». Persuadée qu’il fait aussi « du blanchiment avec des virements à l’étranger », la magistrate requiert quatre ans de prison, dont un an avec sursis probatoire à son encontre. Tout comme pour Loïc S. qui a reconnu les faits et dont le métier est plutôt perçu comme une circonstance aggravante.

Me Julien Baracco, pour la défense de Loïc S., rappelle que son client n’aurait revendu « que 70 grammes sur six à sept mois ». « Une quantité très faible » qui ne mérite pas un tel quantum, selon l’avocat. « Le seul intérêt serait d’envoyer un message vers l’extérieur mais vous essayez d’en envoyer depuis 2018 et ça ne marche pas… », estime-t-il.

« Il est là car vous avez un menteur à la barre »

Me Mickaël Nativel, pour Harold D., fustige « une enquête bâclée sans éléments matériels ». Et d’enfoncer le clou : « Vous n’avez rien trouvé en perquisition chez lui. Il est là car vous avez un menteur à la barre qui a été pris la main dans le sac. » L’avocat va même jusqu’à imaginer pourquoi il charge son client : « A Fresnes, il a probablement côtoyé un narcotrafiquant, un vrai de vrai, et il craint des représailles de sa part. »

Finalement, le président Molié et ses assesseurs prennent « une décision qui vaut ce qu’elle vaut ». Loïc S., l’agent pénitentiaire, écope de deux ans de prison ferme avec mandat de dépôt à la barre. Quant à Harold D., arrêté 48 heures après son ami et chez qui rien n’a été découvert, il est condamné à un an de prison ferme, aménageable sous la forme d’un bracelet électronique. Un seul élément à charge a été retenu contre lui : le fait d’avoir eu cette petite phrase malheureuse lors de leur confrontation en fin de garde à vue.

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