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Avec “Violette Mécanique”, Fan(m)zine explore les failles d'une époque

Ecrit par Julien Delarue – le samedi 4 avril 2026 à 16H09

Pour son troisième numéro, la revue réunionnaise Fan(m)zine s’attaque à la santé mentale avec un opus intitulé Violette Mécanique. Rencontre avec sa créatrice Julie Legrand, lors d’un Ron Kozé à la librairie Zou! Boutik à Lire, à l’Éperon.

Troisième numéro, nouvelle mue. Avec Violette Mécanique, la revue Fan(m)zine poursuit son exploration des grands sujets contemporains en s’attaquant cette fois à la santé mentale, sous un intitulé volontairement décalé : “Dinguerie”.

“Le troisième numéro est autour de la santé mentale, sous l’intitulé Dinguerie”, explique-t-elle lors d’un échange organisé à la librairie Zou! Boutik à Lire. Un choix qui n’a rien d’anodin pour Julie Legrand, autrice et directrice de la maison d’édition Alice au Pays des Virgules.

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Quand la création devient un espace de respiration

Derrière ce titre, clin d’œil assumé à l’univers cinématographique - chacun trouvera la référence -, se cache une volonté de désamorcer la gravité du sujet. “L’intitulé Dinguerie permettait de temporiser la gravité du sujet”, précise l’éditrice, qui revendique une approche accessible et plurielle. Car si le thème est lourd, il s’inscrit aussi dans un contexte bien réel : “C’était volontaire, par rapport à la situation actuelle et à la complexité de la société”.

Un monde saturé d’informations, anxiogène, où les repères vacillent. Julie Legrand pointe une forme d’épuisement collectif : “On n’a pas vraiment de lieu pour s’en extirper, même si on en ressent le besoin”. Dans cette perspective, la création devient un espace de respiration. Écriture, illustration... : autant de portes d’entrée pour interroger et apaiser les tensions, dirons-nous, contemporaines. “Il peut y avoir un geste thérapeutique qui aide, bien sûr”, souligne-t-elle.

Au fil des pages, Violette Mécanique déploie une mosaïque de formes et de regards. Textes introspectifs, fragments poétiques, récits plus bruts ou propositions visuelles cohabitent autour de cette notion de “dinguerie”, entre gravité et dérision. Certaines contributions plongent dans l’intime, d’autres prennent du recul, flirtent avec le burlesque ou détournent les codes, comme pour mieux apprivoiser le sujet. L’ensemble compose un objet hybride, fidèle à l’ADN de Fan(m)zine, où l’écriture n’est jamais seule mais s’entrelace avec l’image, et où la création devient autant un terrain d’exploration qu’un espace de réflexion sur un monde de plus en plus complexe.

Réflexion sur les fragilités individuelles et collectives

Le projet éditorial s’inscrit ainsi dans une continuité. Après un précédent numéro consacré notamment à l’écologie et au féminisme, ce troisième opus prolonge une réflexion sur les fragilités individuelles et collectives. “On marche un peu sur la tête, et on est tous à même de le ressentir”, résume Julie Legrand, évoquant notamment l’impact durable de la période post-Covid sur les équilibres psychiques.

Côté participation, Fan(m)zine confirme son ancrage dans le paysage culturel réunionnais. Le nombre d’autrices grimpe à 41, preuve d’un engouement croissant. “J’ai reçu une centaine de propositions”, confie l’éditrice, confrontée à un travail de sélection délicat. Trouver l’équilibre entre textes et propositions visuelles, préserver la cohérence d’ensemble : une ligne de crête permanente. “C’est une question d’agencement : je ne peux pas construire tout un numéro autour d’une seule approche”, explique-t-elle.

“Le milieu du livre est devenu très compliqué”

Cette dynamique, Julie Legrand l’observe avec satisfaction, sans surprise feinte. “À partir du moment où il y a un besoin pour un espace comme Fan(m)zine, c’est logique que ça prenne”, glisse-t-elle, évoquant un effet “boule de neige” sur un territoire insulaire où les espaces d’expression restent rares.

Reste une réalité plus fragile : celle du modèle économique. Dans un contexte de durcissement de la filière du livre, la question de la viabilité se pose déjà. “Le milieu du livre est devenu très compliqué”, reconnaît-elle, évoquant un projet encore porté “à perte” malgré l’enthousiasme qu’il suscite.

En attendant, Fan(m)zine continue de vivre au rythme des rencontres. Après ce Ron Kozé à l’Éperon, une nouvelle date est annoncée le 18 avril à Saint-Pierre à la librairie Autrement, suivie d’une présence au salon du livre Péi fin avril. Autant d’occasions de faire circuler cette parole plurielle, à la croisée du littéraire et du visuel, et de poursuivre, numéro après numéro, l’exploration sensible d’un monde sous tension.

Etiquettes : Culture | Livre

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