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Aux assises, Edson Racine promet : "Je n'ai visé personne"

Edson Racine, 28 ans, est rejugé devant la cour d'assises depuis hier pour avoir tenté d'assassiner un de ses anciens rivaux et assassiné le père de ce dernier, touché par le tir et décédé quelque temps plus tard de ses blessures. Ce mardi, Rudolphe P. ainsi que les deux amis du défunt touchés par la balle ont témoigné à la barre avant que l'accusé ne livre sa version et s'enferre dans ses contradictions et ses mensonges.
Ecrit par Isabelle Serre – le mercredi 5 juin 2024 à 06H02
Le jour de la fête des pères, les deux rivaux se sont croisés au Chaudron avant qu'Edson Racine ne se présente devant le domicile paternel et tire (DR)

Ce mardi matin, l’audience criminelle a débuté par l’audition de Rudolphe, le rival d’Edson Racine. Jean, T-shirt bleu et baskets assorties, une des victimes a évoqué longuement son père décédé des suites de ses blessures, "un homme qu’on lui a enlevé alors que c’était celui qu'il aimait le plus au monde", et le chagrin de sa disparition.

Ce 21 juin 2020, jour de la Fête des pères, Rudolphe avait croisé Edson Racine dans le quartier du Chaudron. Les deux hommes entretenaient un conflit depuis 2018 au sujet du partage d’une cave située à Saint-Denis. Rudolphe raconte qu'Edson Racine s’était mis à tourner autour de lui avec son scooter devant le supermarché Score. Selon lui, aucun des deux n’était armé. 15 à 20 minutes plus tard, alors qu’il venait d’arriver chez son père, Edson Racine était apparu toujours à bord de son engin. Il avait sorti une arme d’un sac blanc. "Il m’a mis en joue et j’ai vu la haine dans son regard", détaille Rudolphe en réponse à une question de son avocate.

 

Une explosion de plombs sur la terrasse

 

Edson Racine avait tiré une seule fois. Son tir avait atteint le père de Rudolphe et deux de ses amis qui se trouvaient sur la terrasse à ce moment-là. Alors qu'Hubert était décédé des suites de ses blessures, ses deux amis avaient survécu. Tous deux ont été appelés à la barre du prétoire de la rue Juliette Dodu afin d’apporter leur éclairage sur les faits. Avec précision, les photos prises lors de la reconstitution qui s’est déroulée en juin 2021 près de la piscine du Chaudron ont été étudiées. Pour Johnny, 71 ans, Edson Racine a volontairement tiré sur la terrasse parce qu’il n’avait pas pu atteindre Rudolphe qui, voyant l’arme pointée vers lui, s’était réfugié entre deux véhicules. "Il y a eu une puissance de feu, une sorte de souffle au moment du tir, avec une explosion de plombs sur la terrasse qui a été retrouvée pleine de sang" décrit l’avocate générale.

Reprenant la déclaration du septuagénaire, le bâtonnier Me Georges-André Hoarau a exprimé son désaccord à l'issue de ces déclarations, invoquant notamment la myopie de l’intéressé. Quant à l’autre victime, Alix âgé de 58 ans, blessé aux reins et toujours en arrêt de travail, il a indiqué à la cour que c’était bien Rudolphe qui était visé par le tir "et pas nous". Des propos qui ont évidemment attiré l'attention de la défense puisque Edson Racine est poursuivi pour assassinat et tentative d'assassinat en récidive et pourrait être acquitté d'une des deux.

 

Des différences d'interprétation entre les victimes

 

Vient ensuite le tour d’Edson Racine d’être interrogé longuement par la présidente de la cour et ses deux assesseurs. L’accusé a indiqué que c’était Rudolphe qui voulait en découdre ce 21 juin lorsqu’ils s’étaient croisés sur une voie de bus au Chaudron. "Je voulais qu’on aille discuter ailleurs. Ca faisait des semaines que j’étais harcelé par lui". Toujours selon ses dires, les deux hommes s’étaient déjà rencontrés une semaine auparavant. A cette occasion, il aurait reçu un coup de crosse au visage, raison pour laquelle il avait alors acquis une arme "chez un certain Mohamed du Moufia".

 

La préméditation au coeur des débats

 

La question importante qui préoccupe la cour et va certainement faire l’objet de débats au moment de délibérer est de savoir si Edson Racine a prémédité son crime en allant récupérer son arme avant de se rendre chez le père de Rudolphe. Ou bien si, comme il le soutient, il avait l’arme attachée par des serre flex à son scooter. Se contredisant, Edson Racine a ensuite expliqué qu’il était passé au domicile du père de Rudolphe "par hasard" après leur altercation devant le Score. Cependant, quelques minutes plus tard il a indiqué y être allé "pour parler afin d'arrêter l’histoire". Parvenu devant la maison, il raconte avoir été interpellé par Rudolphe puis, l'avoir vu se baisser entre deux véhicules. Croyant que ce dernier avait ramassé une arme, il avait saisi la sienne et tiré. "Mais je n’ai visé personne", promet le mis en cause. La présidente continue à creuser et l'accusé s’enfonce.

Mais problème. Car lors de ses auditions de garde à vue, Edson Racine avait bien précisé avoir vu une arme brandie par Rudolphe et avoir été visé. Dans la précipitation, il avait alors saisi la sienne et tiré dans un geste de défense. La présidente de l'audience, Doriane Trombi, n'a pas manqué pas de lui faire remarquer que ses propos n'étaient pas cohérents. "Vous passez votre temps à m’embrouiller", a répondu l'accusé.

Au cours de l'après-midi, les experts, psychiatre et psychologue, ainsi que l’enquêteur de personnalité, se sont succédés face au jury populaire afin de donner d’autres éclairages à cette triste affaire.

Aujourd'hui, l’audience reprend avec les plaidoiries des parties civiles, suivies des réquisitions. Le verdict devrait tomber en fin de journée. Pour rappel, Edson Racine a été condamné en juin 2023 à 25 ans de réclusion criminelle et a fait appel de cette décision.

 

Etiquettes : Assises | Cour d'Assises

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