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Au secours des derniers geckos verts de Manapany

Ecrit par Prisca Bigot – le dimanche 12 avril 2026 à 12H04

Dans le cadre d’un plan national d’actions, l’association Nature Océan Indien mène un programme de capture et de reproduction pour préserver le gecko vert de Manapany, l’un des deux derniers reptiles endémiques de l’île. Reportage au cœur de ce sauvetage.

Pour sauver les derniers geckos verts de Manapany, il faut s’adapter à leur mode de vie. Alors que la chaleur accablante de l’été se fait encore ressentir en ce début d’avril, ces reptiles se lèvent tôt pour se nourrir et profiter des rayons du soleil encore supportables avant qu’ils ne deviennent brûlants.

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C’est durant ces moments privilégiés de la journée, mais aussi en fin d’après-midi, que l’équipe de l’association Nature Océan Indien intervient pour déposer les pièges et les relever toutes les demi-heures.

Au fond de petites boîtes en plastique, des morceaux de fruits sont déposés par Jérémie Souchet, responsable scientifique et d’élevage au sein de l’association, aidé par la responsable administrative Lyse D’alimonte. Le régime alimentaire du gecko vert de Manapany se compose en effet de fruits, de nectar mais aussi de petits insectes.

Ce matin-là, cinq petits reptiles sont capturés aux abords du bassin de Manapany. Certains sont relâchés car jugés trop jeunes. Les autres sont ensuite placés dans des caisses en bois légèrement réfrigérées afin d’assurer de bonnes conditions de transport jusqu’au site d’élevage.

Une manipulation encadrée et des individus identifiés

Le prélèvement de cette espèce endémique protégée a été autorisé par les autorités. En décembre dernier, le préfet de La Réunion a donné son accord pour la capture, le transport, le maintien temporaire en captivité et le relâcher d’individus adultes dans le cadre du Plan national d’action (PNA) en faveur des geckos verts endémiques.

Un premier programme avait déjà été mené en 2020, sans succès. "On trouve de moins en moins de jeunes dans le milieu naturel donc on a décidé de prendre le problème différemment. Ce nouveau programme qui court sur 5 ans est un élevage reproducteur. Les captures ont commencé début avril pour pouvoir capturer les 20 femelles et les 10 mâles, leur laisser un temps d’acclimatation à l’élevage et pour pouvoir commencer la reproduction en juillet/août", explique Jérémie Souchet. L’herpétologiste précise également disposer de toutes les autorisations nécessaires à l’élevage de ces reptiles.

Une fois arrivés sur le site d’élevage, les geckos capturés sont pesés, mesurés et photographiés dans un sas étanche afin d’être manipulés en toute sécurité. À cette étape, certains changent de couleur et noircissent sous l’effet du stress. Ce phénomène peut également être causé par le froid ou la maladie, précise le responsable scientifique et d'élévage.

Chaque gecko vert de Manapany possède en effet des motifs uniques sur la tête et le dos, de véritables empreintes visuelles, permettant de les identifier individuellement.

Décrit en 1966 comme une sous-espèce d’ornata maurice, le gecko vert de Manapany a été reconnu en 1995 comme endémique du sud de l’île.

Une espèce menacée et un habitat fragilisé

À La Réunion, il ne reste plus que deux reptiles endémiques : le gecko vert de Manapany et le gecko vert de Bourbon. D’autres espèces, comme la couleuvre dite péi, le margouillat, le caméléon ou encore les agames, ont été introduites et pèsent sur la biodiversité locale. Certaines sont même des prédateurs de "notre trésor local", à l’image du grand gecko vert de Madagascar.

Contrairement au gecko vert de Bourbon, présent dans les forêts humides de l’est, du sud et du nord, la population du gecko vert de Manapany est concentrée sur une bande d’environ 11 kilomètres, entre Saint-Pierre et Saint-Joseph.

Une population en déclin depuis plusieurs années. En cause, notamment, la prédation mais aussi la dégradation de son habitat."Il y en a notamment sur deux zones qui s’appellent Cap Salé et Cap Deveau où on va aller justement essayer de voir si rajouter de manière importante des animaux va permettre d’inverser la tendance".

Un objectif de plus de 200 individus

Une fois les femelles en capacité de pondre, l’association prendra en charge les juvéniles avant de les relâcher dans la nature à l’âge adulte. "L’idée c’est de rapporter quasiment 200 individus dans chaque population, alors qu’actuellement on est plutôt sur 30 à 40 individus restants", précise le responsable scientifique.

Le scientifique nourrit les geckos avec des grillons vivants afin de préserver leur instinct de chasse, dans un environnement proche de leur territoire naturel.

Pour recréer les meilleures conditions d’élevage possibles, l’association produit elle-même les plantes nécessaires : la saliette pour le nectar, mais aussi le vacoa, une plante essentielle qui leur fournit à la fois " le gîte et le couvert".

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Ces reptiles étant grégaires, ils sont maintenus dans des cages grillagées en extérieur afin de conserver un cycle biologique au plus proche de leur milieu naturel. Les geckos verts de Manapany "sont fidèles à leur lieu de ponte. Les nids sont caractérisés par des amas d’œufs. C’est pourquoi, même si un nid est vide, il faut laisser", donne pour conseil à leur préservation dans les milieux habités le scientifique.

Sensibiliser et protéger sur le long terme

En tant qu’animateur du PNA, l’association travaille en collaboration avec le Conservatoire du littoral, l’ONF, le Parc national et l’Université de La Réunion. Elle participe à la lutte contre les espèces exotiques et à l’amélioration des connaissances.

"Nous avons également un pôle de formation et de sensibilisation, à l’attention des scolaires et puis aussi des formations plutôt destinées aux agents du quotidien, aux paysagistes, aux élagueurs, aux agents d’entretien d’espaces communaux qui, eux, vont être confrontés directement à ces animaux-là et qui ne les connaissent pas. Donc on les forme à la reconnaissance, et puis aussi aux bonnes pratiques pour qu’ils puissent, eux, dans leur métier, prendre soin de ces animaux-là. Et également qu’ils soient sentinelles sur l’arrivée d’espèces exotiques", détaille Jérémie Souchet.

L’association est également gestionnaire de 32 hectares de falaise littorale appartenant au Conservatoire du littoral. "Des terrains de l’État dont on a la gestion et ce sont sur ces terres-là que l’on va retrouver les populations naturelles de geckos verts de Manapany". Une démarche globale avec pour ambition de donner au gecko vert de Manapany une chance de ne pas disparaître.

Etiquettes : Biodiversité | Manapany

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