Attention à une crise des Gilets jaunes-bis !

Respectivement de 3,1 millions pour l’Élysée (+2,5% par rapport à 2024), d’un peu plus de 10 millions (+1,7%) pour l’Assemblée, et de 6,3 millions (+1,69%) pour le Sénat.
A ce niveau d’impudeur, ça relève du foutage de gueule !
Comment peut-on être à ce point déconnecté de la réalité que vivent les Français pour oser demander ça, alors même que leur train de vie est déjà décrié ?
Comment peuvent-ils réclamer des millions en plus alors que, dans le même temps, ils demandent aux Français, et aux Réunionnais en particulier, de se serrer la ceinture, pour redresser une situation dont ils sont les seuls responsables ?
Rien que pour l’Outre-mer, le gouvernement s’apprête à diminuer notre budget de 10%, soit 300 millions en moins. Certains parlent même de 400 millions après avoir examiné toutes les lignes budgétaires. Dont les 2/3 concerneront les collectivités territoriales.
Dit comme ça, ce ne sont que des chiffres. Je suis sûr que vous ne vous rendez pas vraiment compte de ce que ça signifie pour nous. Pour vous. Concrètement, ça veut dire moins d’investissements publics, donc plus de chômage, moins de prestations, par exemple des CCAS…
Victorin Lurel explique à Médiapart que la purge envisagée par le gouvernement est d’autant plus « injuste » que l’intégralité de l’effort sera à supporter par les citoyens. "La ligne budgétaire dite “conditions de vie outre-mer”, qui porte toutes les dépenses du quotidien (continuité territoriale, logement, aménagement du territoire, financement des collectivités, plan séisme…), est purement et simplement asséchée. Ses crédits passent de 1,28 milliard à 810 millions d’euros. Cette ligne budgétaire retrouve un niveau inférieur à celui voté en 2008 !", s’emporte l'ancien ministre de l'Outremer.
Mais ce n’est pas tout. L’essentiel des transferts financiers de l’État vers les DROM ne passe pas par le ministère mais est distribué au travers des dépenses courantes des autres ministères, et en particulier de ceux dit régaliens. A titre d’exemple, les salaires des enseignants sont payés directement par le ministère de l’Éducation nationale. Mais ça signifie donc que la diminution des budgets va être bien plus grave que les 300 ou 400 millions évoqués.
Dans l’Éducation nationale par exemple, un rapport de l’Inspection générale des finances et de l’Inspection générale de l’éducation nationale, publié récemment par Matignon et repris par Médiapart, relevait que, "en proportion, les académies les plus représentées en termes de fermeture de classes sont celles de Guyane, Guadeloupe, Martinique et Paris".
Cette décision inique du gouvernement intervient au moment où La Martinique et la Nouvelle Calédonie sont à feu et à sang. Et qu’à La Réunion, des appels à barrer les routes commencent à circuler sur les réseaux sociaux.
Impossible de savoir pour le moment s’il s’agit de l’œuvre de petits farfelus ou si ça présage pour de bon des jours sombres pour notre île. Toujours est-il que nous sommes assis sur une poudrière qui peut exploser à tout moment. Tout le monde le sait et l’appréhende. Et c’est le moment que choisit le gouvernement pour venir jeter une allumette.
Interrogé, le ministère des Outre-mer préfère rester discret pour le moment et s’en remet aux discussions et aux amendements qui pourraient être déposés lors du vote à l’Assemblée nationale.
Sauf que l'Outre-mer, et La Réunion en particulier, a fait le choix aux dernières législatives, d’envoyer presque intégralement des députés NFP à l’Assemblée. Lesquels députés se sont d’ores et déjà positionnés dans une attitude d’opposition systématique.
Ce n’est clairement pas le meilleur moyen pour négocier et essayer d’obtenir des rallonges de la part du gouvernement.
D’autant que la plupart de leurs amendements auront pour objectif d’obtenir une augmentation violente des dépenses : diminution de l’âge de la retraite, augmentation des salaires des enseignants, baisse des impôts, etc… Difficile dans ces conditions de demander une rallonge supplémentaire pour l’Outre-mer.
Reste à savoir si ce projet de Budget proposé par le gouvernement sera voté par l’Assemblée.
Le gouvernement a d’ores et déjà acheté la bienveillance du Rassemblement national avec la promesse ce week-end de Bruno Retailleau de faire voter un nouveau projet de loi sur l’immigration dès le début de l’année prochaine. C’est-à-dire juste avant le vote du Budget. Le donnant-donnant est clair, un peu "gros doigt" même.
Si la chute du gouvernement Barnier ne se produira -probablement- pas dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, en tous cas pas avant le milieu de l’année prochaine, le risque pourrait par contre venir de la rue.
Michel Barnier a essayé de déminer le terrain en cédant aux syndicats sur de nombreux points : revalorisation du SMIC anticipé, abandon de la réforme des retraites… Mais les récents événements en Martinique le montrent, les syndicats, quand ils se montrent trop conciliants avec le pouvoir, risquent eux-mêmes de se faire déborder par la base.
Emmanuel Macron a su résister et se sortir du pétrin du premier épisode des Gilets jaunes. Mais à quel prix ! Et nul ne sait quelle serait l’issue en cas de récidive…


