Arnaquée par un faux Brad Pitt depuis La Réunion : comment ses banques ont laissé filer plus de 800 000 euros

Installée à La Réunion au moment des faits, Anne a été escroquée de plus de 800 000 euros par un faux Brad Pitt. Elle a déposé plainte à Malartic. Au-delà de la manipulation sentimentale, son combat judiciaire vise désormais les banques, accusées de ne pas avoir réagi à des virements pourtant semés d’indices troublants.
Petit rappel des faits. Tout commence par quelques mots. Un message privé, inattendu, presque irréel. L’expéditeur affirme être Brad Pitt. Il évoque sa solitude, ses fragilités, sa santé. Il parle avec douceur, installe la confiance, puis la dépendance. Depuis La Réunion, où elle vit alors, Anne (prénom connu depuis) croit à cette présence invisible mais constante. Elle écoute, rassure, soutient. Et bientôt, elle aide.
Pendant des mois, les demandes d’argent se succèdent. Elles sont présentées comme urgentes, vitales. Des soins médicaux, des blocages administratifs, des situations critiques. La victime effectue des virements. Encore et encore. Au total, plus de 800.000 euros disparaissent dans ce qui n’était qu’un mirage numérique.
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Lorsque l’illusion se brise, il ne reste qu’un vide brutal. Ruinée, la victime franchit les portes de la police de Malartic, à Saint-Denis, pour déposer plainte. Depuis La Réunion, loin des circuits traditionnels de la fraude internationale, l’affaire prend une dimension judiciaire inattendue.
Mais très vite, une autre interrogation surgit. Les virements validés comportaient des libellés explicites, parfois stupéfiants : "Opération de William Bradley Pitt", ou encore "Transplantation du rein de William Bradley Pitt". Des mentions qui, selon la plaignante, auraient dû déclencher des alertes internes. Comment de telles transactions ont-elles pu être exécutées sans contrôle approfondi ?
Sans "opposition apparente"
La question touche au cœur même du rôle des banques. Leur devoir de vigilance impose, en théorie, de repérer les opérations inhabituelles ou suspectes. Or, dans cette affaire, les transferts se sont poursuivis sur une longue période, sans "opposition apparente". La victime estime aujourd’hui que les établissements financiers n’ont pas exercé pleinement leur responsabilité.
Au centre du piège, il y avait l’emprise. "Il a appuyé sur chacune de mes angoisses pour étendre son emprise", confiera-t-elle, décrivant une "manipulation psychologique méthodique". L’escroc n’a pas forcé un système informatique, mais a plutôt contourné une vigilance humaine, en exploitant la confiance et la solitude.
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Aujourd’hui, la procédure dépasse le simple cadre d’une escroquerie. La banque est-elle seulement un exécutant, ou aussi un rempart ? Dans un monde où les arnaques deviennent plus sophistiquées, la réponse engage bien plus que des institutions. Elle concerne la confiance elle-même, ce lien fragile entre l’individu, la technologie et ceux qui sont censés protéger.


