Après les propos racistes sur CNews, un rassemblement de soutien à Bally Bagayoko devant la mairie de Saint-Denis

Des milliers de personnes sont attendues ce samedi après-midi sur le parvis de l’hôtel de ville de Saint-Denis (Seine Saint-denis) pour un rassemblement citoyen organisé en réponse aux attaques racistes visant le nouveau maire de la ville, Bally Bagayoko. Un événement qui prend une dimension nationale, au croisement du débat sur le racisme médiatique et la liberté de la presse.
Élu dès le premier tour des élections municipales du 15 mars avec 50,77 % des voix, Bally Bagayoko est le premier maire d’une ville de plus de 100.000 habitants soutenu par La France insoumise (LFI). Natif des Hauts-de-Seine de parents maliens, il a été la cible de plusieurs attaques racistes dès le soir de sa victoire.
Mais c’est sur CNews que l’affaire prend une tout autre ampleur. Lors de l’émission 100% politique, le psychologue Jean Doridot déclare en plateau : « L’homo sapiens, nous sommes des mammifères sociaux et de la famille des grands singes. Et par conséquent, dans toute collectivité, dans toute tribu, nos ancêtres chasseurs-cueilleurs vivaient en tribus, il y a un chef qui a pour mission d’installer son autorité. »
Des suites judiciaires attendues
Le lendemain, le philosophe Michel Onfray associe à son tour l’élu à la notion de « tribu », évoquant un « mâle dominant ». Le Mrap dénonce une « longue tradition raciste consistant à animaliser des personnes » et une « banalisation intolérable du racisme ». La chaîne de télévision détenue par Vincent Bolloré, un descendant d’une riche famille industrielle bretonne proche de l’extrême-droite catholique, estime que les propos de Jean Doridot ont été « délibérément déformés sur les réseaux sociaux, alimentant une polémique infondée ». Michel Onfray dénonce quant à lui sur X un « faux procès » que lui intenterait LFI.
Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour « injure publique en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion », confiée à l’Office central de lutte contre la haine en ligne, après la plainte déposée le 1er avril par Bally Bagayoko. Le préfet de Seine-Saint-Denis a souhaité se constituer partie civile. Une seconde enquête distincte a été ouverte pour cyberharcèlement, le parquet ayant relevé sur X une multiplication de commentaires ciblant l’élu en raison de sa couleur de peau.
Un tremblement de terre… jusqu’à La Réunion
L’intervention de Mémona Hintermann-Afféjee constitue un rebondissement notable dans l’affaire Bagayoko. Alors que la polémique continuait d’enfler, la journaliste réunionnaise est intervenue sur le plateau de CNews pour défendre la chaîne, estimant que « si on ne peut pas évoquer l’homo sapiens à propos d’une personne noire, on est devenu dingue. »
Mémona Hintermann-Afféjee a depuis affirmé sur Antenne Réunion ne pas regretter ses propos. Ces déclarations ont immédiatement suscité un tollé à La Réunion. La présidente de Région Huguette Bello a exprimé sa « plus vive indignation », estimant que « qualifier d’Homo sapiens un homme noir, c’est faire abstraction de toute une histoire : celle de la déshumanisation des personnes noires, depuis l’esclavage jusqu’aux pseudo-théories raciales du XIXème siècle. » La journaliste, qui a reçu le soutien du patron du RN local et de Didier Robert, a affirmé qu’elle porterait plainte si le lycée qui porte son nom venait à être débaptisé.
Le rassemblement de ce samedi : un « une forme d’indignation populaire »
Le 30 mars dernier, le maire de Saint-Denis a appelé à un « rassemblement citoyen pour s’opposer au racisme, aux discriminations, et à toute forme de haine, y compris l’islamophobie et l’antisémitisme ». La manifestation est prévue devant son hôtel de ville, ce samedi 4 avril à partir de 16h, heure de La Réunion.
Des dizaines de milliers de personnes aujourd’hui à Saint-Denis pour protester contre le racisme et toutes les formes de discriminations pic.twitter.com/lNjqckKpLi
— Bally Bagayoko (@BallyBagayoko) April 4, 2026
Interrogé ce matin sur franceinfo, Bally Bagayoko affirme avoir ressenti « une forme d’indignation populaire » après les propos racistes dont il a fait l’objet. « Dans l’acte posé en ma personne, des millions de personnes se sont reconnues », déclare-t-il. Il attend entre 10.000 et 20.000 personnes sur le parvis de la mairie.
De nombreuses personnalités de gauche devraient être présentes. En revanche, peu de responsables de la droite et du centre ont répondu à l’appel. Bally Bagayoko déplore notamment l’absence d’Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de la Lutte contre les discriminations.
Le point de départ d’un combat pour la campagne de 2027
Dans son appel, Bally Bagayoko dénonce des médias nationaux incapables d’intégrer l’idée « qu’un enfant de la ville, issu de nos quartiers populaires, puisse être appelé aux responsabilités pour la collectivité. » Il appelle à « défendre la République et ses valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité ».
Le jeune édile estime par ailleurs que le silence d’Emmanuel Macron sur les propos racistes le visant « le disqualifie à jamais » sur la lutte contre le racisme, et affirme vouloir faire de ce rassemblement le point de départ d’un mouvement national et européen. « Ma responsabilité, c'est désormais de faire en sorte que la question de la lutte contre le racisme et toutes les formes de discriminations soit au cœur de la campagne de 2027 », a-t-il assuré à franceinfo.


