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Débaptiser ou pas ? Une pétition circule, le lycée Mémona Hintermann-Afféjee pris dans la vague

Ecrit par Lény-Huayna Tible – le vendredi 3 avril 2026 à 16H48
Lycée Nord "Technologies nouvelles & Communication visuelle" Dénomination Mémona HINTERMANN-AFFÉJEE (photo Région Réunion)

À Sainte-Clotilde, une pétition citoyenne demande le changement de nom du lycée Mémona Hintermann-Afféjee. En toile de fond, ce n'est plus un scoop, la polémique médiatique, mais surtout une question plus profonde sur ce que l’on choisit d’honorer, ici, à La Réunion.

La question n'était pas tellement de savoir si elle allait sortir, mais plutôt quand serait-elle mise en ligne. Une pétition, lancée par d’anciens élèves du lycée polyvalent Nord de Sainte-Clotilde, circule depuis quelques heures à La Réunion.

Son objectif est clair, demander "l’examen de changement de dénomination du lycée". Derrière la formule, une remise en cause directe du nom de Mémona Hintermann-Afféjee, figure médiatique réunionnaise à qui l’établissement est associé et qui fait parler d'elle, pas forcément pour le meilleur...

Lire aussi : Après la polémique sur Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, le dérapage de la Réunionnaise Mémona Hintermann-Afféjee sur CNews

Tout part d’une première séquence sur CNews. Sur le plateau, le psychologue Jean Doridot évoque le maire de Saint-Denis (île-de-France) Bally Bagayoko en mobilisant une comparaison autour des "grands singes", déclenchant une onde de choc et une plainte pour racisme.

L’affaire aurait pu s’arrêter là. Elle aurait dû. Mais quelques jours plus tard, sur le même plateau, la grande reporter de La Réunion Mémona Hintermann-Afféjee intervient à son tour pour défendre la chaîne et rejeter toute lecture raciste.

Vague d'indignation

Elle insiste sur son histoire personnelle, évoquant "des nièces très, très, très noires et des neveux très, très, très blancs", avant de lancer, défiant la polémique, "si on ne peut pas aujourd’hui évoquer l’Homo sapiens à propos d’une personne noire, on est devenu dingue".

Une prise de parole qui au lieu d'éteindre l’incendie, le propage davantage. Ca ne passe pas. La polémique enfle, les prises de positions s'enchainent. Huguette Bello intervient. La vague d’indignation gagne du terrain, où la séquence est perçue comme une minimisation d’un imaginaire raciste particulièrement sensible dans le contexte réunionnais.

Lire aussi : Polémique après les propos de Mémona Hintermann-Afféjee sur CNews : le député Philippe Naillet demande que le lycée change de nom

Le député PS de la 1ère circonscription Philippe Naillet demande rapidement à renommer l'établissement, qualifiant les propos de la journaliste d’"inacceptables". Une prise de position qui donne un écho politique à une initiative née sur le terrain. Jusqu'à la mise en ligne de la pétition jeudi 2 avril.

À première vue, le texte est mesuré. Pas d’invectives, pas de condamnation brutale. Mais une ligne, nette. "La dénomination d’un établissement scolaire public est un acte chargé de sens". Et surtout, cette idée, répétée comme un fil rouge, un nom engage.

Si la pétition émerge aujourd’hui, c’est évidemment dans le sillage de la séquence télévisée qui a profondément choqué une partie de l’opinion locale.

Discussion collective

Ses auteurs ne réclament pas une décision immédiate. Ils demandent un processus. "Un examen public et transparent", insistent-ils. L’idée n’est pas seulement de débaptiser, mais d’ouvrir une discussion collective. Élèves, enseignants, parents, citoyens.

Dans les signatures qui s’accumulent, on lit moins une colère qu’un malaise. "Ce lycée, c’est le nôtre", confie une ancienne élève. "On doit pouvoir être fiers de son nom sans se poser de questions".

Lire aussi : Qui est Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, sous le feu des critiques et des remarques racistes ?

D’autres vont plus loin encore. "Un établissement scolaire, ce n’est pas neutre. C’est un lieu de transmission. Le nom doit être en cohérence avec les valeurs qu’on défend".

Le débat, lui, dépasse largement le portail du lycée.

Ambivalence

Mais la pétition ne fait pas consensus. Sur les réseaux sociaux notamment, certains dénoncent une "réaction excessive", voire une "chasse symbolique". "On ne peut pas résumer toute une vie à une phrase", écrit un internaute. Car pour beaucoup, Mémona Hintermann-Afféjee reste une pionnière, une femme réunionnaise qui a ouvert des portes dans le paysage médiatique national.

Lire aussi : "Créole jusqu’au bout des ongles" : comment Mémona Hintermann-Afféjee tente de déplacer le débat après la polémique

C’est toute l’ambivalence du moment.

D’un côté, une trajectoire exemplaire. De l’autre, des mots qui heurtent. Entre les deux, une génération qui interroge. Qui ne veut plus seulement hériter des symboles, mais les choisir.

Au moment d'écrire ces lignes, plus de 350 avaient déjà signé la pétition.

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