Agent public ou salarié privé ? Le statut de Jean-Pierre Lallemand, ex-directeur financier de Pierrefonds, au cœur d'une bataille judiciaire

Jean-Pierre Lallemand, ancien directeur financier de l’aéroport de Pierrefonds, a contesté la suppression de son poste devant les Prud’hommes ce vendredi 21 août 2026. Mais avant d’examiner le fond du litige, le conseil attend que la Cour d’appel tranche la question centrale du dossier : son statut relevait-il du droit public ou du droit privé ?
Le dossier Jean-Pierre Lallemand devra encore attendre avant d’être tranché sur le fond. L’ancien directeur financier de l’aéroport de Pierrefonds a saisi les Prud’hommes après la suppression de son poste par le syndicat mixte. Mais le conseil ne s’est pas avancé sur la validité ou non de cette éviction. En cause : une bataille préalable sur la juridiction compétente.
Le litige est né dans un contexte déjà tendu pour l’aéroport de Pierrefonds, placé en redressement judiciaire et engagé dans une réorganisation. La direction du Syndicat mixte de Pierrefonds avait justifié la suppression du poste de Jean-Pierre Lallemand par l’inadéquation d’une fonction financière exercée à tiers-temps dans une période nécessitant, selon elle, une présence à temps plein et une réactivité accrue. L’aéroport souhaite désormais s’appuyer sur un directeur administratif et financier à plein temps, chargé également des ressources humaines.
Mais derrière cette réorganisation se cache une question juridique plus complexe : Jean-Pierre Lallemand était-il un agent public, relevant du tribunal administratif, ou un salarié de droit privé, pouvant saisir les Prud’hommes ?
Deux lectures opposées du même statut
Pour Me Philippe Creissen, qui représente la direction de l’aéroport, la réponse ne fait aucun doute. Jean-Pierre Lallemand relèverait de la fonction publique territoriale. L’avocat rappelle qu’un arrêté datant de 1997 l’autorisait à exercer un emploi accessoire auprès de l’établissement sous statut de fonctionnaire. Dans cette lecture, la suppression de son poste constitue donc un acte administratif, qui ne peut être contesté en premier lieu que devant le tribunal administratif.
“Vous ne pouvez pas demander à un conseil de prud’hommes de requalifier un acte administratif”, a défendu Me Creissen, estimant que le litige doit d’abord passer par la juridiction administrative avant toute éventuelle requalification.
Jean-Pierre Lallemand défend exactement l’inverse. Selon lui, la transformation de l’aéroport en EPIC (établissement public à caractère industriel et commercial) a changé la nature de son contrat. “Le personnel des EPIC, à part le directeur général, est de droit privé”, affirme-t-il. Il estime donc être devenu salarié de droit privé “malgré” lui, et considère que les Prud’hommes sont bien compétents pour examiner son dossier.
Une première décision prud’homale en référé lui avait d’ailleurs donné un point d’appui, en reconnaissant la compétence du conseil. Mais cette ordonnance n’est pas définitive : la direction de l’aéroport a fait appel. C’est précisément cette procédure qui bloque aujourd’hui l’examen du fond.
Le fond du dossier reste en suspens
Dans l’immédiat, les Prud’hommes ne se sont donc pas prononcés sur les conditions de départ de Jean-Pierre Lallemand. L’ancien directeur financier estime pourtant que c’est là que se situe “le plus scandaleux” dans son dossier. Il dénonce une mise à l’écart brutale et affirme avoir été pris dans une volonté plus large de faire le ménage.
“Je pense qu’il y a eu une volonté de casser les cadres de l’aéroport”, soutient-il, citant plusieurs responsables ou cadres qui auraient, selon lui, été fragilisés ou visés dans le fonctionnement interne de la structure.
Me Creissen rejette cette lecture personnalisée du conflit. Pour lui, la suppression du poste ne relève pas d’une décision isolée du directeur de l’aéroport, mais du conseil syndical, dans un contexte de redressement judiciaire et de réorganisation imposée par la situation financière de Pierrefonds. L’avocat rappelle que l’aéroport a accumulé un déficit important et que la structure paie aujourd’hui, selon lui, "des années de gestion désordonnée."
La Cour d’appel devra d’abord trancher
Le dossier reste donc suspendu à la décision de la Cour d’appel. Tant qu’elle n’aura pas statué sur la compétence, les Prud’hommes ne pourront pas examiner le fond du litige : s’agit-il d’une suppression de poste relevant du droit public, ou d’un licenciement relevant du droit privé ?
Pour Jean-Pierre Lallemand, l’enjeu est majeur. S’il parvient à faire reconnaître la compétence prud’homale, il pourra contester les conditions de son éviction sous l’angle du droit du travail. Pour l’aéroport, au contraire, le dossier doit d’abord être traité comme un acte administratif lié à la réorganisation de l’établissement.
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En attendant, l’affaire illustre une nouvelle fois la crise profonde traversée par l’aéroport de Pierrefonds, entre redressement judiciaire, recomposition de sa direction et contentieux internes.


