Aéroport de Pierrefonds : le préfet prend la main, la Chambre régionale des comptes impose un plan de redressement sur trois ans

Saisie par le préfet de La Réunion, la Chambre régionale des comptes (CRC) dresse dans un avis budgétaire, après un rapport salé publié en novembre dernier, un constat sévère de la situation financière du syndicat mixte de Pierrefonds. Déficit massif, comptes jugés peu fiables et redressement judiciaire en cours conduisent la juridiction financière à imposer un plan de redressement étalé sur trois ans, fondé sur une forte réduction des charges et un recours aux subventions des collectivités membres.
C’est à la suite d’une saisine du préfet de La Réunion, fin novembre, que la Chambre régionale des comptes a examiné, une nouvelle fois après un rapport peu élogieux daté de novembre dernier, la situation financière du syndicat mixte de Pierrefonds. Le représentant de l’État relevait un déficit du compte administratif 2024 supérieur aux seuils légaux ainsi qu’un budget supplémentaire 2025 voté sans équilibre réel. Un signalement qui a conduit la CRC à enclencher la procédure prévue par le code général des collectivités territoriales.
Le constat dressé par la chambre est sans appel. Le déficit ne peut être résorbé rapidement. Compte tenu de son ampleur, de l’absence de marges de manœuvre sur les dépenses de fonctionnement en 2025 et du niveau d’avancement de l’exercice budgétaire, le rétablissement de l’équilibre « ne peut être envisagé sur un seul exercice ». À ces fragilités structurelles s’ajoutent les incertitudes pesant sur l’activité de transport commercial de passagers, malgré des velléités récentes d'ouvrir une liaison vers l'Afrique du Sud, et la procédure de redressement judiciaire ouverte en février dernier par le tribunal mixte de commerce de Saint-Pierre.
Trois ans pour redresser la barre
Dans ce contexte, la CRC préconise un plan de redressement sur trois ans, reposant sur un scénario d’activité minimale de l’aéroport. Elle rappelle que les mesures nécessaires relèvent de la seule responsabilité du syndicat mixte, mais que leur mise en œuvre s’inscrit désormais sous le regard étroit de l’État.
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Première exigence posée : assainir et fiabiliser les comptes. La chambre souligne l’urgence de mettre en place une comptabilité d’engagement complète et un suivi rigoureux des restes à réaliser. Elle demande au syndicat mixte de mandater l’ensemble des dépenses déjà engagées et de régulariser les charges correspondant à des services faits. À ce titre, 3,26 millions d’euros de factures non honorées devront être intégrées au budget primitif 2026, dont plus de 2,42 millions en fonctionnement et 840.000 euros en investissement. Cette régularisation implique l’inscription de 1,68 million d’euros supplémentaires en charges de personnel et de 744.000 euros en charges à caractère général dès l’an prochain.
Réduction des effectifs
La CRC insiste ensuite sur la maîtrise des dépenses, identifiée comme le levier central du redressement. La masse salariale est particulièrement visée. Si les efforts engagés en 2025 permettraient une économie annuelle estimée à 800 000 euros, la chambre estime que le syndicat mixte dispose encore d’une marge de manœuvre importante. Elle évoque une réduction des effectifs, avec un passage possible de 43 salariés fin 2025 à 25 agents en l’absence de reprise du trafic commercial, et fixe des objectifs clairs : ramener la masse salariale à 2,2 millions d’euros en 2026, puis à 1,5 million d’euros en 2027.
Même logique pour les charges générales, qui devront être ajustées à l’activité réelle de l’aéroport. La CRC recommande une baisse des dépenses liées notamment à la sûreté aéroportuaire et à la location de matériel, avec un objectif de 2,6 millions d’euros en 2026, puis 2,2 millions d’euros en 2027, hors charges antérieures non comptabilisées.
Côté recettes, la chambre se montre beaucoup plus prudente. Elle estime que la seule variable réellement mobilisable reste l’augmentation des participations et subventions exceptionnelles des collectivités membres du syndicat mixte. En fin de semaine dernière, la Région a confirmé une participation à hauteur de 335 500 euros lors de sa dernière commission permanente (Région, Département, CIVIS et CASUD ont acté la participation à une subvention exceptionnelle d’un montant total de 2,2 millions d'euros d’ici le 31 décembre 2025, à répartir entre les membres.)
Transmission au préfet du budget 2026
Les déséquilibres étant trop importants pour être résorbés sur un seul exercice, un étalement sur plusieurs années est jugé inévitable. Le remboursement des avances de trésorerie accordées en 2021 par les collectivités pourrait également être davantage lissé afin de limiter les nouveaux appels de fonds.
Enfin, la CRC rappelle que la suite du processus passera aussi par l’État. Le budget primitif 2026 devra être adopté avant le compte administratif 2025 et transmis au préfet, qui saisira à nouveau la chambre dans le cadre du contrôle budgétaire renforcé. Une surveillance étroite, appelée à se prolonger, alors que toute évolution de l’activité de l’aéroport pourrait conduire à de nouvelles mesures correctrices en cours d’exercice.


