Abdul Hack Juan encourt un mois de prison avec sursis

Quasiment quatre heures de procès pour ce qui, quotidiennement, ne dure que quelques minutes. "Des insultes proférées à agent, voilà un type d'affaires que nous rencontrons plusieurs fois par semaine", a rappelé le procureur de la République, ce matin à l'occasion du procès d'Abdul Hack Juan.
Évidemment, la place dans la société du prévenu, fils de Nassimah Dindar, en est la cause principale. Cela a donc donné une ambiance particulière ce matin avec, sur les bancs du tribunal correctionnel, des agents de police, des journalistes et des citoyens venus soutenir l'accusé…
Des vidéos qui apportent des éléments... insuffisants pour que la vérité éclate
Un procès également particulier dans le sens où les images (caméra de surveillance et téléphones portables de témoins de la scène) prises lors de l'altercation entre les quatre agents se constituant partie civile et l'accusé, Abdul Hack Juan, ont été visionnées lors de ce procès.
"On n'ira pas très loin dans ce dossier si on se contente d'essayer d'opposer la parole d'Abdul Hack Juan à celle des policiers", a affirmé en préambule Me Rémi Boniface, avocat de la défense. Son analyse s'est avérée juste : Jusqu'à la fin du procès, la vérité n'a pas été mise en lumière et l'on en restera là, les images vidéo ne permettant pas plus de répondre clairement à la question suivante : Ce vendredi 13 à 13 heures, qui a provoqué qui?
Des images vidéo qui vont toutefois servir de base d'argumentation majeure aux plaidoiries. "Il y a un menteur dans cette salle, le menteur c'est Abdul Hack Juan", a clairement affirmé Me Frédéric Marionneau, avocat de la partie civile qui a notamment rappelé qu'Abdul Hack Juan n'en est pas à son coup d'essai en terme de provocation et d'outrage à agent. En 2008, un contrôle d'identité avait déjà mal tourné.
Sur la vidéo, Me Frédéric Marionneau démontre que l'accusé frôle le camion de police, et contrairement aux autres passants, se retourne avec insistance vers les agents comme s'il s'adressait à eux. Pour Me Remi Boniface, "si nous voyons tous la même chose, ce passage montre un individu qui marche à allure normale, les bras le long du corps, sans aucune réaction particulière".
Me Rémi Boniface : "Laissez le prévenu s'exprimer !"
Me Rémi Boniface a constamment essayé de prouver que le "flagrant délit", situation permettant légalement à un agent d'effectuer un contrôle d'identité, n'est pas vérifié en l'espèce. "Il aurait dit, 'a ou la merde, sa un l'heure pou passe ter la'. Les images montrent qu'il n'a pas pu avoir le temps de dire cela durant les quelques fractions de secondes où il se retourne vers le véhicule", insiste-t-il. La partie civile affirmera que cette phrase commence à être prononcée avant qu'Abdul Hack Juan tourne la tête vers les agents.
La suite est connue. La situation dégénère lorsque les policiers décident, estimant avoir reçu des insultes, de vérifier l'identité du jeune homme. Abdul Hack Juan refuse d'entrer dans le camion, les gens s'amassent, Ibrahim Dindar intervient pour calmer le jeu… et finalement un agent de la Brigade Anti Criminalité finit par utiliser son gaz lacrymogène pour disperser la foule alors qu'Abdul Hack Juan est mis en garde à vue.
A plusieurs reprises, interrogé par le président ou par son avocat, Abdul Hack Juan s'est adressé à la cour. Il a tenté d'expliquer qu'en sortant de la mosquée pour le Ramadan, le jour de son anniversaire, il ne s'était pas adressé aux agents, encore moins pour les insulter.
Des discours parfois un peu longs et redondants, qui ont fait l'objet à plusieurs reprises d'une interruption par le président de la cour rappelant que "c'est moi qui mène les débats, ce n'est pas vous", alors même que Me Rémi Boniface s'insurgeait que "ce n'est pas correct, écoutons le prévenu s'exprimer".
"Quel est l'intérêt pour ces agents d'interpeller un passant qui n'a rien fait?"
Le procureur de la République a d'abord estimé que le vivre-ensemble est un exemple à la Réunion et doit le rester. Sur les faits, "quel est l'intérêt pour ces agents d'interpeller un passant, à 30 minutes de la fin de leur service?", a-t-il interrogé, ajoutant avec un brin d'ironie : "Et s'il n'y a pas eu d'insultes selon M. Juan, le policier aurait-il alors rêvé et entendu une insulte venue du ciel?"
Rappelant qu'Abdul Hack Juan a une place dans la société réunionnaise particulière, il lui a signifié que plus que n'importe qui, "vous devez être un exemple, un citoyen encore plus respectueux des lois que les autres".
Le procureur a demandé à la cour que l'accusé soit condamné à un mois d'emprisonnement avec sursis et à un stage de citoyenneté. Le délibéré sera rendu le 25 janvier à 8 heures.



