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À Saint-André, le temple Siva Peroumal reconsacré 110 ans après sa première cérémonie

Ecrit par Philippe Madubost – le vendredi 20 février 2026 à 07H10
Edifié en 1915, le temple a fait l'objet d'une rénovation complète qui aura duré 6 ans.

L’un des plus anciens temples hindous de La Réunion, situé chemin l’Étang à Saint-André, enchaîne depuis mardi les cérémonies dans le cadre de sa reconsécration, le Kumbabishegam , dont la cérémonie principale a lieu ce matin. Un événement rare, chargé d’émotion, qui marque l’aboutissement de six années de travaux menés par des bénévoles et des fidèles, et qui intervient 110 ans après la première consécration du temple.

Le temple Siva Peroumal n’est pas un lieu de culte comme les autres. Dédié principalement à Vishnou, il compte parmi les temples les plus anciens de l’île, et plus particulièrement de l’Est. À l’origine simple chapelle, il a été édifié sur un terrain acquis en 1915 par Tata Ponapin (Ponapin Egambrom) l’arrière-grand-père de l’actuel président de l’association Maha Vishnou, Richel Ponapin. « C’est lui qui a acheté le foncier et qui a installé les divinités. À l’époque, c’était le premier temple dédié à Vishnou sur toute la côte Est, mais aussi à l’Ouest et en partie dans le Sud », rappelle-t-il.

Depuis plus d’un siècle, le lieu n’a jamais cessé d’être fréquenté. « Je ne parle pas de résurrection aujourd'hui. Ce temple a toujours vécu, même pendant le chantier, même pendant le Covid. Ce que nous célébrons aujourd’hui, c’est la consécration du travail d’une équipe de bénévoles et de donateurs », insiste le président.

Richel Ponapin, le président du temple, construit par son arrière-grand-père en 1915.

Une cérémonie rare et hautement symbolique

La cérémonie correspond à une reconsécration complète du temple. Dans la tradition hindoue, un temple est considéré comme un lieu vivant, dont l’énergie spirituelle doit être renouvelée périodiquement. Le Maha Kumbabishegam, qui se tient en principe tous les douze ans, permet ce renouveau. Dans le cas du temple de Saint-André, la dernière cérémonie de ce type remontait à 1915.

« Normalement, tous les douze ans, on doit refaire la consécration. Mais il y a eu le manque de moyens, les cyclones, notamment Jenny en 1962, qui a détruit le temple. Ensuite, il a été reconstruit. Cela fait aujourd’hui 110 ans que nous n’avions pas pu faire cette grande cérémonie », explique Richel Ponapin.

Étendue sur près de quatre jours, de mardi à vendredi, la cérémonie suit un rituel précis, commun à tous les temples hindous de La Réunion. Les premiers jours ont été consacrés aux rituels de purification et de préparation, avec notamment des prières à Ganesh pour lever les obstacles, des rituels d’harmonisation des énergies et l’installation des pots sacrés remplis d’eau bénite. Le jeudi, le moment central de l’Ashtabandhana a permis de re-scell­er les divinités à l’aide d’une pâte rituelle composée de huit substances.

La journée de vendredi marquera le point culminant avec le Maha Kumbabishegam, au cours duquel une eau sacrée sera versée sur les sommets du temple, les ornements du toit et les divinités, officialisant la reconsécration du site.

« Comme un enfant qui vient de naître »

Pour les officiants, la cérémonie revêt une forte dimension symbolique. « C’est comme un enfant qui vient de naître. On réveille les divinités, on leur ouvre les yeux, on les habille. Elles sont mises en sommeil puis réveillées, avant d’être installées définitivement », explique l’un d’eux, évoquant un rituel comparable à une renaissance.

Le temple Siva Peroumal fait également partie des rares temples réunionnais dédiés principalement à Vishnou. Il est fréquenté depuis des générations par des familles venues accomplir notamment la cérémonie du Moudy Karnikaiye, au cours de laquelle les cheveux des jeunes enfants sont coupés en offrande à la divinité.

Dans la tradition hindoue, le temple est un lieu vivant, et le Kumbabishegam est une cérémonie rare et très sacrée qui permet d’en renouveler l’énergie spirituelle et d’offrir des bénédictions particulières aux fidèles", commente une fidèle. 

Six ans de travaux et une transmission familiale

Visible depuis le chemin l’Étang, le chantier de reconstruction et de mise aux normes du temple a duré six ans. Mené essentiellement par des bénévoles, il a également mobilisé un artisan venu d’Inde, dont le salaire a été pris en charge par un fidèle. C’est lui qui a réalisé les statues en pierre aujourd’hui installées autour de l’ancienne chapelle, grâce aux dons.

Le temple n'a désormais plus grand chose à voir avec celui qui existait il y a encore une dizaine d'années. Le sommet du temple, doré, est désormais visible depuis loin. 

« Nous avons voulu apporter de la modernité, tout en respectant le style dravidien et en poursuivant le travail de nos ancêtres », souligne Richel Ponapin. « Je remercie du fond du cœur mes parents, mes arrière-parents, les bénévoles et les donateurs qui se reconnaîtront. Ce n’était pas facile à leur époque. Pour nous non plus, mais on a tenu. Ce temple, on ne l’a pas fait pour nous, on l’a fait pour les gens et pour le bon Dieu.. »

Photo d'une cérémonie dans le temple datant de 2010 (photo D.R).
Le temple en 2020 au début des travaux de rénovation.

Un héritage toujours vivant

Autre particularité du site : la tradition du grand bal tamoul, dont l’origine à La Réunion est liée au temple du Chemin l’Étang. Un grand bal tamoul est prévu ce vendredi soir. Une pratique que l’association continue de perpétuer à Saint-André, dans la continuité de l'héritage spirituel et culturel des anciens. 

Avec cette reconsécration, le temple Siva Peroumal s’inscrit à la fois dans la continuité de plus d’un siècle d’histoire et dans une nouvelle étape de sa vie, fidèle à sa vocation première : être un lieu de culte vivant, ouvert et transmis de génération en génération.

Etiquettes : Religion | Saint-André | Tamoul

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