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Adrien Minienpoullé, un sage et un militant

Ecrit par zinfos974 – le jeudi 7 février 2013 à 16H07

Il y a moins d’un mois, le 19 janvier dernier, la nouvelle section communiste "canal historique" de Saint-André était créée. Pour cette manifestation haute en symboles, dans la commune d’Eric Fruteau qui a rejoint avec l’immense majorité des militants communistes saint-andréens le parti d’Huguette Bello, plusieurs dirigeants du PCR avaient fait le déplacement. L’enjeu était en effet  multiple et d’ailleurs Témoignages ne s’y est pas trompé. Ce n’est pas moins de 4 pages et 11 photos en couleur, dont l’une en pleine page qui barre toute la une, que compte l’édition du vendredi 25 janvier qui tente de transformer cette manifestation en événement.

C’est une argumentation en trois temps que développent les acteurs présents, d’Elie Hoareau à Jean-Paul Ciret, pour la garde historique, à Jacky The Seng, le secrétaire de la nouvelle section ainsi que les journalistes qui rendent compte de la manifestation. Premier temps : "Saint-André est inscrit dans l’histoire politique de La  Réunion". Deuxième temps : "Saint-André est un peu le berceau du PCR". Et, dernier temps, à Saint-André, "Paul Vergès était comme chez lui. Il est et restera toujours ici chez lui, n’en déplaise à certains". Sont alors déroulés un ensemble de dates, d’événements, d’hommes politiques de Saint-André, selon une histoire typiquement stalinienne pour asseoir la mise en scène des Vergès et le culte du fondateur du PCR , dont chacun doit se souvenir "que nous devons beaucoup à Paul Vergès envers qui il faut faire preuve de modestie, même si on est un élu, et non se montrer arrogant comme certains".

Dans cette réécriture à la sauce Vergès, le PCR signe la deuxième mort de Jean-Baptiste Ponama, dont toute honte bue, les responsables du PCR appellent aujourd'hui  la mémoire à leur rescousse, sans qu’un mot ne soit prononcé sur le broyage qu’ils lui ont fait subir. Mais il y a aussi l’élimination politique, moins violente certes que pour Jean-Baptiste Ponama mais tout aussi efficace, d’Adrien Minienpoullé. Pas une ligne, pas un mot, pas une seule fois son nom dans cette histoire appelée de "la refondation", exposée dans les pages de ce Témoignages du 25 janvier. Et pourtant...

Fils d’un humble planteur, militant communiste lui-même, cadre d’assurance, engagé tant sur le plan politique que dans le domaine culturel et cultuel pour le renouveau de la culture tamoule et de l’hindouisme, Adrien Minienpoullé a été un acteur marquant de la vie politique saint-andréenne et culturelle de La Réunion. Candidat PCR dans le canton de Cambuston aux élections cantonales de 1973, il est battu par son adversaire de Droite, l’usinier Charles-André Barau. En 1976, Adrien Minienpoullé obtient du Conseil d’Etat l’annulation pour fraude de l’élection de Barau. Le nouveau scrutin est fixé au dimanche 27 juin 1973. La campagne électorale se déroule dans un climat tendu, émaillé de nombreuses plaintes en tous genres. Quatre candidats sont alors sur les rangs pour conquérir le siège rendu vacant. C’est Adrien Minienpoullé qui est élu dès le premier tour, avec 1347 suffrages, son adversaire principal, le conseiller invalidé Charles-Armand Barau n’en recueillant pour sa part que 1132. Dans cette commune, dont le maire est alors Jean-Paul Virapoullé, le Journal de l’Ile n’hésite pas alors à écrire qu’il s’agit pour lui "d’un sérieux avertissement s’il veut conserver la mairie". C’est en effet un exploit de taille que vient  d’accomplir Adrien Minienpoullé. Mais dans cette perspective prometteuse pour le PCR, l’efficace et sage Minienpoullé devient gênant pour l’homme qui monte au PCR et dont le Parti a décidé de faire son futur dirigeant, Laurent Vergès, à qui l’on confie la charge de conduire la liste communiste en 1983. La suite est connue.

On comprend que dans cette histoire tout en tricotage à la gloire des Vergès, Adrien Minienpoullé n’avait aucune place dans les discours et pages consacrées à la "refondation". D’autant que, facteur aggravant, il siégeait dans le Conseil des Sages de la ville mis en place par Eric Fruteau, suite à son élection comme maire de la commune. Eric Fruteau pour qui la conduite et l’exemple d’Adrien Minienpoullé ont été, comme il l’a reconnu à de multiples reprises, formateur dans son éducation politique. Son fidèle compagnon de luttes, Julien Ramin rappelle dans le Témoignages d’aujourd’hui ce que le PCR doit à Minienpoullé.

Sur le plan culturel et cultuel, Adrien Minienpoullé n’a jamais ménagé son temps ni son énergie pour son rayonnement. Il continuait à exercer un magister reconnu de tous dans la modestie et l’efficacité. Adrien Minienpoullé était âgé de 78 ans et père de 2 enfants. Si aucun des deux n’a voulu le suivre en politique, son fils a suivi son engagement sur le plan culturel où, depuis son retour à La Réunion, il exerce d’importantes responsabilités dans le mouvement culturel tamoul.

 

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