Revenir à la rubrique : Social

La Réunion face au défi du grand âge : demain se prépare aujourd’hui

Ecrit par S.I. – le mardi 27 octobre 2026 à 06H31

D’ici 2050, le nombre de seniors en perte d’autonomie pourrait plus que doubler sur l’île. Santé, maintien à domicile, places en établissement : derrière les projections de l'Institut national de la statistique et des études économiques, un défi de société qui se prépare dès aujourd’hui.

Il y a les années que l’on gagne, et celles que l’on passe en bonne santé. À La Réunion, cette distinction prend tout son sens. En 2021, 18.200 personnes âgées de 60 ans ou plus étaient en perte d’autonomie. À l’horizon 2050, elles pourraient être 42.700. C’est l’un des principaux enseignements de l’étude publiée par l’Insee Réunion, en partenariat avec l’Agence régionale de santé (ARS) et le Département. Une projection qui place la question du grand âge parmi les enjeux majeurs des prochaines décennies.

Vieillir, oui. Mais dans quelles conditions ?

À première vue, la situation réunionnaise semble comparable à celle de l’Hexagone : 11 % des seniors sont en perte d’autonomie dans les deux cas. Mais cette égalité masque une réalité moins favorable. À âge comparable, les personnes âgées de l’île sont davantage touchées par la dépendance. Celle-ci survient plus tôt et dure plus longtemps.

En 2021, 31 % des seniors réunionnais en perte d’autonomie, soit 5.600 personnes, présentaient une forme sévère. Le risque augmente nettement avec l’âge : il concerne 6 % des 60-74 ans, 17 % des 75-84 ans et 45 % des personnes de 85 ans ou plus.

Les conséquences se mesurent aussi en années de vie. À 60 ans, une Réunionnaise peut espérer vivre encore 26 ans et 7 mois, contre 22 ans et 2 mois pour un Réunionnais. Mais cette longévité s’accompagne d’une période de dépendance plus longue : trois ans en moyenne attendue pour les hommes et quatre ans et dix mois pour les femmes, soit six mois de plus qu’au niveau national. Les femmes représentent ainsi 61 % des seniors en perte d’autonomie sur l’île.

En cause, notamment, un état de santé plus fragile. En 2019, 72 % des Réunionnais de 65 ans ou plus déclaraient souffrir d’une maladie chronique, contre 58 % dans l’Hexagone. Le diabète, l’hypertension et les maladies cardiovasculaires peuvent progressivement limiter les gestes du quotidien. Les conditions de vie pèsent également sur le vieillissement. En 2021, 37 % des ménages dont le référent fiscal avait 75 ans ou plus vivaient sous le seuil de pauvreté à La Réunion, contre 11 % au niveau national.

2050, l’échéance qui change la donne

Le chiffre donne le vertige : une hausse de 135 % en moins de trente ans. Selon le scénario de référence de l’Insee, 42.700 seniors pourraient être en perte d’autonomie à La Réunion en 2050, contre 18.200 en 2021. La progression serait bien plus forte qu’au niveau national, où l’augmentation attendue est de 36 %.

Cette évolution s’explique principalement par le vieillissement rapide de la population. En 2021, l’île comptait 167.000 habitants âgés de 60 ans ou plus. Ils pourraient être 294.000 en 2050. Les générations nombreuses nées entre 1960 et 1970 avancent en âge, tandis que le nombre de personnes de 85 ans ou plus devrait passer de 12.000 à 53.000.

La dépendance sévère pourrait progresser encore plus rapidement, de 159 % d’ici 2050. Quelque 14.600 seniors seraient alors concernés, contre 5.600 en 2021.

Pour autant, ces projections ne dessinent pas un avenir inéluctable. Dans un scénario plus favorable, reposant sur une amélioration plus rapide de la santé des seniors, le nombre de personnes en perte d’autonomie pourrait être limité à 34.000 en 2050. La prévention, l’accès aux soins et l’amélioration des conditions de vie constituent autant de leviers pour infléchir la tendance. Reste à transformer ces marges de manœuvre en actions concrètes.

Le domicile, premier lieu du grand âge

À La Réunion, vieillir signifie encore largement rester chez soi. En 2021, 89 % des seniors en perte d’autonomie vivaient à domicile, contre 70 % dans l’ensemble du pays. Les solidarités familiales et les services à la personne contribuent à ce modèle. Parmi les personnes de 85 ans ou plus, 33 % vivaient avec un proche autre que leur conjoint, soit quatre fois plus qu’au niveau national.

Mais jusqu’où ce soutien pourra-t-il tenir ? Les solidarités familiales évoluent, tandis que les besoins augmentent. Et lorsque le maintien à domicile devient impossible, les solutions en établissement restent limitées. En 2022, l’île ne comptait que 48 places en établissement pour 1.000 personnes de 75 ans ou plus, contre 132 au niveau national. Les Ehpad affichaient déjà un taux d’occupation de 97 % en 2021.

Selon l’Insee, 3.100 places supplémentaires en établissement pourraient être nécessaires d’ici 2050, dans le scénario de référence. Mais les besoins varieraient selon les choix d’accompagnement : 1.500 places supplémentaires si les établissements accueillaient uniquement les personnes en perte d’autonomie sévère, contre 6.200 si les taux d’accueil de ces personnes s’alignaient sur ceux observés au niveau national.

Préparer aujourd’hui les réponses de demain

Prévenir la perte d’autonomie, soutenir les proches aidants, renforcer l’offre de soins, développer les alternatives à l’établissement et rendre les métiers de l’accompagnement plus attractifs : les chantiers sont nombreux. Ils dépassent largement la seule question du nombre de places disponibles.

Lire aussi : Un Gérontopôle pour anticiper le défi du vieillissement à La Réunion

C’est tout l’enjeu des États généraux du Bien-Vieillir organisés par le Département : réfléchir dès maintenant aux conditions dans lesquelles les Réunionnaises et les Réunionnais vieilliront demain. Car derrière les projections démographiques, il y a des parcours de vie, des familles et des choix collectifs. Le défi n’est pas seulement de vivre plus longtemps, mais de pouvoir avancer en âge dans de bonnes conditions, sans renoncer à son autonomie ni à sa dignité.

Dans la même rubrique

0💬
Tri :