Petit tour en prison pour le jeune chauffard qui aurait pu semer la mort à Saint-Paul

Le 23 août, Romain R., 22 ans, a roulé à tombeau ouvert pour échapper aux gendarmes lancés à ses trousses. Condamné à 18 mois de prison dont 12 avec sursis, il doit passer par la case prison jusqu’à la pose de son bracelet électronique.
Cheveux châtains bouclés et visage poupin, le prévenu de 22 ans qui pleurniche à la barre du tribunal judiciaire n’a pas le profil type du chauffard prêt à tout pour défier les forces de l’ordre, quitte à semer la mort derrière lui. C’est pourtant lui, Romain R., qui bombait au volant d’une Peugeot 206 pour échapper aux forces de l’ordre pas plus tard que le 23 août dernier.
Ce dimanche-là, deux motards de la Brigade motorisée de la gendarmerie patrouillent quand ils croisent la route d’une Peugeot 206. Comme le véhicule dégage une épaisse fumée noire, l’un des militaires se porte à son niveau pour le contrôler, actionnant son deux-tons et son gyrophare tout en lui indiquant de la main le parking où il doit se garer.
Ligne blanche franchie et rond-point en sens inverse
Au lieu de s’exécuter, le jeune conducteur préfère écraser la pédale de l’accélérateur pour partir en trombe. Les motards se mettent dans son sillage. Dans l’espoir de les semer, il prend le rond-point Carosse à Saint-Gilles en sens inverse puis il poursuit sa route en franchissant la ligne blanche pour doubler le véhicule qui le précède au risque de faire un face-à-face avec le conducteur qui arrive en sens inverse.
A la suite, le fou du volant percute légèrement un motard qui parvient à garder le contrôle de son engin in extrémis. La course-poursuite avec les gendarmes continue en direction du rond-point du Jardin d’Eden où le fuyard se fraye un passage dans la circulation en doublant par la droite sur la piste cyclable. Puis il se met sur la voie cannière avant de rejoindre les hauts de Saint-Paul jusqu’à Villèle où il prend un second rond-point en sens inverse qui se solde par un tête-à-queue.
Voiture emboutie et fuite à tombeau ouvert
Comme les gendarmes sont toujours derrière lui, il redescend en empruntant un énième rond-point en sens inverse. Cette fois, il manque son coup et percute une Renault Rafale par l’arrière. Ça ne le freine pas pour autant. Plus que jamais déterminé, le chauffard rejoint la route des Tamarins en roulant à tombeau ouvert, dépassant plus que jamais les autres usagers de la route par la droite en empruntant la bande d’arrêt d’urgence.
A ce stade, et comprenant que la course-poursuite pourrait se solder par un drame, les motards de la gendarmerie décident de décrocher. Une enquête est ouverte pour identifier le conducteur. Celle-ci ne tarde pas à porter ses fruits car la Peugeot 206 est enregistrée au nom d’une mère de famille.
La voiture déclarée volée par la mère du chauffard
Certes, la femme vient tout juste de déposer plainte pour vol mais elle avoue assez vite que celui qui la conduit n’est autre que son propre fils de 22 ans. Romain R. n’est pas tout à fait un inconnu aux yeux de la justice. Le 26 février 2026, il a déjà été contrôlé positif au cannabis alors qu’il circulait sur la commune de Sainte-Marie. Récidiviste pour avoir déjà été condamné en octobre 2023 pour une conduite sous stupéfiants, il aurait dû être jugé en mars 2027, sachant qu’il n’avait plus de permis en attendant.
Raison évidente pour laquelle il a entamé une course-poursuite avec les gendarmes dimanche dernier. A la barre, Romain R. raconte avec des trémolos dans la voix que « la prochaine fois, [il va] bien réfléchir avant de commettre une infraction car [il a] mis en danger des vies ». Et d’en déduire : « Ça aurait pu être moi ou mes proches qui auraient perdu la vie. Je ne suis pas fier d’avoir fait une bêtise comme ça. »
La voiture cachée dans un parking
Le président Molié lui rappelle qu’il n’a pas seulement pris la fuite à chaud mais qu’il a aussi tenté de dissimuler son forfait. Ainsi, le prévenu a appelé un camarade à la rescousse pour qu’il le rejoigne sur l’aire du Tabac. Ils se sont ensuite rendus jusqu’à un parking souterrain du quartier de La Bretagne où Romain R. a dissimulé la Peugeot 206 accidentée sous une bâche. Le temps pour lui de trouver un dépanneur pour faire évacuer le véhicule jusqu’à un garage, tout en prenant soin de retirer la plaque d’immatriculation.
« En dehors de votre petite personne, vous êtes conscient que vous avez fait courir des risques aux autres usagers ? », interroge le président Molié. « J’en ai pleinement conscience. Je n’arrête pas d’imaginer que si j’avais eu un accident, j’aurais moi-même pu mourir », dit-il en réprimant des sanglots. « Si le motard avait perdu la vie, sa famille était légitime à pleurer mais pas vous aujourd’hui », le coupe dans son élan le président du tribunal.
« Vous n’étiez pas dans un jeu vidéo mais dans la vraie vie »
La vice-procureure entame son réquisitoire en indiquant que le nombre de refus d’obtempérer explose à La Réunion comme sur l’ensemble du territoire national. « Il y en a eu 28.200 en France et le pourcentage de cas qui débouche sur une mise en danger de la vie d’autrui est passé de 15 à 22%. » Elle relève que le prévenu « fait amende honorable » mais elle note néanmoins que son refus d’obtempérer s’est étiré sur neuf kilomètres.
« Seul l’abandon des gendarmes face aux risques encourus pour les autres usagers y a mis un terme… », souligne-t-elle. « Vous n’étiez pas dans un jeu vidéo mais dans la vraie vie avec tous les risques que cela comporte », image-t-elle encore avant de requérir un an de prison dont six mois avec sursis. Une peine aménageable sous forme de bracelet électronique mais avec un mandat de dépôt et exécution provisoire, histoire qu’il passe quelques nuits en prison avant la mise en place du dispositif.
« Le faire passer par la case Domenjod n’aura pas d’effet car il a retenu la leçon à ce stade »
L’avocate de la défense se concentre sur le mandat de dépôt. « Le faire passer par la case Domenjod n’aura pas d’effet car il a retenu la leçon à ce stade », plaide-t-elle avec insistance. Elle précise que son client « n’a pas versé des larmes de crocodile car il a pris l’ampleur de la gravité des faits ».
Peine perdue, le tribunal condamne Romain R. à 18 mois de prison dont un an avec sursis tout en prononçant un mandat de dépôt avec exécution provisoire à l’audience. Il devra en outre suivre des soins, trouver un travail et payer ses amendes. Son permis est annulé et il devra attendre six mois pour le repasser.
La dernière leçon du président avant la case prison
Le président Molié lui a fait les gros yeux au passage, précisant que « s’il [lui] venait l’idée de jouer à nouveau au chauffard les 12 mois de prison avec sursis seraient révoqués ». En s’approchant du pupitre pour signer les papiers, Romain R. a bien failli pleurer mais en croisant le regard du juge, il s’est vite repris.
Après avoir jeté un regard triste vers le public, le jeune chauffard a été conduit en détention pour quelques jours. Le temps pour le juge d’application des peines (JAP) de mettre en place les modalités de son bracelet électronique.


