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Saint-André : les derniers gramounes quittent les MAF, mairie et Département se renvoient la balle

Ecrit par P.M. – le lundi 31 août 2026 à 08H30
Chemin Jeanson, à la MAF "rurale", il ne resterait plus quatre résidents sur les 10 présents au moment de l'annonce de la fermeture.

Sur fond de déficit du CCAS de Saint-André, les deux Maisons d’accueil familial (MAF) gérées par la collectivité (CCAS) sont en train de fermer leurs portes. Il ne reste désormais qu’une poignée de résidents dans ces structures qui accueillaient 18 personnes. Les autres ont rejoint leur famille, une famille d’accueil ou, pour certains, un EHPAD. Une fermeture regrettée par des bénéficiaires et des professionnels, tandis que la mairie et le Département continuent de se renvoyer la responsabilité.

Sur fond de bras de fer entre la mairie et le Département, les deux structures sont en cours de fermeture et doivent cesser leur activité d’ici la fin de l’année.

Au cœur du désaccord : le financement des MAF, mais aussi une solution de transformation en unités de vie rattachées à l’EHPAD, étudiée avec le Département et l’ARS, qui n’a finalement pas abouti.

Lire aussi : Déficit de 818 278 euros au CCAS de Saint-André : la mairie accuse le Département, qui dément

Sur les 18 personnes âgées - et personnes porteuses d'un handicap - qui étaient accueillies dans les deux MAF, l’une « rurale », située chemin Jeanson, et l’autre "urbaine", située rue de l'Oratoire, il ne reste désormais qu’une poignée de résidents. Les autres ont été orientées par le CCAS vers leur famille, une famille d’accueil ou un EHPAD.

Dans les deux unités situées en ville, sur les cinq résidents, deux ont été placés, selon nos informations, en EHPAD, un en accueil familial et deux sont en attente d’une décision de leurs familles.

“Je n’aime pas rester toute seule”

Dans la MAF située chemin Jeanson, inaugurée en 2018 à titre expérimental, quatre résidents seraient encore présents. Plus pour longtemps : certains commencent à faire leurs bagages.

Parmi eux, l’une des résidentes regrette de devoir quitter un lieu où elle avait trouvé une alternative à la solitude.

“Ça fait six mois que je suis là. Avant, j’étais chez ma fille, mais je n’aime pas rester toute seule. Elle travaille comme assistante sociale et son mari aussi, les marmailles sont à l’école, du coup je reste toute seule, alors qu’ici il y a toujours quelqu’un de présent. Pour ma famille aussi, ce n’est pas évident. Ils nous ont donné jusqu’à fin décembre, c’est dommage.”

Le principe de ces MAF est justement de proposer une solution intermédiaire entre le maintien à domicile et l’entrée en établissement. À La Réunion, 19 projets de MAF ont été validés, représentant 160 places, dont 14 structures ouvertes pour 118 places.

Les deux MAF de Saint-André présentent une particularité : ce sont les deux seules directement gérées par une collectivité communale, via le CCAS. Toutes les autres sont portées par des opérateurs privés ou associatifs.

“Une solution de petite capacité, conviviale et sécurisée”

Le principe reste le même : dans un logement dédié, deux à quatre accueillants familiaux assurent l’accueil de trois à seize personnes âgées ou en situation de handicap, soit trois par accueillant, voire quatre en présence d’un couple d’accueillis.

Pour les personnes âgées, l’accueil est ouvert dès 60 ans. Il concerne notamment les personnes vivant seules à domicile, ne souhaitant plus y rester, ou sortant de l’hôpital et dont le retour à domicile est difficile. Pour les personnes en situation de handicap, l’accueil est ouvert dès 18 ans, à condition que la personne concernée ne relève pas d’une orientation en Maison d’accueil spécialisée (MAS).

Pour le Département, les MAF proposent “une solution de petite capacité, conviviale et sécurisée” pour des personnes qui ne souhaitent plus rester seules à domicile sans pour autant intégrer un établissement plus collectif.

Chemin Jeanson, le dispositif repose sur quatre maisons liées les unes aux autres. Chaque bénéficiaire dispose de sa chambre et partage avec la famille les parties communes, notamment une grande varangue, un salon et une cuisine.

Chaque petite résidence profite également de son jardin, avec une vue imprenable sur le cirque de Salazie.

A la MAF "urbaine", sur les 5 résidents présents à l'annonce de la fermeture, deux seraient encore présents dans l'attente de la décision des familles, selon nos informations.

“On apportait du lien social”

Une professionnelle du secteur, qui a travaillé un temps au sein de la structure, regrette elle aussi cette fermeture.

“Certains bénéficiaires sont déboussolés par cette situation, certains ont dû retourner en EHPAD. On savait que le Département devait arrêter de financer en 2026, mais on avait entendu parler d’une continuité via un projet d’unité de vie. C’est dommage, car ces structures apportent du lien social aux gramounes tout en leur permettant de garder une certaine autonomie. Ils sont tout le temps entourés et ça permet de créer des activités et des sorties entre résidents, tout en permettant aux professionnels de s’entraider. On organisait des sorties et animations, seuls avec nos résidents ou en collectif avec les autres MAF, on organisait des repas partagés…”

La professionnelle évoque toutefois également des “problèmes de gestion” récurrents qui auraient, selon elle, contribué aux difficultés du dispositif.

Le Département chiffre son soutien à 1,67 million d’euros

C’est précisément sur la question financière que mairie et Département s’opposent.

Lorsqu’elle avait été interrogée sur le déficit du CCAS, la municipalité avait directement mis en cause la baisse de certains financements départementaux.

“Le CCAS continue d’assumer ses missions, mais les financements, eux, reculent. C’est particulièrement vrai concernant certains financements départementaux, alors même que le Département exerce des compétences majeures en matière d’action sociale”, expliquait le cabinet du maire.

Selon la Ville, depuis 2025, le CCAS “finance seul les deux MAF après le refus du Département de renouveler sa subvention d’équilibre, soit 417 065 euros par an”.

Une présentation que conteste le Département

Contactée, la collectivité départementale rappelle que son dispositif prévoyait une subvention d’équilibre pendant cinq ans, destinée à accompagner la montée en charge d’une MAF avant qu’elle ne trouve progressivement son propre modèle économique. Dans le cas de Saint-André, elle affirme être allée au-delà de cet engagement en accordant, à titre exceptionnel, une sixième année de subvention d’équilibre.

Depuis 2018, le Département chiffre à 250 000 euros les subventions d’investissement accordées aux deux structures et à près de 1,67 million d’euros les subventions d’équilibre versées.

Un cabinet spécialisé mandaté pour trouver une solution

Mais le Département insiste surtout sur le fait que son accompagnement ne se serait pas limité au versement de subventions.

Dans sa réponse à Zinfos974, la collectivité indique avoir "mandaté et financé" un cabinet spécialisé afin d’accompagner le CCAS dans la recherche d’un "modèle économique durable" pour les MAF.

Les préconisations auraient notamment porté sur leur intégration à l’EHPAD existant afin de transformer les MAF en unités de vie, avec l’objectif de sécuriser leur financement et de sortir du système de subvention d’équilibre temporaire.

Le Département affirme que cette proposition a été formalisée dans un courrier adressé au CCAS en juin dernier. L’Agence régionale de santé (ARS) aurait indiqué être disposée à travailler avec les différents partenaires sur cette évolution.

“Notre position est claire : depuis 2018, le Département a assuré un soutien financier majeur et a proposé des solutions concrètes de continuité. Nous regrettons, comme le CCAS, que cette démarche n’ait pas pu être menée à son terme”, affirme la collectivité.

Pour le Département, “il ne peut donc être question d’un arrêt brutal de son accompagnement”. La collectivité estime avoir, au contraire, prolongé son soutien financier et participé à la recherche d’une solution permettant de pérenniser les MAF.

Reste à comprendre pourquoi cette solution n’a finalement pas abouti alors que les deux structures sont désormais en cours de fermeture.

A Saint-André, la mairie renvoie la compétence de l'autonomie au Département (photo d'archives).

Un audit préconisait une évolution du modèle

Cette question apparaît également dans le courrier adressé le 12 août au préfet par Jean-Marie Virapoullé, élu municipal d’opposition et vice-président du Département.

L’élu a demandé, pour rappel, au représentant de l’État d’examiner la situation financière du CCAS et, si les conditions légales sont réunies, de saisir la Chambre régionale des comptes.

Lire aussi : Saint-André : Jean-Marie Virapoullé saisit le préfet sur la situation financière du CCAS

Concernant spécifiquement les MAF, Jean-Marie Virapoullé s’appuie sur l’audit financier commandé par la municipalité en 2025.

Selon l’élu, l’audit aurait rappelé le caractère exceptionnel de la subvention départementale accordée en 2024. Surtout, il aurait lui aussi préconisé une évolution du dispositif avec l’intégration des MAF en unités de vie rattachées à l’EHPAD afin de bénéficier d’un “financement pérenne”. Une orientation qui, selon l’opposant, rejoint celle défendue par le Département et l’ARS.

Le Département renvoyé à ses compétences

Sollicitée sur les raisons de la fermeture et l’absence de mise en œuvre du projet d’unité de vie, la mairie de Saint-André n’avait pas répondu à nos sollicitations au moment d’écrire ces lignes.

Dans sa réponse liée au déficit du CCAS, elle avait renvoyé la responsabilité de la prise en charge des personnes âgées et de la dépendance vers le Département, en charge de cette compétence.

Ce dernier conteste cet argument, en rappelant qu’à Saint-André, le CCAS “gère déjà un EHPAD, un service autonomie à domicile et un service de soins infirmiers à domicile”. S’il rappelle être le chef de file de la politique de l’autonomie, il considère que les communes et leurs CCAS participent à sa mise en œuvre sur le terrain.

La mairie maintient la responsabilité du Département

De son côté, la mairie maintient que l’arrêt des financements départementaux a directement alourdi la charge supportée par le CCAS. Elle reconnaît que le Département a accompagné financièrement les MAF pendant plusieurs années, mais souligne que les dépenses de fonctionnement ont continué après la fin de cette aide.

Selon la municipalité, le renouvellement de la subvention d’équilibre avait été sollicité dès janvier 2025, avant d’être refusé en mars. Une nouvelle demande de 417 065 euros, correspondant aux besoins de fonctionnement des deux MAF, a ensuite été adressée au Département le 30 avril 2026.

“Le CCAS est un acteur social de proximité. Il intervient quotidiennement auprès des Saint-Andréens et répond à des besoins sociaux concrets [...] Mais il ne peut pas durablement absorber seul des charges supplémentaires sans adapter son organisation et sa gestion”, défend le cabinet de la municipalité.

La commune élargit par ailleurs le débat aux relations financières avec le Département. Elle affirme que près de 2,5 millions d’euros resteraient à lui être versés au titre du Pacte de solidarité territoriale pour des opérations déjà engagées. “On ne peut donc pas, d’un côté, supprimer ou retarder des financements attendus et, de l’autre, reprocher à la ville et au CCAS les conséquences financières qui en découlent”, estime-t-elle.

Concernant la solution d’intégrer les MAF à l’EHPAD sous forme d’unités de vie, la mairie rétorque que le financement envisagé n’aurait été que temporaire. Selon lui, la commune aurait risqué de se retrouver dans quelques années confrontée à la même situation, avec une nouvelle fin "brutale" des subventions. Le coût annuel d'une unité de vie est aussi pointé du doigt par la commune : environ 500 000 euros par an, chiffre t-elle.

Pour les résidents, la municipalité assure qu’“aucune personne n’est laissée sans solution” et que les résidents sont accompagnés individuellement avec les équipes et les familles. Elle annonce également une nouvelle modification budgétaire en septembre afin de soutenir financièrement le CCAS et d’assurer la continuité de ses missions.

La majorité renvoie par ailleurs Jean-Marie Virapoullé à sa double casquette d’élu municipal d’opposition et de vice-président du Département. Elle l’invite à “rendre compte des démarches qu’il a entreprises au sein de l’exécutif départemental pour défendre les intérêts de Saint-André et de son CCAS”, affirmant ne constater, à ce stade, “pas de traduction concrète de telles interventions sur les dossiers évoqués”.

“Notre position est donc claire : le CCAS continuera d’assumer pleinement son rôle social de proximité, mais il ne peut pas être la variable d’ajustement des désengagements financiers successifs de ses partenaires”, conclut la municipalité.

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