Chronique ordinaire d’une matinée passée à la Sous-Préfecture…

Confronté comme tout un chacun aux obligations liées à la mise en circulation d’un véhicule, et après m’être renseigné sur les horaires d’ouverture et de fermeture du "service", c’est d’un pas décidé que je me suis rendu à la Sous-Préfecture de bon matin. Arrivé sur place, il y avait déjà une file d’attente qui empiétait sur une partie de la cour, avec deux directions balisées, une pour les permis de conduire, et l’autre pour le sésame convoité, "la carte grise…
Dès mon arrivée, j’ai compris que l’attente allait être longue, longue, car devant moi, à l’extérieur du bâtiment, nous étions déjà une trentaine dans ma file, sans compter les veinards qui étaient à l’intérieur de la pièce, à l’abri du soleil "qui totochait vraiment". Au bout d’une heure de sur-place, je me suis demandé si j’allais pouvoir obtenir ce que je venais chercher. Le soleil continuait son œuvre, et je me suis imaginé le même scénario un jour de pluie. Pas la moindre protection dans cette cour et pourtant il faut bien rester, au risque de perdre sa place dans la file d’attente, l’âme de resquilleur qui sommeille en nous étant en alerte maximale. Avec mon voisin d’infortune et sans se concerter, nous avons fait barrage aux tentatives de resquille.
C’est alors qu’apparaît un personnage, visiblement employé "maison", que j’appellerai le "lutin-régulateur" fort imbu de sa personne et détenteur du pouvoir suprême (du moins il en donne l’impression) qui d’une voix forte et d’un ton impétueux s’adresse à quelques personnes, au hasard de son avancement à contre courant de la file, demandant de présenter des documents. "Les cartes grises à droite, les permis à gauche, c’est 69 euros et on paie de suite, si vous n’avez pas l’argent inutile de rester". Puis il disparaît comme il était apparu…
Ouf, après deux heures et demie d’attente, je mets le pied dans la salle. Là je me rends compte qu’il y a encore une bonne vingtaine de personnes à attendre, et surtout je vois qu’un seul des trois guichets est ouvert… Sachant que le service ferme à 13heures, j’ai tout à coup un gros doute, avec une moyenne d’une dizaine de minutes par dossier traité, je me dis que je vais être bon pour un deuxième tour…
Retour en douce cette fois de notre "lutin-régulateur" qui se fraie un passage dans la foule dense au niveau du guichet, et qui avec un dossier sous le bras, sollicite sa collègue, sans doute pour une connaissance qui ne veut pas attendre !... L’heure avançant, un front de fronde se fait entendre derrière moi, sans doute ont-ils fait le même calcul que moi…
Notre "lutin-régulateur" entre en jeu une nouvelle fois, et incite les mécontents à aller faire part de leurs doléances au "Secrétaire Général" dont le bureau se trouve à l’étage et il insiste tant et si bien que trois personnes finissent par se décider. Cinq minutes plus tard, de retour, elles reprennent leur place avec le sentiment du devoir accompli. Dans le même temps, un homme au physique et lunettes à la "Jacques Legras" se dirige vers le guichet, y entre en claquant la porte, regarde travailler "sa collègue" qui doit en plus faire avec les lenteurs informatiques, ressort, re-claque la porte, se dirige vers un autre bureau où il effectue la même manœuvre, revient vers le guichet, puis repart et disparaît…
J’apprends que c’est lui le "Secrétaire Général" rencontré plus tôt et comprends que la situation ne va pas s’améliorer.
Au guichet, il faut souligner la gentillesse et le professionnalisme de l’employée, qui à elle seule réussit le tour de force de renseigner, conseiller, orienter les personnes parvenues jusqu’à elle et dont les dossiers comportent des manques et autres incorrections et cela sans se départir de son sourire et de sa bonne humeur. Merci à VOUS Madame.
Merci à vous aussi Monsieur le Secrétaire Général d’avoir fourni à votre unique guichet le papier nécessaire au fonctionnement de l’imprimante…
Depuis, le temps a passé, il est bientôt treize heures et il y a encore sept personnes devant moi.
C’est alors que notre "lutin régulateur", toujours aussi en verve, revient cette foi accompagné d’une dame ayant un bébé dans les bras, et de façon autoritaire (mais ça on l’a déjà dit) lui dit "vous passez après la personne qui est au guichet". Le bébé se mettant à pleurer, il est aussitôt enlevé des bras de sa mère par celui qui pourrait en être le père… Et la dame passe devant tout le monde ce qui fait aussitôt l’objet d’une rumeur grondante accompagnée remarques acerbes mais non déplacées tant la manœuvre est "gros doigts" et ne trompe personne.
A treize heures, le rideau est baissé et les gens présents dans la pièce du guichet sont restés…
Mon tour arrive enfin, je respire, retire mon sésame, je passe à la caisse et sort il est près de 14h00…
Oui et alors me direz-vous ?
Et bien, il suffirait de peu de choses et d’une certaine volonté pour améliorer ce Service Public.
Concernant les conditions d’attente : (suggestions non exhaustives bien entendu)
- Aménager l’extérieur pour être à l’abri des intempéries
- Mettre des sièges
- Mettre à disposition de l’eau
- Avoir une indication précise des commodités
Au niveau du fonctionnement :
- Ouvrir au moins 2 guichets
- Avoir un "lutin-régulateur" vraiment compétent et actif
- Pré contrôle ne laissant accéder au guichet que les dossiers complets
La dernière phase, concernant la volonté d’améliorer ce service public me préoccupe un peu plus. Sachant qu’un fonctionnaire sur deux n’est plus remplacé, que le service des cartes grises, aujourd’hui appelé SIV est centralisé et que certaines société privées se sont lancées dans l’aventure de l’immatriculation, il est fort probable que ce que j’ai vécu ce matin ne soit que le début d’une mort annoncée de l’obtention non payante d’un certificat d’immatriculation. Etant un doux rêveur, j’espère encore me tromper.
Jean-Bernard


