Revenir à la rubrique : Société

Table ronde "Stop VIF" à Saint-Denis : les acteurs de la protection de l’enfance face aux témoignages poignants de familles en détresse

Ecrit par Sébastien Gignoux – le mardi 18 août 2026 à 18H45

A l’invitation du collectif Stop VIF, acteurs institutionnels et associations ont été confrontés à des témoignages de familles en détresse. Si des progrès ont été réalisés en matière de protection de l’enfance, ces récits ont souligné certains dysfonctionnements, un manque de moyens et la nécessité impérieuse de renforcer la communication entre les différents intervenants.

Quatre ans après une première rencontre à Saint-Denis, le collectif Stop VIF et l’association EPAA 974 (Ecoute-moi, protège-moi, aide-moi, aime-moi) avaient décidé de réunir à nouveau acteurs institutionnels et associatifs autour de la question de la protection de l’enfance pour évaluer « les avancées réalisées et les freins qui perdurent ».

Alors que le pays est toujours sur l’onde de choc de l’affaire Lyhanna, plusieurs dizaines de professionnels, d’élus et de militants ont répondu présent lundi 17 août pour cette table ronde visant à provoquer des échanges entre « société civile » et acteurs institutionnels.

Face aux victimes

A commencer par des magistrats qui, dans le sillage de la procureure générale Fabienne Atzori, se sont livrés à l’exercice parfois périlleux d’expliquer l’action de justice face à des familles en proie à des cas particuliers extrêmement poignants.

Comme cette mère de famille qui ne comprend pas que ses enfants n’aient pas été considérés comme victimes alors que leur père les avait contraints à monter dans une voiture alors qu’il était ivre et les a mis en danger en causant un accident. Ou cette femme, dont la petite fille dit avoir subi des attouchements de la part de son père dans l’Hexagone, et dont la procédure semble flotter entre la Côte d’Azur et La Réunion.

"Trous dans la raquette"

« Vous mettez le doigt sur ce qui peut dysfonctionner pour des questions de compétence territoriale », répond la procureure générale à cette femme déboussolée. « En tant qu’associations, on est aussi désemparés. Comment dire à cette dame de ne pas renvoyer sa fille chez son potentiel agresseur alors qu’elle risque des poursuites pour non-représentation d’enfant et de perdre son droit de visite et de contact ? » questionne Audrey Coridon, animatrice du collectif Stop VIF en évoquant « des trous dans la raquette ».

Détresse et incompréhension aussi des parents d’élèves de l’école Sainte-Marguerite de Saint-Benoît, qui ont appris récemment par courrier le classement sans suite de onze plaintes pour agressions sexuelles sur mineurs visant un personnel de l’établissement. Ou encore celle d’une femme malgache contrainte de « fuir en métropole » avec sa fille de 12 ans victime de viols de la part de son père adoptif et qui lui faisait du chantage à l’expulsion.

"Une chaîne dont il faut renforcer les maillons"

Souvent, les mêmes maux reviennent : délais de traitement trop longs, manque d’information aux victimes, carences de communication entre les différents services impliqués… « On n’est pas là pour faire le procès de qui que ce soit, des progrès ont été faits depuis la loi Santiago de 2024, mais ces réalités du terrain montrent qu’il y a toujours des problèmes de coordination » appuie Jessy Yongpeng, présidente d’EPAA. « La protection de l’enfance, c’est une chaîne dont nous devons renforcer les maillons », illustre-t-elle.

 « Ouverte aux critiques », la procureure générale reconnaît « certains dysfonctionnements » : pas assez d’ordonnances de protection provisoire immédiate, nécessité de mieux communiquer avec les victimes sur leurs droits et les décisions prises, erreurs d’appréciation de certains magistrats.

Lire aussi : Violences sexuelles sur mineurs, l'angle mort des Outre-mer ?

"On fait du mieux possible"

« Certains traitements sont inadmissibles et incompréhensibles. Mais on fait du mieux possible, et on peut encore améliorer notre organisation » veut croire la cheffe du parquet général, qui a programmé un groupe de travail sur ce sujet au sein des parquets de La Réunion, dans la foulée des demandes du garde des Sceaux de réexaminer les procédures impliquant des victimes mineures à la suite de l’affaire Lyhanna.

Mais se posera aussi la question des moyens face à la masse croissante des signalements, 8 000 l'an dernier au niveau du Conseil départemental : « Nos chiffres ont doublé depuis 2021 », illustre le Dr Albert Montbrun, pédiatre légiste à l’institut médico-légal de La Réunion. « Rien que sur l’an dernier, on est à 500 auditions filmées de mineurs victimes. On est en difficulté », reconnaît-il.

Nourrir le projet de "loi intégrale"

Des thématiques qui seront forcément au cœur des débats sur le projet de « loi intégrale » contre les violences sexuelles faites aux enfants, dont la députée Karine Lebon s’est chargée de rédiger le volet outre-mer. « C’est une loi qui permettra aux victimes d’être mieux reconnues comme telles à tous les niveaux de la chaîne, de la prévention jusqu’à la répression pour les auteurs », espère la parlementaire qui apprécie ces échanges « avec les gens qui vivent ces situations au quotidien et qui vont nourrir le texte en se basant sur du réel. »

Département, justice, forces de sécurité, Education nationale, CAF, hôpitaux, associations… Si le collectif Stop VIF entend proposer aux différents intervenants présents un « Pacte 2026 » pour protéger les enfants à La Réunion, il invite avant tout ces derniers « à se parler, se rencontrer, nous appeler » afin de « travailler mieux ensemble. »

Dans la même rubrique

0💬
Tri :