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Élections municipales : le Tampon, Saint-Paul et Saint-André, trois bastions perdus que la droite espère faire tomber au tribunal

Ecrit par Thierry Lauret – le lundi 17 août 2026 à 06H25

Durant le mois de septembre, le tribunal administratif de la Réunion va arbitrer les derniers contentieux nés des élections municipales de mars dernier. Après avoir fondé sa stratégie sur l’annulation des comptes de campagne des listes soutenues par la Région, la droite doit changer son fusil d‘épaule pour tenter de reprendre ses bastions arrachés par la gauche.

Après avoir scellé les résultats de Sainte-Rose, la Plaine-des-Palmistes et Saint-Philippe entre fin mai et mi-juin, en confirmant sans surprise les résultats des municipales de mars dernier, le tribunal administratif de la Réunion va se pencher le mois prochain sur le sort des scrutins des communes de plus de 9.000 habitants. Pour ces dernières, en effet, un avis de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) était nécessaire avant de poursuivre l’instruction des dossiers.

Cet examen financier était stratégique aux yeux de la droite locale : plusieurs mois avant le premier tour des élections municipales du 15 mars dernier, un dossier avait été constitué visant à caractériser une influence de la Région sur la campagne, avec supposément une utilisation des moyens et de l’image de la Pyramide inversée dans le dessein d’appuyer les listes soutenues par Huguette Bello.

Mais les espoirs fondés sur un rejet des comptes de campagne d’Alexis Chaussalet (Tampon), d'Emmanuel Séraphin (Saint-Paul) ou de Joé Bédier (Saint-André) ont été douchés par la CNCCFP, qui a validé les documents fournis par les mandataires financiers des trois candidats élus.

La stratégique de dénonciation des comptes de campagne à l'épreuve

Après avoir abondamment communiqué sur un rejet des comptes de campagne des têtes de liste de la gauche régionale, les candidats battus Patrice Thien Ah Koon, Cyrille Melchior ou les frères Jean-Marie et Laurent Virapoullé, qui ont tous formé des requêtes pour tenter de faire annuler le scrutin dans leur commune, se voient de fait privés de leurs principaux arguments face aux magistrats du tribunal administratif.

Lire aussi : Les comptes de campagne validés des maires réunionnais disent-ils vraiment qu'ils ont tout fait dans les règles ?

Concernant la solidité ou non des griefs portés contre la Région par les caciques de la droite, un premier son de cloche sera audible dès le 2 septembre et son écho devrait résonner dans toute l’île : ce jour-là, le tribunal administratif examinera en audience la protestation électorale de Patrice Thien Ah Koon, dont la trame principale, basée sur une influence de la Pyramide inversée sur le scrutin au Tampon, s’annonce similaire au contenu des contentieux qui seront jugés pour les communes de Saint-Paul (8 septembre), Saint-André (24 septembre) et Sainte-Marie (24 septembre ou 6 octobre, date non encore fixée).

Avec 806 voix d’écart sur le vainqueur Alexis Chaussalet, les chances de Patrice Thien Ah Koon de faire annuler le scrutin paraissent minces. Et à Saint-Paul, le suspense semble être totalement retombé depuis l’annonce de la validation des comptes de campagne d’Emmanuel Séraphin, lequel a surclassé Cyrille Melchior de près de 6.000 voix au second tour, bien aidé il est vrai par le schisme créé dans l’électorat de droite par la candidature de Didier Robert.

Des éléments nouveaux dans le dossier de Cyrille Melchior

Dans le camp d’Emmanuel Séraphin, la tendance est donc à un optimisme prudent, même si on ne doute pas que la décision des magistrats soit contestée devant le Conseil d’État. Dans celui de Cyrille Melchior, on insiste sur le fait que le juge électoral n’est pas lié par la décision de la Commission des comptes de campagne et que le contentieux ne se limite pas à des questions financières.

Si l’équipe de Cyrille Melchior a versé au dossier un rapport d’analyse censé évaluer l’ampleur et l’impact de la campagne de communication alléguée de la Région durant les municipales, elle compte aussi s’appuyer sur des éléments factuels nouveaux qui auraient été découverts au sujet d’avantages prohibés par les règles de financement des campagnes électorales. Des éléments qui n’ont pas été portés à la connaissance de la CNCCFP lorsque celle-ci s’est prononcée sur les comptes du maire de Saint-Paul.

Cyrille Melchior, Saint-Paul

Reste à savoir si les magistrats en tiendront compte : les règles de la protestation électorale prévoient que tous les arguments des requérants doivent être formalisés dans le délai de recours de cinq jours après le scrutin, avant d’être développés durant l’instruction du dossier. De ce fait, des moyens inédits apportés à la procédure pourraient être écartés par les magistrats sans même être débattus.

Les 34 voix d'avance de Joé Bédier contestées par les frères Virapoullé

Pour la droite locale, toutes les attentions devraient donc se tourner vers Saint-André, où les frères Laurent et Jean-Marie Virapoullé contestent l’élection par seulement 34 voix d’avance du maire sortant Joé Bédier. Cette fois encore, la décision que rendra le tribunal administratif après l’audience du 24 septembre fera à coup sûr l’objet d’un recours devant le Conseil d’État.

Lire aussi : Saint-André : bons d'achat, revalorisations, travaux… Après Joé Bédier, la plainte de Laurent Virapoullé passée au crible

Ces deniers mois, on ne compte plus les polémiques opposant Laurent Virapoullé et son frère Jean-Marie Virapoullé à Joé Bédier, sur fond de plaintes au pénal ou de recours administratifs. Pour rappel, c’est Laurent Virapoullé qui avait supplanté son frère au premier tour avec le soutien du RN, et ce malgré le choix du patriarche Jean-Paul Virapoullé d’accorder sa préférence à Jean-Marie Virapoullé.

élections municipales, tribunal

Sans surprise, ce dernier devrait lui aussi amplement s‘appuyer sur les griefs reprochés à la Région pour tenter de convaincre les magistrats d’annuler la victoire de Joé Bédier. Demeure la règle fondamentale en matière de protestation électorale : il reviendra aux frères Laurent et Jean-Marie Virapoullé de faire une à une la preuve des irrégularités qu'ils dénoncent, afin de justifier au regard du code électoral l’annulation des 34 voix d’avance du maire de Saint-André. Mais même avec un si faible écart, l’exercice est loin d‘être aisé.

Thierry Robert et Vanessa Miranville abattront leurs cartes au tribunal

Avec 342 voix d’avance, la pression apparaît moindre sur les épaules de Karim Juhoor, le nouveau maire de Saint-Leu, qui se voit contester son succès inattendu par le grand favori désigné pour le siège, Thierry Robert. Ce dernier soulèverait dans sa requête des irrégularités dans certains émargements, une annonce des résultats qui aurait été faite avant l’heure officielle, ou encore l’impact passé inaperçu sur le scrutin d‘une coupure d’électricité qui se serait produite à Piton Saint-Leu.

Lire aussi : Saint-Leu : après les résultats serrés, Thierry Robert crie à la "magouille"

L’audience se déroulera le 8 septembre, juste avant celle concernant Saint-Paul et tout de suite après l’examen de la protestation électorale de Sabrina Ramin, qui tentera de contester la victoire par près de 10.000 voix d’écart sur elle (et plus de 8.500 sur Jean-Hugues Ratenon, arrivé second) à Saint-Benoît.

Autres contestations à arbitrer pour le tribunal, le 2 septembre cette fois, celles concernant les communes des Avirons, de Saint-Louis et surtout de la Possession, où un soutien de Vanessa Miranville conteste le succès par seulement 101 voix d’écart du lauréat surprise Erick Fontaine. Quant au recours de Sonny Welmant, bon dernier avec 0,79% des suffrages exprimés de l‘élection remportée dans un fauteuil par la maire sortante de Saint-Denis Ericka Bareigts, on ignore s’il a prospéré ou s’il a été abandonné en cours de chemin.

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