Chômage et fatalité chez les jeunes réunionnais.

Cela fait bientôt 10 ans que j'ai quitté mon île natale : la Réunion. Je suis allé en métropole "pour me construire un avenir". Aujourd'hui je bosse dans la finance à Paris après mon Bac + 5 obtenu à l'université de la Réunion. Certains pourraient croire que j'ai réussi mais la vérité c'est que j'en suis malade. La vie parisienne est profondément individualiste. Le racisme est ordinaire et vu mon teint foncé j'ai souvent droit à des : "tu viens d'où ?" douteux. Et surtout ma famille me manque. Malheureusement je ne peux pas faire comme mon collègue marseillais qui rentre tous les mois à Marseille en TGV revoir sa famille. Depuis que je suis loin de la Réunion, j'ai vraiment compris qu'il y a une identité réunionnaise et elle me manque au quotidien même si j'essaie de la faire vivre tant bien que mal. Vu de France la Réunion semble toujours aussi mal barrée au niveau de l'emploi. Les partis politiques construisent leur propagande en vendant du rêve type "préférence régionale" ou mobilité mais la réalité c'est que souvent soi tu restes au pays pauvre soi tu t'exiles pour vivre moyennement loin de tes proches. Je regarde souvent RFO et j'ai vu ici et là certaines personnes se révoltés contre cette situation de fait. J'ai vu le mouvement de jeunes RSKP se battre contre ces injustices. Cela m'a redonné espoir mais même à la Réunion chacun pense à sa poire et je vois les bonnes volontés être violemment critiqués notamment dans l'anonymat d'internet. Avec le recul, si j'avais pu avant de quitter la Réunion je me serai révolté. Maintenant je le regrette. Le chômage n'est pas une fatalité même à la Réunion. De l'emploi, il y en a mais les bonnes places sont réservés aux copains des filiales installées à la Réunion. Je le dis en connaissance de cause. J'ai récemment postulé à une offre dans mon groupe pour un poste de cadre à la Réunion dans une de nos filiales et c'est finalement quelqu'un de moins expérimenté que moi qui a été pris. La DRH m'a même confié qu'à la Réunion il valait mieux avoir des cadres "métro" : çà passe mieux. Voilà devant ces injustices je ne pouvais me taire. Au moins j'aurai prévenu les jeunes réunionnais : battez-vous à la Réunion. Quand vous serez exilés, il sera trop tard.
Sébastien. Exilé et plein de regrets.


