Bébés secoués, lésions multiples, défaut de soins… : un jeune couple de Saint-Paul devant la cour criminelle pour des violences et maltraitances graves sur leurs trois enfants

Un couple de Saint-Paulois comparaît devant la cour criminelle pour violences aggravées et privation de soins envers leur petit garçon de 21 mois et leurs deux jumelles nées prématurées en 2023, dont l’une souffre d’une infirmité permanente consécutive à de mauvais traitements.
C’est un dossier très sensible qu’examinent depuis lundi 1er juin les magistrats de la cour criminelle départementale de La Réunion. Dans le box et à la barre, deux jeunes Saint-Paulois de 29 et 24 ans sont jugés pour des violences et mauvais traitements infligés courant 2023 à leurs trois jeunes enfants : un petit garçon de 21 mois et deux jumelles de deux mois et demi qui conservent aujourd’hui encore de lourdes séquelles de ces premiers mois de vie.
Des nourrissons "gelés, assoiffés, les couches pleines"
L’affaire éclate en avril 2023, à l’occasion d’un séjour de l’aîné à l’hôpital pour une crise d’asthme. Alors que ses parents se relaient à son chevet, des proches viennent parfois prendre la relève auprès des deux cadettes, deux petites jumelles nées prématurées fin janvier.
Ce jour-là, alors que les nourrissons sont restés seuls avec leur père, une amie de la famille trouve les petites « gelées alors que la clim’ est à fond, assoiffées, mal habillées et les couches pleines. » Surtout, l’une d’elles, pleurant et tremblant, présente un regard anormalement « vide ».
Soupçonnant quelque chose de grave, elle emmène aussitôt le bébé aux urgences, qui diagnostiquent rapidement un « syndrome du bébé secoué » avec « un sombre bilan neurologique », mais aussi « des fractures anciennes au niveau du fémur, de la clavicule et du radius. »
Fractures multiples et morsure
Alors que la petite est envoyée en réanimation à Saint-Pierre, sa sœur, puis son frère, sont également examinés. La deuxième jumelle présente elle aussi des fractures multiples compatibles avec un secouement, et même une trace de morsure. Quant à l’aîné, sans lésions traumatiques apparentes, il semble connaître un retard de développement.
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Entendus dans le cadre d’une information préoccupante parvenue au parquet de Saint-Denis, les parents indiquent dans un premier temps ne pas avoir d’idée sur l’origine de ces blessures, orientant même les soupçons vers leurs proches participant à la garde des enfants. Lui, 26 ans à l’époque, coiffeur de métier, décrit comme « calme et réservé », ne sait toutefois pas répondre à certaines questions, comme citer la date de naissance de ses enfants. Elle dépeint une situation « idyllique », avec un conjoint « bienveillant et attentionné avec les enfants. »
Le père "accro aux jeux vidéo"
Mais l’enquête confiée à la gendarmerie va bientôt démontrer qu’il n’en est rien. « La maison n’était pas propre, en bazar, les biberons pas lavés, avec du matériel de puériculture pas du tout adapté à l’âge des enfants », décrit à la cour l’adjudant-chef directrice d’enquête. Les gendarmes sont saisis par le décalage entre la saleté et le dénuement de la maison et « le matériel informatique de gaming, ordinateurs et écrans flambant neufs. »
On découvre bientôt que le père est « accro aux jeux vidéo », ne s’occupe que très peu des enfants, tandis que la mère n’hésite pas à confier les fragiles jumelles à des amies ou à ses sœurs. De nouveau entendue, elle reconnaît qu’elle a délaissé ses enfants à l’époque, prise qu’elle était par la fin de vie de sa grand-mère dont elle était proche.
20 ans de réclusion encourus
Appelée à la barre, une intervenante de l’Arajufa, partie civile, décrit l’état actuel des enfants, toujours placés en famille d’accueil trois ans après les faits. « L’aîné présente un retard de développement et suit un traitement psychiatrique pour réguler ses frustrations », explique-t-elle. « L’une des jumelles fait beaucoup de progrès mais ne parle pas bien, et semble régresser depuis qu’elle doit aller à l’école et a peur de se retrouver seule », poursuit l’assistante sociale.
Quant à l’autre jumelle, qui a subi les lésions neurologiques les plus graves, le tableau est dramatique. « Elle est polyhandicapée, paralysée du côté droit et ne marche pas à trois ans et demi. Elle commence tout juste à se tenir assise. Elle doit manger des aliments mixés, ne parle pas et interagit seulement avec les couleurs vives », détaille la partie civile.
Le père, qui a fini par reconnaître une partie des violences en garde à vue, comparaît détenu à l’audience où il encourt 20 ans de réclusion criminelle. La mère, de nouveau enceinte et qui est restée libre sous contrôle judiciaire, encourt moins de dix ans de prison pour des violences délictuelles, la privation de soins et la non-dénonciation de mauvais traitements. Le procès doit durer quatre jours.


