"Nou lé coupeuses et nou lé fiers" : à la Foire de Bras-Panon, les coupeuses de cannes à l’honneur

La tradition a été respectée ce lundi matin à la Foire agricole de Bras-Panon. Comme chaque année, la semaine a débuté par le concours de coupe de cannes avec, pour la première fois, des concours distincts pour les hommes et les femmes. Un concours féminin qui a permis de mettre en lumière des agricultrices de plusieurs générations, dont Christine Naguin, 68 ans, qui a coupé 135 kilos de cannes en dix minutes.
Dès l’ouverture du concours féminin, une participante a immédiatement attiré les regards : Christine Naguin. À 68 ans, cette coupeuse de cannes expérimentée n’a pas hésité à prendre le sabre pour se mesurer à des concurrentes parfois de trente ans plus jeunes qu’elle.
Pendant dix minutes, dans les mêmes conditions que les hommes, les quatre candidates ont mis en avant leurs qualités de rapidité, d'endurance et de technicité sous une forte chaleur. Malgré ces conditions éprouvantes, la doyenne du concours est parvenue à couper 135 kilos de cannes, une performance saluée par le public présent autour de la parcelle.
“On n’a plus le même courage, mais le cœur est là”, confie celle qui a fêté son anniversaire ce dimanche. Depuis la disparition de son mari, elle continue d’accompagner son fils dans les travaux agricoles, du dépaillage au grattage en passant par la coupe. Un fils bien connu du concours pour l'avoir déjà remporté. Ce lundi, Jean-Luc Naguin est arrivé deuxième cette fois.
Habituée des champs depuis l’âge de neuf ans, Christine Naguin revendique avec simplicité son attachement à la terre. “Le courage, d’abord, il faut aimer ce qu’on fait.” Et malgré la pénibilité du métier, elle continue d’avancer avec fierté. “Mi lé fière de ce que mi fait, fière pour mes enfants et de ce que mon mari la laissé derrière.”
Pour elle, la canne doit continuer à faire vivre La Réunion. “Il faut bien, sinon comment i fait ?”

“Montrer que les filles sont là”
Le concours a été remporté par Juliette Masson, agricultrice diversifiée installée à Bellevue, à Bras-Panon, où elle travaille notamment dans la canne et surtout la vanille dont elle est une productrice réputée.
En dix minutes, la jeune agricultrice a réussi à couper près de 200 kilos de cannes, décrochant ainsi la première place du concours féminin.
Pour elle, l’essentiel était avant tout de représenter les agricultrices. “Peu importe que nous soyons premières ou dernières, le principal c’est de montrer ce que nous faisons comme métier.”
Elle rappelle que les femmes ont toujours été présentes dans les champs mais sont aujourd'hui davantage en avant. “La madame la toujours été à côté de son bonhomme, comme conjointe collaboratrice. Aujourd’hui, il y a des femmes cheffes d’exploitation.” Et d’ajouter avec fierté : “Nou lé coupeuses et nou lé fiers de montrer que nou coupe nout canne.”
Selon elle, les femmes sont désormais davantage mises en avant dans le secteur agricole. “Pas forcément plus présentes qu’avant, mais aujourd’hui on montre que les filles sont là.”


“L’agriculture, ce n’est pas qu’un métier d’homme”
Nouvelle venue dans le milieu agricole, Ketty Famare a participé pour la première fois au concours. Ancienne employée de station-service, elle a rejoint l’exploitation familiale l’an dernier et vient d’achever sa première campagne sucrière.
“J’ai commencé en juillet dernier. Monsieur m’a appris et finalement j’aime ça”, explique-t-elle. Une expérience qu’elle ne juge “pas si dure que ça”.
Elle souhaite aujourd’hui encourager les jeunes, et particulièrement les femmes, à rejoindre le monde agricole. “L’agriculture, c’est un super métier à mettre en avant. Ce n’est pas qu’un métier d’homme.”

Une filière qui se féminise
Présidente de la commission des agricultrices de la FDSEA, Sarah Salah-Aly salue une image forte pour la profession. “C’est une fierté de voir ces femmes à l’œuvre. Elles montrent leur savoir-faire et qu’elles sont capables autant que les hommes.”
Dans un contexte difficile pour la filière canne, elle veut également adresser un message d’espoir. “Quand on est cannier, on l’est toujours. Il faut garder espoir. Nous restons optimistes et nous savons qu’il y a encore de l’avenir dans cette filière.”
Présent, le président de la chambre d'agriculture, Olivier Fontaine, voit dans ce concours la preuve d’une féminisation progressive du métier.
“Des femmes, jeunes ou moins jeunes, travaillent aujourd’hui de plus en plus dans l’agriculture, y compris comme coupeuses de cannes, alors que c’est un métier difficile et alors que la question de la main-d’œuvre reste problématique.”
Le président de la chambre d’agriculture souligne également la montée en puissance des femmes cheffes d’exploitation. “C’est une richesse pour l’agriculture réunionnaise. Une des forces de notre agriculture, c’est justement de réussir à attirer des jeunes femmes et des jeunes hommes vers l’installation. A nous le devoir d'avoir des filières solides pour dégager des revenus demain".
Nous évoquerons le concours masculin dans un article dédié.


