Foire agricole de Bras-Panon : comment l’événement veut incarner une agriculture réunionnaise plus moderne et plus jeune

À la veille de l’ouverture de la Foire agricole de Bras-Panon, le message affiché par les organisateurs est clair : l’agriculture réunionnaise veut changer d’image. Plus moderne, plus technologique, plus féminine et tournée vers la jeunesse, elle entend montrer qu’elle reste un secteur d’avenir malgré les difficultés qui traversent le monde agricole.
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Cette année, la thématique "Des métiers, une passion" dépasse largement le simple slogan de cette 46e édition de la Foire agricole de Bras-Panon. Derrière les concours, les concerts et les animations populaires, la foire veut surtout répondre à une problématique devenue centrale : celle du renouvellement des générations agricoles.
"Susciter des vocations nouvelles"
Pour le maire de Bras-Panon, Jeannick Atchapa, cette édition intervient dans un contexte particulier, un an après le passage du cyclone Garance. "Nous faisons la démonstration que nous sommes toujours debout malgré le cyclone Garance qui nous a frappés l’année dernière et que nous avançons", a-t-il déclaré lors de la présentation officielle de l’événement.
Mais au-delà du symbole de résilience, l’élu insiste surtout sur les enjeux de recrutement auxquels le secteur agricole est confronté. Selon les chiffres évoqués durant la conférence de presse, près de 3.000 emplois devraient être à pourvoir dans l’agriculture réunionnaise dans les prochaines années. "Plus de 60 % de ces métiers sont considérés comme difficiles à recruter. Voilà un enjeu considérable pour maintenir et développer davantage l’agriculture", souligne-t-il.
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Pour répondre à cette problématique, la foire agricole mise cette année sur une image plus moderne des métiers agricoles. Démonstrations de drones d’épandage, irrigation automatisée, mécanisation ou encore nouvelles technologies seront au programme durant les dix jours de l’événement.
"Peut-être aussi susciter des vocations nouvelles", espère le maire, convaincu que l’innovation et la montée en qualification peuvent attirer davantage de jeunes vers ces métiers.
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Le défi du renouvellement des générations
Même constat du côté de la Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DAAF), qui rappelle l’urgence du renouvellement des actifs agricoles à La Réunion. La représentante de la DAAF s’est appuyée sur la récente loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture, publiée en mars 2025. "C’est maintenant que nous devons former la relève", insiste-t-elle, évoquant la courbe démographique vieillissante des exploitants agricoles réunionnais.
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Aujourd’hui, l’enseignement technique agricole accueille plus de 1.400 élèves et étudiants ainsi que plus de 400 apprentis sur le territoire. Un vivier que les acteurs agricoles souhaitent davantage valoriser auprès des jeunes. "Pour bien vivre, il faut se nourrir sainement. Pour produire, il faut des femmes et des hommes passionnés par leur métier", rappelle-t-elle.
Une agriculture qui veut casser les clichés
La féminisation du secteur sera également au cœur de cette édition 2026. Un sujet largement assumé par les organisateurs, qui souhaitent montrer une agriculture bien différente des représentations traditionnelles.
Agricultrice et 9e vice-présidente de la Cirest, Sarah Salah-Aly estime que cette évolution est déjà visible sur le terrain. "Aujourd’hui, l’enjeu ce n’est plus seulement de produire. C’est aussi former, transmettre et professionnaliser les filières", explique-t-elle.
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L’élue, également engagée dans la filière canne, voit dans cette foire un symbole du lien entre héritage agricole et modernité. "Ce que j’apprécie beaucoup dans cette foire, c’est qu’elle a trouvé un équilibre entre modernité et tradition", souligne-t-elle avec enthousiasme, en évoquant notamment le concours du meilleur coupeur et de la meilleure coupeuse de canne prévu durant l’événement. "On a un petit groupe de femmes qui va venir faire une démonstration de force", glisse-t-elle avec humour.

Souveraineté alimentaire et modernisation
Pour Guillaume Sellier, la question dépasse le seul cadre agricole. Derrière les métiers de la terre se joue aussi l’avenir alimentaire du territoire. "Il y a un enjeu fondamental pour notre territoire : celui de notre souveraineté alimentaire", rappelle le premier vice-président de la chambre d’agriculture.
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Selon lui, l’objectif est aussi de redonner de la visibilité à des métiers souvent méconnus. "Des femmes et des hommes choisissent ce métier non pas par défaut, mais par amour du vivant et par attachement profond à leur territoire", insiste-t-il.
Même tonalité du côté du conseiller régional Jean-Bernard Maratchia, qui évoque les nombreux défis auxquels l’agriculture réunionnaise doit faire face : coût des intrants, carburant, changement climatique ou encore préservation des terres agricoles. "Dans ce contexte, la question de la souveraineté alimentaire est plus que jamais centrale", estime-t-il.
Un "Rond Kozé" pour imaginer l’agriculture de demain
Parmi les nouveautés de cette édition, les organisateurs misent beaucoup sur le “Rond Kozé”, nouvel espace d’échanges installé sur le champ de foire. Pensé comme un lieu de débat et de partage ouvert au public, il accueillera quotidiennement des discussions autour des enjeux agricoles, de l’installation des jeunes, des nouvelles technologies ou encore de la qualité de vie dans le secteur.
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Pour Jeannick Atchapa, cet espace doit permettre de "rompre l’isolement" et favoriser les échanges entre professionnels, partenaires et visiteurs.
Un symbole supplémentaire de cette volonté affichée par la Foire agricole de Bras-Panon : montrer que l’agriculture réunionnaise ne regarde plus uniquement vers son passé, mais tente désormais de construire son avenir.


