Territoire de l’Ouest : pourquoi Emmanuel Séraphin était intouchable

Après la CINOR, le tour d’horizon des intercommunalités se poursuit avec le Territoire de l’Ouest (TO). Regroupant cinq communes — La Possession, Le Port, Saint-Paul, Saint-Leu et Trois-Bassins — l’interco reste dirigée par Emmanuel Séraphin, réélu à l’unanimité le 7 avril dernier. Dans un entretien accordé à Pierrot Dupuy, Philippe Fabing décrypte une réélection marquée par des équilibres politiques largement prévisibles.
Si plusieurs candidatures ont été envisagées pour la présidence du TO, notamment celle d’Olivier Hoarau, la dynamique s’est rapidement structurée autour du maire de Saint-Paul, Emmanuel Séraphin. En consolidant des alliances avec Erick Fontaine et Karim Juhoor, respectivement maires de La Possession et de Saint-Leu, Emmanuel Séraphin a neutralisé toute alternative crédible.
Lire aussi : "Comme une lettre à la poste" : quel équilibre politique à la CINOR ?
"On pouvait imaginer, sur le papier, une coalition contre Saint-Paul. Mais dans les faits, c’est extrêmement difficile à mettre en place", analyse Philippe Fabing. Une lecture qui souligne la faiblesse structurelle des oppositions potentielles, davantage que la seule stratégie politique.
Saint-Paul, pivot incontournable du TO
Au-delà des alliances, c’est surtout le poids démographique de Saint-Paul qui structure le jeu politique au sein du TO. Avec plus de 100.000 habitants, la commune dispose d’un levier déterminant dans la répartition des sièges communautaires. "Quand une commune pèse autant dans une intercommunalité, elle devient mécaniquement incontournable dans la construction des majorités", explique Philippe Fabing.
Un schéma comparable à celui observé à Saint-Denis au sein de la CINOR, où la centralité démographique conditionne les équilibres politiques. Le renouvellement municipal à La Possession et à Saint-Leu a également joué dans cette configuration.
Fraîchement élus, Erick Fontaine et Karim Juhoor apparaissent davantage concentrés sur l’installation de leur mandat que sur une prise de pouvoir intercommunale. "Ces communes ont besoin de l’intercommunalité pour financer leurs projets, ce qui limite fortement leur capacité à s’opposer frontalement", souligne Pierrot Dupuy.
Une dépendance budgétaire qui renforce mécaniquement la position du bloc majoritaire.
L’arrière-plan politique d’Huguette Bello
Autre élément structurant : l’influence d'Huguette Bello, actuelle présidente de Région et ancienne maire de Saint-Paul. Son poids politique, combiné à des relations anciennes — parfois tendues — avec Olivier Hoarau, contribue à expliquer les recompositions observées. "L’histoire entre Olivier Hoarau et Huguette Bello a connu des phases très différentes, et cela pèse encore dans les équilibres actuels", note Philippe Fabing.
Malgré ces jeux d’influence, le Territoire de l’Ouest conserve une image d’intercommunalité relativement stable et fonctionnelle. La reconduction d’Emmanuel Séraphin s’inscrit ainsi dans une logique de continuité, où la coopération entre communes apparaît moins comme un choix politique que comme une nécessité structurelle. Dans cette configuration, les marges de manœuvre restent limitées pour les communes périphériques, confirmant la centralité de Saint-Paul dans la gouvernance du TO.


