“On doit rentrer dedans” : les planteurs veulent entrer au capital de Tereos

L’ouverture annoncée du capital de Tereos Océan Indien à de nouveaux partenaires “locaux et nationaux” fait réagir l’ensemble des organisations agricoles. Rarement alignés, les syndicats de planteurs expriment cette fois une position quasi commune : ils regrettent un manque d’information de la part de l'industriel et revendiquent demain une place au capital.
S'ils ne sont pas toujours sur le même diapason, cette fois le sentiment est unanime. “À aucun moment les planteurs n’ont été informés. C’est dommageable de parler de l’avenir de Tereos sans parler de celui des planteurs", clame le président de la CGPER, Jean-Michel Moutama, en réaction à la révélation par Zinfos974 de l'ouverture du capital de Tereos Océan Indien.
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Même constat du côté des Jeunes Agriculteurs. Son président (pour encore quelques jours, ce dernier ne se représentant pas NDLR), Guillaume Sellier, évoque “des bruits de couloir” et un “silence radio” vis-à-vis des représentants agricoles.
Dans un contexte déjà tendu, à quelques mois désormais des négociations de la convention canne, cette absence de communication alimente les inquiétudes : “L’ensemble des planteurs s’interroge. C’est normal : comment cela va se passer ? Est-ce que les repreneurs prendront en compte leurs intérêts ?”, commente le jeune agriculteur de Saint-Benoît.
“Rentrer au capital”, une revendication partagée
Autre point commun, l’ouverture du capital est perçue comme une opportunité : “C’est le moment pour les planteurs de rentrer au capital, même pour 5 %. La filière ne peut plus fonctionner comme avant. Sans les planteurs, on va droit dans le mur", juge le patron de la CGPER.
Une piste de financement est même avancée : avec environ 1,1 million de tonnes de canne livrées l'an dernier, “un euro par tonne permettrait déjà de dégager plus d’un million d’euros”, imagine le président de la CGPER.
Du côté des Jeunes Agriculteurs, la réflexion est similaire. “Il ne faut pas écarter cette option. Il faut regarder ce qui est possible et comment on peut le faire.” L’idée n’est pas nouvelle, rappelle Guillaume Sellier : “C’était déjà notre proposition lors de la vente des sucreries de Quartier Français mais le syndicat majoritaire nous avait tiré dessus à boulets rouges".
Prudence sur le montage et le rôle des collectivités
Avant toute entrée au capital, la CGPER appelle à la transparence. “Il ne faut pas aller dans un guêpier. Il faut un état des lieux complet : valeur des actions, situation financière, tout doit être mis sur la table.”
Le syndicat évoque aussi la possibilité de flécher des financements publics existants, "la Région et l'Europe financent bien eRcanne qui appartient à l'industriel", tout en restant réservé sur une participation directe des collectivités : “Le soutien public à la filière, oui mais l’entrée du politique dans le capital, on n’est pas forcément pour.”
À l’inverse, les Jeunes Agriculteurs n’écartent pas cette piste. “Les collectivités ont toujours dit qu’elles soutenaient les planteurs. Ce sera peut-être le moment de le prouver.”
Olivier Fontaine : “Les planteurs doivent être autour de la table”
Le président de la Chambre d’agriculture de La Réunion, Olivier Fontaine, partage cette analyse. “On regrette de ne pas avoir été informés.”
Il insiste sur la nécessité d’intégrer les planteurs au processus : “S’il y a une volonté d’ouvrir le capital à des acteurs locaux, les planteurs doivent pouvoir être autour de la table.”
Avec une condition : “Il faut que les choses soient clairement présentées et précisées aux agriculteurs.”
Un "ticket d’entrée" élevé
Reste la question financière. Le capital social de Tereos Océan Indien s’élève à 15,4 millions d’euros, selon les documents disponibles.
Sur le plan juridique, une telle opération reste néanmoins envisageable : une coopérative agricole peut entrer au capital d’une société industrielle pour sécuriser les débouchés, et des montages associant acteurs publics et privés existent.
Interrogé sur la question, Tereos Océan Indien n'a pas donné suite à nos sollicitations


