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Crise à l’université de La Réunion : le ministre de l’Enseignement supérieur attendu dans l’île la semaine prochaine

Ecrit par Thierry Lauret – le jeudi 16 avril 2026 à 19H40
Le président de l'université Jean-François Hoarau. (Photo université de La Réunion)

Après les révélations de Zinfos974 sur le déficit de 6,3 millions d’euros à l’université de La Réunion, le président Jean-François Hoarau a annoncé le dépôt d’une plainte et l’ouverture d’une enquête interne. Le ministre de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste est attendu dans l’île la semaine prochaine.

« Jean-François Hoarau ou l’indignation sélective », c’est le titre du courriel cinglant que Fabrice Lemaire, Maître de conférences de Droit public à l’université de La Réunion, a adressé ce jeudi 16 avril à l’ensemble des agents et salariés de l’établissement.

Le message se veut une réponse à un précédent courriel du président de l’université Jean-François Hoarau, en date du 10 avril, dans lequel ce dernier avait informé le personnel et les étudiants de sa décision de porter plainte et d’ouvrir une enquête interne à la suite des révélations de Zinfos974 sur la situation financière alarmante de l’université, par ailleurs en proie à un climat délétère en raison d’une gestion des ressources humaines déplorable.

« Des actes déshonorants ont été commis » selon Jean-François Hoarau

« Suite notamment à la demande de plusieurs membres du même conseil d‘administration, je vous informe qu’il a été décidé que l’université porterait officiellement plainte auprès des forces de police, mais également qu’une enquête administrative interne serait diligentée afin de faire la lumière sur les conditions dans lesquelles ces actes déshonorants ont été commis », écrivait ainsi Jean-François Hoarau.

Le président de l’université de La Réunion semble visiblement affecté que les propos peu élogieux à l’encontre de la gestion de son institution, tenus par le recteur Rostane Mehdi lors du conseil d’administration du 16 mars, aient pu être retranscrits, mot pour mot, par Zinfos974.

Lire aussi : À l’Université de La Réunion, la "confusion entre les sphères politique et administrative" pointée du doigt dans un rapport accablant

Le 6 avril dernier, lors d’un nouveau conseil d’administration, la voix d’un syndicaliste affilié à l’Unsa s’est élevée pour dénoncer les fuites dans notre média et réclamer qu’une enquête soit menée. Une posture surprenante pour une organisation censée défendre les intérêts des agents et des contractuels, alors qu’une cinquantaine de postes sont menacés en raison du déficit de 6,3 millions d'euros.

La situation financière de l'université de La Réunion, un secret bien gardé

« L’Unsa est contre le licenciement des contractuels et le président de l’université connaît notre position », assure le secrétaire général du syndicat Éric Chavriacouty, en criant à une manipulation orchestrée par d’autres syndicats visant à décrédibiliser sa propre structure. Les faits sont pourtant établis et l’Unsa n’aura, semble-t-il, pas mesuré la gravité de ce qui s’apparente à une tentative de pression exercée par le président de l’université de La Réunion pour s’éviter toute nouvelle fuite d’informations.

Dans son courriel de réponse à Jean-François Hoarau, le chercheur en Droit public Fabrice Lemaire raille du reste le fondement même de la plainte annoncée par son président.

« Jean-François Hoarau n’est guère plus doué en droit qu’en gestion des finances de l’université de La Réunion. Aucune des informations que l’on a pu lire dans la presse n’est couverte par un quelconque secret protégé par un texte », affirme Fabrice Lemaire, qui rappelle que « selon la jurisprudence, n’importe qui peut obtenir la communication de la bande sonore d’une séance du CA d’une université une fois que le PV de la séance a été rédigé, quand bien même la réunion est à huis clos, et dès lors que chaque administrateur sait que ses propos sont enregistrés et vont faire l’objet d’un PV (CADA, 8 oct. 2020, n° 20203092) ».

Le Maître de conférences pose du reste ce qui constitue le cœur du débat, en soulignant que ce sont les initiatives de la presse qui ont permis de porter à la connaissance du public l’état de santé inquiétant de l’université de La Réunion, dont le déficit de masse salariale (soit la partie des salaires versés non compensée par des recettes) s'élève à 3 millions d'euros.

Le ministre de l'Enseignement supérieur aura fort à faire

« Ce qui est surtout consternant, indigne et déshonorant de la part de la direction, c’est que c’est en lisant la presse que l’on est informé de la situation financière de l’université, alors que ces informations auraient dû nous être communiquées dans un mail du président à la communauté universitaire. Autrement dit, heureusement que la presse existe pour savoir ce qui se passe à l’université depuis la suppression d’expression libre que Jean-François Hoarau, contrairement à ses promesses électorales, n’a pas rétabli », commente Fabrice Lemaire.

C’est dans ce contexte de crise systémique que le ministre de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste est attendu dans l’île la semaine prochaine, selon des informations confirmées par plusieurs sources concordantes. Si les dates des 23 et 24 avril sont évoquées, le calage du séjour est toujours en cours et l’officialisation ne devrait intervenir que lundi.

Philippe Baptiste aura sans doute fort à faire lors de sa première visite dans l’île, autant pour remettre de l’ordre au sein de l’institution créée en 1982, que pour rassurer les quelques 1.500 salariés disséminés sur l’ensemble des antennes universitaires situées dans toute l’île.

Sollicité à plusieurs reprises, Jean-François Hoarau n’a jamais donné suite à nos demandes.

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