La Réunion va mieux… vraiment ? Inflation, chômage, emploi, ce que disent (et cachent) les chiffres de l'année 2025

Tout va mieux. Enfin, presque. En 2025, d'après les données fournies par l'Insee (Conjoncture au 4e trimestre et activité économique en 2025 à La Réunion), les indicateurs économiques de La Réunion virent au vert. Mais à y regarder de plus près, cette amélioration tient autant de la respiration que du rebond. Et derrière les chiffres rassurants, une autre réalité persiste, plus instable, plus contrastée. Explications.
À La Réunion, les indicateurs sont bons. Pas spectaculaires, mais suffisamment solides pour dessiner une tendance. Celle d’un territoire qui sort lentement d’une période de turbulences. Mais cette sortie ressemble moins à un rebond qu’à une stabilisation. Une remise à niveau, plus qu’un redémarrage.
Le premier signal vient de l’inflation. Et il est, en apparence, sans appel. "L’inflation en 2025 à La Réunion a été divisée par 2 par rapport à 2024. On est à 1,4% alors qu’on était à 2,8%", explique l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques.
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Une baisse nette, presque rassurante. Mais derrière ce chiffre, il y a une mémoire récente encore vive. Celle d’une inflation installée dans la durée, conséquence directe de la crise mondiale déclenchée en 2022 avec la guerre en Ukraine.
"On ne peut pas faire abstraction du contexte de crise", argumente le directeur interrégional, Pierre Greffet. Une crise qui, à La Réunion, a laissé une empreinte plus longue qu’ailleurs. "L’impact s’est poursuivi jusqu’en 2024."
Baisse d'aujourd'hui, répit de demain ?
Autrement dit, 2025 ne marque pas un retournement brutal. Elle clôt un cycle. Le directeur encore : "On retrouve une inflation quasi normale, c’est-à-dire inférieure à 2%."
Mais là encore, la normalité est relative. "Cette inflation reste supérieure à celle observée dans l’hexagone qui est à 0,9%."

Et cet écart, même modeste, est structurellement amplifié par le contexte local. Car ici, l’inflation ne se lit pas seulement en pourcentage. Elle se vit dans un panier de courses plus cher, dans une facture énergétique plus lourde, dans une dépendance accrue aux importations.
Autre élément frappant, presque paradoxal. "En 2025, c’était l’énergie qui avait une contribution négative à cette inflation." Une inversion temporaire, qui rappelle à quel point l’économie réunionnaise reste exposée aux chocs extérieurs.
Une baisse aujourd’hui ne garantit rien pour demain.
Niveau d'emploi jamais enregistré sur l'île
Sur le front de l’emploi, la dynamique est réelle, mais elle dit aussi autre chose. Pierre Greffet l'assure, "l’emploi à La Réunion a progressé. On est à +0,3% sur l’année."
Un chiffre modeste, mais qui prend du relief dans la comparaison nationale. "On est en seconde position, juste derrière la Guyane", confirme l'Insee.
Ce qui change surtout, c’est la nature de cette progression.
Pour Pierre Greffet, "c’est surtout l’emploi salarié privé qui tire le mouvement vers le haut. On a eu 1.300 emplois salariés privés en plus." En parallèle, "l’emploi public diminue… moins 500 emplois."
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Un glissement discret, mais fondamental.
Pendant des décennies, l’économie réunionnaise s’est construite sur un socle public fort. Stable, protecteur, parfois rigide. Aujourd’hui, ce socle se fissure légèrement, laissant davantage de place au secteur privé.
Ce mouvement peut être interprété comme un signe de maturité. Mais il pose aussi une question essentielle, à savoir celle de la qualité de cette croissance.
Car le secteur privé ne produit pas les mêmes emplois. Ni en termes de stabilité, ni en termes de rémunération, ni en termes de trajectoire.
Et dans le même temps, certains amortisseurs disparaissent. "L’apprentissage est en baisse… les contrats aidés aussi." Moins de dispositifs publics. Plus de logique de marché. Un équilibre délicat.

Chômage en baisse, réalité plus complexe ?
Le chômage, lui, atteint un niveau historiquement bas. "16%, le plus faible jamais mesuré."
Un chiffre qui aurait été inimaginable il y a encore dix ans. "On était à plus de 27% dans les années 2014", poursuit Pierre Greffet.
Mais cette baisse, aussi spectaculaire soit-elle, ne dit pas tout. Car derrière elle, une autre réalité persiste. Celle du halo du chômage. Avec des personnes ni tout à fait sans emploi, ni véritablement insérées. Une zone grise, révélatrice des difficultés persistantes du marché du travail. "57.300 personnes", presque autant que les "59.600" chômeurs officiels. Une zone intermédiaire, floue, qui échappe aux catégories classiques.
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L’Insee insiste. "On n’a pas de phénomène de vase communicant." La baisse est réelle. Mais elle n’efface pas les fragilités structurelles. Ni la difficulté d’accès à un emploi stable, durable, qualifié. Le chômage baisse. Mais la question du travail reste entière.
Tourisme en plein boom… mais qui profite vraiment de la manne à La Réunion ?
Le tourisme, lui, donne l’image d’un secteur en pleine expansion. Les chiffres donnent le tournis. "+5% de nuitées", "1,6 million au total", "+4% de capacités", "63% de taux d’occupation". Les chiffres s’enchaînent, cohérents, presque mécaniques.
Mais là encore, la réalité se dérobe dès qu’on la regarde de plus près.
D’abord, la concentration. "53% de la capacité dans l’Ouest." Une géographie touristique déséquilibrée, qui renforce certaines zones et en marginalise d’autres.
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Ensuite, la montée en gamme. "+14% pour les hôtels 4 et 5 étoiles."
Un signal fort, qui pourrait indiquer une évolution du positionnement de la destination. Vers un tourisme plus rentable. Mais aussi plus exclusif. "On pourrait supposer une clientèle plus aisée, souffle le le directeur, mais ce n’est pas forcément mécanique."
Enfin, l’angle mort. "On ne mesure pas les meublés touristiques." Et c’est peut-être là que se joue une partie essentielle du paysage.
Car ces hébergements, en forte croissance, échappent en partie aux statistiques, mais pas aux effets économiques
pression immobilière, transformation des quartiers, redistribution de la valeur.

Construction en reprise
Le secteur de la construction, lui, agit comme un révélateur. "+0,5% d’emploi", toujours selon les données de l'Institut national de la statistique et des études économiques, mais "-1% de chiffre d’affaires".
Une reprise sans prospérité. Les projets repartent. "+3% de permis, +3% de mises en chantier." Mais les conditions restent tendues. Coûts élevés, marges réduites, incertitudes persistantes. Construire, oui. Mais à quel prix.
Enfin, les entreprises. "15.400 créations, +18%." Un chiffre impressionnant, immédiatement nuancé. "Une bonne partie correspond à des SNC de défiscalisation." Sans elles, "+11%."
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Une dynamique réelle, mais plus mesurée. Et en face, "1.110 défaillances, un volume stable." Ni vague de faillites. Ni explosion entrepreneuriale. Une économie qui tient. Qui absorbe. Qui s’ajuste.
Au fond, tout converge vers cette formule. "On a des indicateurs qui sont au vert clair", persiste le directeur Greffet.
C’est peut-être la meilleure définition de 2025 : une année sans crise majeure. Sans euphorie non plus. Une année de transition. Où l’économie réunionnaise ne bascule pas. Mais se transforme. Lentement. Discrètement.
Et avec, en toile de fond, une question qui demeure celle de sa capacité à tenir cet équilibre dans la durée.


