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Ils ont poussé la com' très loin, ils tombent aujourd'hui de très haut

Ecrit par Lény-Huayna Tible – le mercredi 25 mars 2026 à 08H45
Les candidats Thierry Robert et Bruno Domen ont multiplié les sorties médiatiques aussi folles qu'originales durant la campagne. En vain, Karim Juhoor leur est passé devant.

Motos, chevaux, bœuf moka parachutes… et maintenant la chute libre. À force de transformer la campagne en show XXL, certains candidats réunionnais ont fini par confondre popularité et storytelling. Six semaines avant le vote, ils faisaient le buzz. Quelques jours plus tard, alors que la pression d'un second tour retombe brutalement, certains regardent surtout le sol se rapprocher.

Il y a eu des fumigènes, des chevaux blancs, des moteurs rugissants et même un parachute fendant le ciel de l’Ouest. À La Réunion, la campagne municipale aura flirté avec le festival, version plein air, sono à fond et storytelling millimétré. Une politique en technicolor, où l’image, plus que jamais, a pris le pouvoir. Pour le meilleur et pour le pire...

Tout était prêt. Les entrées en scène dignes d’un blockbuster, les meetings à l’américaine, les foules compactes, les scandales et polémiques téléphonés, les réseaux sociaux saturés de visuels léchés.

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À Saint-Leu, certains arrivaient à moto, à cheval, quand le maire sortant choisissait carrément le ciel pour marquer son territoire. La conquête version grand spectacle, assumée jusqu’au bout des bottes. L'un a déchaussé dès le premier tour, l'autre a essuyé le rejet général et une désillusion à hauteur de l'engagement.

Rouages mal huilés

C'est donc l'heure des comptes. Et il s'avère que la politique réunionnaise n’a jamais été aussi visuelle. Chaque geste pensé, chaque silence calculé. Même les vœux institutionnels ressemblaient à des teasers de campagne, bilan sous le bras et sourire en coin. Derrière le protocole, la mécanique était bien huilée. Montrer, occuper, saturer.

Et puis il y a eu cette petite musique, presque imperceptible au début. Celle du doute.

Car à force de scénariser, certains ont fini par jouer dans leur propre film. À vouloir incarner le héros, ils ont parfois oublié le scénario. Le cheval blanc ne fait pas un programme. Le parachute n’amortit pas une contestation. Et la moto, aussi bruyante soit-elle, ne couvre pas toujours les questions qui fâchent.

Encore moins dans l'Est et une petite crise familiale de l'entre-deux tours exposée en plein jour qui accouche d'une alliance fraternelle. Encore moins dans une vidéo à dos de bœuf Moka, plus au Sud.

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Dans cette campagne finalement transformée en arène visuelle, les sortants les mieux installés ont joué une partition plus classique. Moins spectaculaire, plus structurée, à quelques exceptions près évidemment. Pendant que d’autres multipliaient les coups d’éclat, eux déroulaient, patiemment, presque froidement. Résultat, au soir des urnes, le contraste a parfois été cruel.

Les grands perdants, eux, ont souvent un point commun. Ils ont cru que la viralité faisait la victoire. Qu’un buzz ou un scandale, un pari bien placé valait un ancrage local. Que l’image pouvait remplacer la confiance. Que l'assurance et les effets d'annonce pourraient décider du scrutin. Spoiler : non !

Plateau géant

On les voyait déjà élus, parfois même avant l’heure, lançant conseils de pré-gouvernance et grandes déclarations comme si l’affaire était entendue. Ou encore abuser des montages photos aux allures de propagande, du côté de Saint-Pierre, pire encore sous la signature d'un institut de sondage très sérieux. Là encore, la mise en scène a devancé la réalité. Et, pas de chance, la réalité, elle, n’aime pas trop être doublée.

Rien de tout cela n’est totalement nouveau. Mais jamais, sans doute, la frontière entre communication et politique n’avait été aussi fine sur l’île. Comme si la campagne s’était transformée en plateau géant, où chacun venait jouer sa séquence, parfois clownesque.

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Reste une question, suspendue au-dessus des urnes comme un dernier drone de campagne. Que reste-t-il quand la musique s’arrête ?

Peut-être un constat. Celui que les Réunionnais attendent autre chose, plus de sérieux. Peut-être aussi une leçon, simple et tenace. À La Réunion comme ailleurs, on peut faire beaucoup de bruit. Mais ce sont encore les voix qui comptent.

Et celles-là, décidément, ne s’achètent ni à dos d'un étalon, ni en voile dans le ciel, où par le biais d'une série de communiqués.

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