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Les îles Vanille à la conquête du marché des croisières de luxe

Ecrit par Thierry Lauret – le dimanche 15 février 2026 à 12H13

La course aux chiffres sur le nombre de croisiéristes ne semble plus être l’objectif de l’association des îles Vanille, dans un contexte mondial d’offre inférieure à la demande. L’ambition est d’attirer des navires d’exploration ou de luxe, de taille moindre que les gros paquebots mais transportant une clientèle plus aisée, sensible au développement durable.

Les îles Vanille, un parfum de pas assez ? La question se pose inévitablement lorsqu’on questionne l’impact réel de l’association regroupant, autour de La Réunion (qui la finance via la Région et des fonds européens Interreg), les îles des Seychelles, de Maurice, de Madagascar, de Mayotte et des Comores.

Quinze ans après sa création, les objectifs poursuivis par l’association demeurent peu connus du grand public. Un défaut de communication qui s‘explique en partie par le fait que la cible visée par les îles Vanille ne sont pas les touristes de l'océan Indien (et encore moins les Réunionnais), mais bien les Européens. Et plus spécifiquement les voyageurs aisés allemands.

« Nous avons deux grandes typologies d’action : un travail sur les croisières et un second sur les combinés, soit la vente de deux destinations aux voyageurs via les tours opérateurs », résume Pascal Viroleau, le directeur de l’association. Si le nombre record de 67 724 croisiéristes à La Réunion a été atteint en 2019, l’activité semble moins intense depuis la crise Covid, avec 43 793 arrivées en 2025.

Attirer des compagnies prestigieuses pour des retombées plus avantageuses

Après avoir fait la course aux chiffres, l’attention serait désormais ciblée sur « la qualité », en allant « chercher des compagnies avec des navires plus petits, avec moins d’impact environnemental », selon Pascal Viroleau, qui se réjouit d’avoir su attirer des navires de croisière de compagnies spécialisées dans le luxe ou l’exploration, comme Ponant, Ritz Carlton ou Silversea.

 « La croisière, c’est le produit inter îles par excellence, cela fonctionne bien. C’est un secteur saisonnier, une activité particulière où, au niveau mondial, l’offre est inférieure à la demande. Notre boulot est de négocier avec les compagnies pour qu’elles positionnent leurs navires dans notre zone et nous sommes en concurrence avec tous les pays du monde », développe le directeur de l’association, en soulignant les tensions géopolitiques dans le canal de Suez. Ou celles liées au renouvellement actuel des flottes, qui accapare les plus grands chantiers navals de la planète.

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Semble-t-il laissée de côté ces dernières années, l’offre de combinés en avion (deux destinations dans l’océan Indien vendues par les tours opérateurs au départ de l'Hexagone ou de l'Europe) semble à nouveau avoir le vent en poupe au sein des îles Vanille.  En 2024, les destinations combinées ont attiré 87 561 touristes à La Réunion, sur 556 534 visiteurs au total (15,7%).

Des discussions avec une compagnie de croisière indienne

« Nous sommes tributaires de l’aérien. Nous avons été contraints d’arrêter certains combinés parce qu’il n’y avait plus de ligne aérienne, comme avec les Seychelles », fait valoir Pascal Viroleau, en insistant par ailleurs sur un positionnement assumé de ciblage d’opérateurs touristiques impliqués dans le développement durable.

La perspective de l’arrivée d’une compagnie aérienne indienne dans l’île est accueillie très favorablement par l’association. Celle-ci y voit une opportunité de convaincre la compagnie de croisière indienne Cordelia Cruises de venir promener un navire dans les îles de la zone. Et pour cause : beaucoup de croisiéristes choisissent d'acheter des packages « fly and cruise », comprenant, outre leur cabine dans le bateau, un billet d‘avion pour se rendre au point de départ et/ou d'arrivée de la croisière.

Pour l’ancien président seychellois des îles Vanille Alain St. Ange, l’association est au fil des années parvenue à imprimer sa marque auprès des vendeurs de destination de tourisme. La stratégie sur les croisières dans le sud-ouest de l'océan Indien serait couronnée de succès. En revanche, tempère-t-il, l’implication des ministres qui composent le board de l’association serait insuffisante. « Nous avons perdu le souffle, le vent dans la voile », image Alain St. Ange.

Un nouveau pont d'accostage en projet au Port

Relatant une récente croisière durant laquelle il avait pour mission de présenter les îles du canal du Mozambique et leur histoire aux 2 000 passagers du navire, Alain St. Ange s'épanche. « J’ai vu d’une autre façon les îles Mayotte et Comores, je me suis posé la question de savoir si les îles Vanille pouvaient vraiment apporter un plus à ces îles. Nous arrivons là avec 2 000 personnes, est-ce que le pays en bénéficie autant que cela ? Même à La Réunion, ils arrivent dans un port pour les conteneurs, alors qu’aux Antilles, les croisiéristes débarquent dans un village. Si nous voulons qu’ils dépensent leur argent, ne pouvons-nous pas mieux faire ? », interroge l’ancien président des îles Vanille.

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Pascal Viroleau relève qu’à La Réunion comme ailleurs, ce sont les compagnies de croisière qui décident du lieu où ses navires vont accoster, voire mouiller. Le temps de débarquement des passagers, leur sécurité, la proximité du site d’arrivée avec les principales attractions de l’île (Maïdo, volcan, Salazie) figurent parmi leurs principaux critères. Le directeur des îles Vanille indique qu’un projet de nouveau site de débarquement, à proximité du centre-ville, est en réflexion du côté de la mairie du Port.

Les navires qui accostent à Port Réunion en profitent aussi pour embarquer du fret ou se délester de déchets, ce qui participe à l’activité économique de l'île. En 2025, les dépenses directes des croisiéristes à La Réunion ont été chiffrées à 2,134 millions d’euros (hors dépenses d’équipages), contre 2,443 millions d’euros l’année précédente. Selon Pascal Viroleau, les îles voisines accueillant ces navires de croisière sur leur trajet, principalement Maurice et les Seychelles, bénéficient de retombées économiques peu ou prou similaires. La dépense totale des touristes à La Réunion est évaluée à plus de 75 millions d’euros en 2024.

Les voisins de l'océan Indien pas les bienvenus à La Réunion ?

Le 4 février dernier à Moroni, lors de l’assemblée générale de l’association, le ministre de l'Environnement et du tourisme de l’Union des Comores, Abubakar Ben Mahamoud, a pris la présidence de l’association, dans le cadre de la gouvernance tournante d’une durée de douze mois, succédant au ministre du tourisme mauricien Sydney Pierre.

Un opérateur touristique de l’île Sœur, qui souhaite rester anonyme, se montre dubitatif au sujet de l’efficacité de la gouvernance politique de l’association. Tout autant que sur son impact sur le secteur touristique dans le sud-ouest de l’océan Indien, du reste. « Avec la présidence tournante mauricienne, je pensais que nous allions sortir du truc fait par les Réunionnais pour les Réunionnais, mais cela n’a rien changé », confie-t-il, en décrivant un organisme victime de son inertie, où les ministres du tourisme en charge ne se réunissent presque jamais.

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Pascal Viroleau conteste. « Les ministres ne se rencontrent pas obligatoirement formellement, mais nous faisons en sorte qu’ils le fassent sur les salons comme Top Résa. Il y a des événements où nous faisons d’une pierre deux coups : ils se rencontrent dans d’autres structures comme l’IORA (Association des pays riverains de l’océan Indien) ou dans les structures de tourisme africaines. Ce sont des ministres avec un agenda qui ne permet pas de se voir tous les mois », argue le directeur des îles Vanille, en soulignant le recours aux courriels et aux visioconférences.

Reste le sentiment des pays voisins d’être toujours autant indésirables à La Réunion, au regard des formalités d’entrée sur le territoire qui découragent même les plus fervents admirateurs de notre île. À l'image du récent candidat malheureux aux élections présidentielle des Seychelles : « La dernière fois que j’ai fait un stop à La Réunion, il m’a fallu une lettre d’invitation, une assurance, un certificat d’hébergement : il y a trop de complications ! Moi, tous les pays où il y a des obstacles, je ne m’y rends jamais, je ne me complique pas la vie. Si nous voulons faire un week-end à La Réunion, nous ne pouvons pas car il faut une invitation », s’agace Alain St. Ange, résumant un sentiment d'être méprisé souvent partagé par les Malgaches ou les Mauriciens.

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Etiquettes : Océan Indien | Tourisme

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