Entre Bangkok et La Réunion, une nouvelle "route de la drogue" dans le collimateur des forces de sécurité

Entre octobre et décembre dernier, les douaniers de Gillot ont intercepté des dizaines de kilos d’herbe de cannabis dans les bagages de voyageurs en provenance de Thaïlande. Des "mules" recrutées au Royaume-Uni ou en Belgique pour convoyer la marchandise à La Réunion.
Cette fois, la douane n’hésite plus à évoquer "un nouveau circuit" ou "une nouvelle route" pour l’importation de stupéfiants à La Réunion. En l’espace d’un mois et demi, entre fin octobre et début décembre 2025, ses agents en poste à l’aéroport Réunion-Roland Garros ont intercepté quatre voyageurs de nationalité étrangère aux valises pleines à craquer d’herbe de cannabis à leur descente du vol hebdomadaire d’Air Austral en provenance de Bangkok.
"Absence totale de dissimulation"
Une variété de "Skunk, fortement dosée en THC", qui diffère notablement du zamal local, et dont la valeur est bien plus élevée : entre 13 et 15 euros le gramme, selon une récente estimation de l’Office anti-stups… Mais ce qui a surpris les douaniers, c’est aussi "l’absence totale de dissimulation : les valises étaient pleines !" confirme le directeur régional de la douane, Nicolas Le Gall.
Pour des quantités éloquentes de marchandise : 17,2 kg le 30 octobre, 14,7 kg le 27 novembre, 14,3 kg le 3 décembre, et 42,2 kg le 11 décembre, soit près de 90 kg au total, à peine emballée dans de grands sacs en plastique. Comme si les animateurs de ce trafic pensaient ne rien avoir à craindre sur cette ligne entre la Thaïlande et notre île...
Les enquêtes ouvertes par le Service territorial de police judiciaire (STPJ) laissent même envisager l’existence de plusieurs filières thaïlandaises, même si le nom d’un ressortissant britannique est apparu à plusieurs reprises durant les investigations. Un homme qui s’est d’ailleurs rendu lui-même à La Réunion depuis Bangkok en novembre et décembre dernier, ne s’embarrassant pas d’ailleurs de laisser impayée la note de son séjour au Dina Morgabine de Saint-Gilles.
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"Un réseau qui se structure"
"Il y a un réseau qui se structure", confirme la procureure Tiphaine Gastineau, tout en reconnaissant "que dans ces dossiers, il sera très compliqué de remonter jusqu’aux commanditaires en Grande-Bretagne."
En attendant, ce sont les mules qui trinquent. Pour l'instant, celles en provenance de Thaïlande étaient de nationalité britannique ou belge. A l’image de cette Bruxelloise d’à peine 18 ans, interceptée à Gillot le 3 décembre avec 14,3 kg d’herbe thaï dans sa valise. "Je n’ai pas eu le choix, j’ai été menacée" affirmait au tribunal mercredi 4 février la toute jeune fille, soi-disant "venue prendre du bon temps" en Thaïlande avant de tomber entre les mains d’un trafiquant.
Mais pour les enquêteurs, cette lycéenne déjà connue pour trafic de stups en Belgique et dont l’un des frères séjourne en prison à Bruxelles pour des faits similaires, a été recrutée dans son pays et envoyée à Bangkok à dessein.
Alors qu’elle devait passer une semaine à l’hôtel à Saint-Leu en attendant d’être contactée, la voilà condamnée à deux ans de prison ferme et une amende douanière de 186 000 euros correspondant à la valeur estimée de la marchandise illégalement importée.
"Saturer les lignes aériennes"
Si, depuis le mois de décembre, il n’y a pas eu de nouvelle interception de skunk en provenance de Bangkok, douaniers et policiers surveillent désormais de près cette liaison depuis Bangkok, comme c’est désormais aussi le cas pour les vols en provenance de Madagascar en ce qui concerne l’importation de cocaïne.
"Il y a une stratégie de vouloir saturer les lignes aériennes afin que des mules passent entre les mailles du filet. On multiplie les avions pour avoir plus de chances de passer", constate la magistrate du parquet.
A la clef, des "enjeux financiers colossaux" pour les trafiquants, qui ne lâchent pas de terrain malgré les efforts entrepris à La Réunion pour les contrer. Outre des opérations ponctuelles de fouille intégrale d’avions et des contrôles ciblés sur de nombreux vols, la douane réunionnaise espère également freiner les importations par voie maritime : d’ici quelques semaines, elle mettra en service son tout nouveau scanner mobile, venu pour renforcer ses moyens de détection sur le Grand Port.


