La Saline : l'hôtel de trop ?

Découvert récemment par le grand public, un projet hôtelier à La Saline relance le débat sur l’aménagement du littoral et la place du tourisme sur la côte Ouest. La mairie, par la voix du maire, se défend et assume sa politique volontariste de développement économique de Saint-Paul.
Voilà un futur chantier qui va relancer l'éternel débat sur le modèle touristique que l'île souhaite mettre en place, avec d'un côté une forte pression foncière et de l'autre des investisseurs désireux de profiter du charme de la côte Ouest pour leurs affaires. Resté sous les radars pendant de longs mois, un projet hôtelier à La Saline suscite quelques remous.
Implanté sur une parcelle de 1,7 hectare située juste en face du stade de La Saline, le futur hôtel porté par l’entreprise Eden Lodge fait aujourd’hui l’objet de nombreuses réactions. Révélé au grand public à la faveur de l’installation mi-décembre du panneau de permis de construire, le dossier cristallise les oppositions, alors que plusieurs pétitions ont déjà été lancées contre l'établissement.
Un développement à deux vitesses
Une tribune, dans un quotidien de l'île soeur, signée Patrice Sadeyen, avait mis en avant ce nouvel hôtel pour souligner le désarroi de plus en plus palpable à La Réunion autour du développement économique de l'île. « C’est dans ce contexte qu’un mot revient avec insistance dans la bouche des habitants : “Zoreyland”. Ce terme n’est ni une insulte ni une caricature. Il est le symptôme d’un malaise profond. Il désigne la transformation progressive du littoral en espace capté, marchandisé, déconnecté des usages populaires et des réalités sociales locales. Il dit l’éviction silencieuse, la privatisation de fait, la montée des prix, la raréfaction des espaces réellement accessibles. Il dit le sentiment d’un littoral qui change de peuple, non par hasard, mais par choix politiques répétés », explique, avec amertume, l'auteur.
Une information ensuite reprise sur les réseaux sociaux, notamment par l’association SOS.DPM974, qui s’est insurgée, par la voix de son président Dominique Gamel, contre ce nouveau chantier situé à moins de 150 mètres du bord de l’eau. Avec près de 200 filaos recensés sur la parcelle, l’association de protection du domaine public maritime refuse de voir ce terrain déboisé et bétonné.

Face à la polémique naissante, le maire de Saint-Paul, Emmanuel Séraphin, rappelle le cadre réglementaire du projet. « Il s’agit d’un bail à construction de 30 ans. Le terrain appartient au CSE de l’AFPAR et le PLU autorise ce projet. La parcelle est classée en U2H depuis 2012, c’est un terrain déjà fléché pour de l’hôtellerie. L’objectif, à l’époque, était de s’assurer que du foncier soit disponible pour le secteur hôtelier. »
800 chambres prévues dans les prochaines années, la moitié à Saint-Paul
Selon l’édile, cette anticipation répondait à une inquiétude bien précise : voir disparaître progressivement l’offre hôtelière du littoral au profit de résidences secondaires ou de locations saisonnières dans d'anciens hôtels.
« La fermeture d’un hôtel et sa transformation en appartements individuels destinés à de la résidence secondaire ou de la location saisonnière faisait craindre que l’on n’ait plus aucune structure sur la côte, alors même que nous nous battions pour convaincre des investisseurs ou créer des filières locales de formation », avance-t-il.
Un contexte qui a, depuis, évolué favorablement selon Emmanuel Séraphin, notamment avec le développement de la formation et la bonne santé du secteur touristique. « Aujourd’hui, la demande est là. Les chiffres de l’IRT sont excellents, les avions sont pleins et il y a une dynamique autour de la destination Réunion. Les projets sont nombreux et les investisseurs répondent présents. »
À l’échelle de l’île, près de 800 chambres devraient sortir de terre dans les prochaines années, dont près de 400 sur le territoire de Saint-Paul. Une attractivité qui se reflète également dans les recettes issues de la taxe de séjour. « En 2019, elle avoisinait 1,1 million d’euros et couvrait à peine le budget de l’office de tourisme de l’Ouest. En 2025, elle dépasse les 3,5 millions d’euros, ce qui permet aujourd’hui d’animer le territoire. »
Pour le maire, ce développement s’inscrit dans une logique de cercle vertueux. « Si l’on propose des choses à faire aux visiteurs, réunionnais ou venus de l’extérieur, ils viennent plus facilement dans l’Ouest, consomment dans l’hôtellerie ou la restauration, et cela profite à toute la micro-région. »


