CIREST : un concours à 8,5 millions d'euros pour la valorisation du pont suspendu de la rivière de l’Est

Deux ans après la réouverture au public du pont suspendu de la rivière de l’Est, à l’issue d’un chantier de restauration colossal, la Cirest a voté à l'unanimité le lancement d’un concours de maîtrise d’œuvre consacré à la valorisation patrimoniale et touristique du site.
Œuvre de Ferdinand Armodin, datée de 1894, le pont suspendu de la rivière de l’Est est classé au titre des monuments historiques. À ce titre, l’ensemble des constructions et aménagements projetés dans un rayon de 500 mètres est soumis à des prescriptions architecturales spécifiques. La collectivité entend s’appuyer sur ce cadre réglementaire pour proposer une mise en valeur respectueuse de l’identité du site.
Renforcer l’attractivité écotouristique
À travers ce projet, la Cirest vise à renforcer l’attractivité écotouristique du territoire Est. La démarche doit permettre d’inciter les visiteurs à prolonger leur séjour, de favoriser les retombées économiques locales et de protéger les paysages, tout en garantissant la sécurité et le confort des usagers.
Un programme structuré autour de quatre sites
Le périmètre du projet intègre quatre sites d’intervention : les rives nord et sud du pont, identifiées comme sites principaux, ainsi que le belvédère de la RD3 et le belvédère Touzet. Le programme prévoit notamment des aménagements paysagers sur les deux rives, la création d’une boutique pays, d’un café-snack, d’aires de stationnement et d’une fresque urbaine sur le pont de la RN2.

La création d’une “cité de l’eau”
Parmi les équipements majeurs envisagés figure la création d’une maison de projet baptisée “la cité de l’eau”. Le programme indicatif prévoit des espaces d’accueil, des salles thématiques, un auditorium, des espaces d’exposition, ainsi que des locaux dédiés aux chercheurs et à l’administration.
L’eau sera déclinée sous plusieurs formes : énergétique (prise d’eau des Orgues), industrielle (canal Mourouvin qui alimentait la sucrerie de Sainte-Rose), patrimoniale (pêche des bichiques) ou encore catastrophique.
Le projet devrait ainsi valoriser la mémoire des grandes crues qui ont marqué le territoire, dont l’épisode exceptionnel de 1927, récemment remis en lumière dans le documentaire La Rivière de l’Est, expédition vers des secrets oubliés, réalisé par Alain Bertil. Cette crue hors norme, qui avait profondément transformé le lit de la rivière, constitue un élément majeur de compréhension des dynamiques naturelles du site et des risques associés aux cours d’eau de l’Est de l’île.
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La future “cité de l’eau” devrait également aborder l’histoire de l’exploitation hydroélectrique de la rivière de l’Est, à travers la prise d’eau des Orgues. Cette infrastructure, implantée en amont du pont suspendu, illustre le rôle stratégique de la rivière dans la production d’électricité à La Réunion et dans l’aménagement du territoire. La présentation de cette activité permettrait de replacer le site dans une lecture plus large, croisant usages énergétiques, contraintes environnementales et gestion de la ressource en eau.
Une enveloppe prévisionnelle de 8,5 millions d’euros HT
Le coût prévisionnel de l’opération est estimé à 8,5 millions d’euros hors taxes, répartis entre les travaux de voirie et réseaux divers et la construction des bâtiments. Ce montant devra être affiné lors des phases ultérieures du projet.

Un concours restreint de maîtrise d’œuvre
Compte tenu de la sensibilité patrimoniale du site, la collectivité a retenu une procédure de concours restreint de maîtrise d’œuvre sur esquisse, conformément au code de la commande publique. Le lancement des candidatures est prévu pour le 1ᵉʳ février 2026. Trois équipes au maximum seront admises à concourir, sous réserve d’un nombre suffisant de candidatures recevables.
Chaque équipe ayant remis un projet percevra une prime de 15 000 euros hors taxes. Le jury, composé de représentants de la maîtrise d’ouvrage, de personnalités qualifiées et de professionnels disposant des compétences requises, examinera les projets de manière anonyme avant la désignation du lauréat.
Des innovations toujours d’actualité
Ingénieur et constructeur à Châteauneuf sur Loire, Ferdinand Arnodin, à l’origine du pont, était un spécialiste des ponts à câbles à l’image des ponts transbordeurs. On lui doit certaines inventions encore utilisées de nos jours et qui avaient été utilisées à la construction du pont de la rivière de l’Est : le câble à torsion alternée qui augmente la résistance des câbles et la poutre de rigidité ou poutre Arnodin. C’est le garde-corps qui permet de rigidifier le tablier. Des techniques qui relancèrent à l’époque la construction de ponts suspendus après plusieurs échecs dans le monde. Des techniques que le public pourra découvrir, ainsi que des plans et pièces d’origine.

Son aspect originel de 1893
Ce concours constitue une nouvelle étape dans la valorisation du pont suspendu de la rivière de l’Est, restauré au terme d’un chantier de plus de vingt mois et de plus de 16 millions d'euros . Un chantier spectaculaire, qui a permis de sauver le pont, rongé par la rouille et qui menaçait un jour de s’effondrer, mais aussi de lui redonner son aspect originel de 1893.
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La solidité de l’ouvrage est maintenant quasi à toute épreuve. Le pont est capable de résister à des vents de 250 km/h et même au-delà. La raison est à trouver du côté du nombre de câbles, deux fois plus nombreux désormais à soutenir le pont, comme ce fut le cas à son origine. A son inauguration, il y en avait huit contre quatre avant le chantier. Cela alors que trois suffirait grâce à la qualité des aciers d’aujourd’hui, plus résistants, pour un poids identique. Résultat : les câbles ne sont désormais sollicités qu’à 10% de leur tension maximum.
Après la sauvegarde structurelle de l’ouvrage, la Cirest entend désormais inscrire durablement le site dans une dynamique de découverte, d’interprétation et de développement touristique du territoire Est.


