Huit ans après, le procès lunaire d’un passage à tabac pour une cigarette

Quatre hommes se retrouvaient jugés en 2025 pour des faits de vol et violences commis en… 2017, au terme d’une enquête pour le moins baroque.
« De l’archéologie judiciaire », reconnaît mardi 25 novembre 2025 le procureur au moment de prendre ses réquisitions dans un dossier qui remonte à… 2017. A la barre du tribunal correctionnel de Saint-Denis, un père, son fils et son neveu, auxquels s’ajoute, en visioconférence depuis une prison de métropole, un trentenaire saint-andréen.
Ils doivent répondre de violences et de vol aggravés, comme le leur rappelle le président Bernard Molié qui tente de remonter le -très long- fil des événements.
Tabassé et dépouillé
Le 8 avril 2017, un homme se rend à la gendarmerie de Bras-Panon après s’être réveillé la veille dans une ruelle de Saint-André le visage en sang, sa voiture fracassée au pied-de-biche et son téléphone portable envolé. Il dépose plainte, se rappelant seulement avoir été pris à partie par un groupe d’hommes peu de temps après avoir eu une altercation dans un bar pour avoir refusé une cigarette à un homme alcoolisé.
Trois ans pour une audition
Il faudra attendre un an et demi, et que la victime mène sa petite enquête, pour que des surnoms de suspects apparaissent en septembre 2018. Mais ce n’est qu’en 2020 que les gendarmes entendent l’un des mis en cause comme témoin, lui posant des questions dans lesquelles « c’est l’un des autres suspects qui est présenté comme la victime », note le président perplexe.
L’enquête est reprise en 2022 par le commissariat de Saint-André, qui tente de s’y retrouver dans les différents ti noms gâtés des suspects, dont le dernier est entendu en… 2023.
"Enquête imparfaite mais suffisante"
A la barre, deux des mis en cause nient complètement les faits, deux autres reconnaissent vaguement des coups mais à un autre moment de la journée. Au point que le président fait défiler les prévenus présents devant la caméra pour être certain que celui qui est en métropole parle bien des même personnes…
« Une enquête imparfaite mais suffisante, car il y a bien une victime d’un passage à tabac pour un motif futile », note Me Guillaume Motos pour la partie civile. « Les faits ne sont pas prescrits, et il y a un préjudice à réparer », renchérit le ministère public en requérant des peines de six mois de prison avec sursis.
"Surprenant", "ubuesque"
« Un dossier surprenant, où il n’y a aucune preuve matérielle, aucune confrontation avec la victime », déplore Me Céline Cauchepin en défense. « Procédure ubuesque », ajoute Me Fabian Gorce, « on est loin du droit à être jugé dans un délai raisonnable, pour une enquête qui n’avait rien de complexe. »
Alors que le tribunal rend son délibéré, le président concède « qu’on ne peut pas se féliciter de cette procédure. » « Mais il n’en demeure pas moins », ajoute-t-il à l'intention des prévenus, « qu’il y a suffisamment d’éléments pour tous vous déclarer coupables. »
Les peines prononcées tiennent compte néanmoins de ces balbutiements judiciaires : les prévenus écopent de peines allant de deux à quatre mois de prison avec sursis.


