Saint-Denis : ils chassaient en meute des proies appâtées sur Marketplace

Mardi, deux jeunes appartenant à une bande implantée dans le quartier Saint-Jacques ont été condamnés à 18 mois ferme et à un an de prison avec sursis. En 2023, ils avaient pris part à une vague d’extorsions de fonds par le biais d’une annonce postée sur Marketplace.
Des deux prévenus, aujourd’hui retirés à Mayotte, un seulement fait face au tribunal judiciaire de Saint-Denis pour répondre d’extorsion avec violences. Houssame M., 24 ans, comparaît en visio-conférence depuis l’île aux parfums où il est mis en examen et incarcéré dans un autre dossier remontant à l’année 2022, suspecté d’avoir pris part à un assassinat.
Avant cela, entre 2019 et 2021, le jeune père de famille a été condamné à quatre reprises par le tribunal judiciaire de Mamoudzou pour des faits de violences en réunion, d’attroupement violent, de vol en réunion ou encore de violences sur personne dépositaire de l’autorité publique. Son palmarès, éloquent en dépit de son jeune âge, n’est pas anodin.
Le piège de l’iPhone 13 à 500 euros
Il explique en grande partie son arrivée en janvier 2023 à La Réunion « pour changer de situation » car « c’est vraiment sauvage ici… », ajoute-t-il sans ciller en parlant de Mayotte. « Où étiez-vous hébergé à La Réunion ? », poursuit la présidente. « Chez un cousin pour chercher une formation en alternance », raconte-t-il. En vérité, il renoue bien vite avec ses vieux démons. A peine arrivé, il intègre une petite bande composée de huit délinquants de sa trempe, des mineurs pour l’essentiel. Leur mode opératoire est ma foi assez simple.
Ils profitent de l’engouement pour les ventes en ligne sur la plateforme Marketplace (Facebook) où l’on trouve de tout. Pêle-mêle, il y a ceux qui se débarrassent en toute légalité de leurs effets personnels mais d’autres aussi qui traficotent en proposant de vendre leurs charmes, de la drogue et des liasses de faux billets par exemple. Pour leur part, ils passent une vrai-fausse annonce dans l’espoir de piéger de futurs clients. Ils les font saliver en leur proposant un iPhone 13 à 500 euros. Une aubaine pour le prix à l’époque à La Réunion.
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Guet-apens en série dans le quartier Saint-Jacques
Le 17 janvier 2023, Houssame M. est en embuscade dans le quartier Saint-Jacques avec d’autres membres de la bande. Très vite, l’acheteur ne fait plus face à un vendeur unique mais à trois autres agresseurs venus prêter main forte. Frappé à la poitrine et menacé avec un couteau, l’homme est dépouillé des 600 euros qu’il a sur lui et de sa carte bleue, utilisée dès le lendemain pour régler des achats. Blessé, il sera crédité de trois jours d’arrêt de travail.
Les policiers en charge de l’enquête font immédiatement le lien avec une agression similaire qui a eu pour théâtre le même parking du quartier Saint-Jacques la veille au soir. Le piège à l’iPhone 13 sur Marketplace s’est refermé sur un autre candidat. Dans la ruelle Pavé, le client et un camarade se sont retrouvés face à huit individus déterminés. Fouillé, frappé et victime d’un jet de pierre, l’acheteur parvient malgré tout à s’enfuir avec son dalon.
« Vous êtes pourtant décrit comme celui qui a donné des coups »
Le petit manège de la bande va s’étirer de janvier à mai 2023 jusqu’à ce que les enquêteurs parviennent à les retracer et les identifier un à un au fil des semaines, grâce aux images de caméras de vidéo-surveillance. En garde à vue, Houssame M. reconnaît qu’il était bien sur place le 17 janvier au soir. Comment pourrait-il en être autrement puisque son téléphone a borné sur les lieux de l’extorsion de fonds ? Par contre, il livre une version édulcorée de son rôle.
A l’écouter, il aurait juste raflé l’argent et la carte bleue avant de prendre ses jambes à son cou. Il prétend même être allé au lieu de rendez-vous sans savoir ce qui se tramait. Il se souvient tout juste de celui qui a organisé le rendez-vous. « On m’avait dit que c’était un petit truc à faire pour gagner de l’argent. Comme j’étais en galère, j’ai juste pris l’argent et je suis parti direct », explique-t-il en toute décontraction. « Vous êtes pourtant décrit comme celui qui a donné des coups », objecte la présidente. Houssame M. élude la question par un silence qui en dit long.
« Une délinquance de meute »
Pour l’agression du 16 janvier 2023, il faut se contenter des éléments de l’enquête en l’absence du prévenu jugé mardi, Maoulida M. « Il est sous contrôle judiciaire mais il est difficile de le mobiliser », indique la présidente. Face aux policiers, il avait reconnu sa présence mais il ignorait soi-disant qu’il s’agissait d’une arnaque sur l’instant. Un peu comme s’il avait participé à l’insu de son plein gré. L’extorsion de fonds a finalement échoué grâce à la résistance de la victime et de son camarade.
« Nous avons mis un coup d’arrêt à cette longue série d’extorsion de fonds qui a fait plusieurs victimes. Elle est l’œuvre d’une délinquance de bande, de route et de meute qui est dans la démonstration de force », résume la procureure de la République, Véronique Denizot. « C’est un phénomène de violences en bande qui a pour terreau d’agglomérer de jeunes hommes originaires de Mayotte et qui sont venus à La Réunion pour des raisons mal définies. Sans emploi, ils commettent des faits particulièrement graves et une de leurs caractéristiques est leur facilité à disparaître », poursuit la magistrate.
Des réquisitions en fonction du profil
La procureure requiert une peine de 18 mois de prison ferme à l’encontre de Houssame M., le récidiviste, dont elle souligne « les pertes de mémoire alors qu’il est mis en cause par des complices et que les victimes disent qu’il a porté des coups ». Pour Maoulida M., la procureure estime qu’il a eu « un rôle actif en toute connaissance de cause même s’il n’est pas le meneur ».
Elle réclame à son égard une peine moins conséquente d’un an de prison avec sursis probatoire, précisant qu’il n’a pas encore de casier judiciaire et qu’il a actuellement un emploi à Mayotte. Son avocate plaide la relaxe au bénéfice du doute. Elle s’appuie aussi sur son « profil correct » et son emploi d’agent de tranquillité publique dans une mairie de l’île Hippocampe.
Le tribunal a finalement suivi les réquisitions du ministère public à la lettre. Les juges permettent en outre que la condamnation de Maoulida M. ne figure pas sur le bulletin numéro 2 de son casier judiciaire pour lui permettre de rejoindre prochainement le RSMA.


