Huit ans après le naufrage tragique du Maeva 4, la fin d'un calvaire judiciaire

Le 29 avril dernier, la chambre criminelle de la cour de cassation a rendu un arrêt prononçant la condamnation définitive de la société Maévasion suite au drame qui avait coûté la vie à deux passagers et au mécanicien du Maéva 4 en juin 2017.
La société Maévasion, dirigée par Rodolphe Jauneaud et Philippe Poisson, vient d'être définitivement condamnée à 150 000 euros d'amende pour homicides et blessures involontaires par personne morale. Elle écope en outre d'une interdiction définitive d'exercer. L'arrêt de la chambre criminelle de la cour de cassation qui le stipule a été rendu le 29 avril dernier à Paris à la suite d'une ultime tentative de la société incriminée d'obtenir une relaxe dans une procédure qui s'est étirée pendant huit longues années.
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De manière accessoire, la société Maévasion a obtenu l'annulation de 10.000 euros de dommages et intérêts que la cour d'appel avait accordés à Michèle Malbranque en réparation de la perte de chance de survie de son compagnon Philippe et de leur fils Jonathan, tous deux décédés au cours de la tragédie. Au titre de la procédure engagée devant la plus haute juridiction, la société incriminée devra verser la somme de 7 500 euros au nom de l'article 618-1 recouvrant tout ou partie des frais d'avocats de la partie adverse et, bien évidemment, en sus de ses propres dépenses de justice.
Une longue épreuve
Cette décision met donc un terme à une longue et douloureuse épreuve pour les parties civiles, la famille du mécanicien décédé ce jour-là mais aussi celle de Michèle Malbranque, elle-même passagère du Maéva 4 au moment du drame. Très grièvement blessée, la mère de famille avait appris à son réveil à l'hôpital que Jonathan, son fils de 22 ans, avait péri lors du naufrage et que le compagnon de sa vie, Philippe, était porté disparu en mer.
Beaucoup, ici à La Réunion et ailleurs, ont encore en mémoire l'issue tragique de cette partie de pêche au gros à bord d'une embarcation touristique de la société Maévasion. Aux environs de 15 heures, le Maéva 4 s'était présenté à marée haute, à l'entrée du port de Saint-Gilles. Une houle de 8 à 10 mètres, combinée à des défauts d'anticipation et de manoeuvre de la part du skippeur chargé de zamal, faisait chavirer le bateau. Le bilan était lourd avec deux morts, un disparu et des blessés en état de choc.
“La vague monte derrière nous. On va la surfer. Quand le bateau est aux trois-quarts de la vague et là on est tous projetés comme des frisbees”, témoignait Michèle Malbranque, survivante de la catastrophe qui a coûté la vie à son compagnon et à leur fils unique. Aspirée au fond de la mer, fracassée contre les rochers puis recrachée à la surface par des flots déchaînés, la mère de famille avait le sentiment de s'être retrouvée “dans un tambour de machine à laver en plein essorage”.
“Une libération phénoménale”
Dans ce chaos, elle apercevait furtivement son fils qui lui disait : “Maman dépêche-toi, nage et sors.” Et de préciser : “En fait, il se vide de son sang et il pense aux requins.” Michèle Malbranque est la dernière que les secours vont libérer des flots en furie. “Vous vous battez pendant 40 minutes dans l'eau pour ne pas mourir car vous vous dîtes que vous ne pouvez pas imposer ça à votre fils et à l'homme qui vous aime. Alors, quand vous êtes en soins intensifs et qu'on vous dit : votre fils est décédé et votre mari a disparu en mer... Vous vous dites pourquoi je ne suis pas restée dedans.”
D'un courage exceptionnel et d'une pugnacité exemplaire, Michèle Malbranque s'est battue pendant huit ans pour que la société Maévasion, et à travers elle ses responsables, soit définitivement condamnée pour la longue série de défaillances à l'origine de la tragédie. Bien sûr, elle sait depuis le début que ni la justice ni personne d'autre ne lui rendra les êtres aimés qui faisaient son bonheur. Mais cet âpre combat était nécessaire à sa reconstruction et garant aussi de l'espoir de retrouver un jour un peu de sa joie de vivre. “La fin du procès est une libération phénoménale car il met un terme à un bras de fer à la fois très lourd et très long”, a sobrement confié Michèle Malbranque à Zinfos974.
Chronologie de la tragédie du Maévasion
25 juin 2017 : le naufrage du Maéva 4. Deux morts, un porté disparu et quatre blessés sont à déplorer.
4 juillet : Loïc Jauneaud, le capitaine et skipper du Maéva, est mis en examen pour blessures et homicides involontaires.
Juillet 2018 : la mise en examen est aggravée. Le rapport de toxicologie a révélé que Loïc Jauneaud était sous l'emprise de produits stupéfiants.
17 novembre : Philippe, porté disparu, est déclaré décédé par le tribunal. La tragédie du Maévasion a officiellement coûté la vie à trois personnes.
Janvier 2019 : la société Maévasion de Rodolphe Jauneaud et Philippe Poisson est mise en examen à son tour, en qualité de personne morale.
9 mars 2020 : le skippeur du Maéva 4 met fin à ses jours.
29 octobre 2021 : le tribunal correctionnel de Saint-Denis condamne la société Maévasion à 150 000 euros d'amende
26 janvier 2023 : la cour d'appel de Saint-Denis confirme la condamnation de la société Maévasion à 150 000 euros d'amende et à une interdiction professionnelle définitive.
29 avril 2025 : la chambre criminelle de la cour de cassation prononce la condamnation définitive de la société Maévasion.





