Agression de Christopher Caroupaye : "Ce n'est pas la cocaïne qui a porté les coups de couteau"

Presque trois ans après les faits, l'agresseur de Christopher Caroupaye comparaissait ce vendredi 20 juin devant le tribunal correctionnel de Saint-Denis pour des faits de violences avec arme. Ouverte au départ pour des faits criminels de tentative de meurtre, l'affaire a finalement été correctionnalisée. Gravement blessée au visage et au bras, la victime a reçu une ITT de 120 jours et porte aujourd’hui des séquelles permanentes.
Tout commence le 4 août 2022 à Saint-André aux alentours de 22 heures. Teddy A. a rendez-vous avec son ami Jean-Christopher Caroupaye pour un deal de cocaïne. Comme l’indique le prévenu à la barre : « J’avais déjà acheté 1 gramme dans la journée et venais pour lui en acheter 3 pour 450 euros. » Sauf que le deal a mal tourné. En effet, le mis en cause sait pertinemment qu’il n’a pas d’argent sur lui et, sans surprise, la victime refuse de lui en donner. Dans un accès de violence extrême, Teddy A. se saisit du couteau qu’il a dans sa sacoche et assène de nombreux coups au visage, à la main et au bras de la victime, qui ne peut se défendre, assise dans son véhicule.
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Afin de le faire lâcher prise, Christopher Caroupaye tente de faire marche arrière mais son agresseur ne lâche pas. Il décide, dans un dernier geste de survie, de percuter le mur situé devant son stationnement. Teddy A. lâche prise et tombe au sol. La victime sort de son véhicule et se fait à nouveau agresser par son dalon, qui tente de l’étrangler. Il ne doit son salut qu’à deux individus qui s’arrêtent en voyant l’agression. Teddy s’enfuit et les deux témoins trouvent un homme maculé de sang, gisant au sol. Les secours et la police interviennent suite à leur appel.
La victime est transportée au CHU en urgence absolue et sera opérée à son arrivée. Le certificat médical fait état d’une plaie cervicale profonde, d’une section du nerf facial et de plusieurs coups de couteau au bras et à la main. Il garde les séquelles d’une paralysie partielle du visage. Une ITT de 120 jours lui est délivrée.
Teddy A. est, lui, interpellé à 23 h 20 en état d’ivresse et sous stupéfiants. Avant l’interpellation, la police a perquisitionné le véhicule de la victime dans lequel se trouvent l’arme de l’agression, trois pochons de cocaïne de 105, 102 et 87 grammes ainsi que 1 635 euros en liquide. Il est placé en garde à vue, mis en examen pour tentative de meurtre et placé en détention provisoire. Lors de l’instruction du dossier, il apparaît qu’il change souvent de version sur le déroulé des faits. Pour autant, la scène a été immortalisée par les caméras de surveillance, où les enquêteurs constatent qu’il s’approche de la voiture et commence à porter des coups de couteau 17 secondes plus tard. L’agression dure 40 secondes avant que le véhicule de la victime ne commence à bouger.
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« J’ai sorti mon couteau, je n’ai pas réfléchi »
À la barre ce vendredi, le prévenu reconnaît toujours les faits. Il explique qu’il voulait juste de la cocaïne et que le refus de la victime a entraîné cette réaction d’ultra-violence. « On avait une relation amicale dans le contexte de la drogue car c’est mon dealer. Quand il a refusé et m’a demandé de l’argent, j’ai sorti mon couteau, je n’ai pas réfléchi », lâche-t-il au tribunal. Tout comme la présidente, il regrette que la victime ne soit pas présente à l’audience. La première pour ses explications et le second pour lui demander pardon. Il soutient qu’il n’a pas visé le visage et s’être arrêté quand la victime lui a demandé « pourquoi tu me fais ça ». Il dit avoir alors pris conscience de ses actes à cet instant. « Ça fait trois ans que je cherche mais je n’ai toujours pas trouvé », répond-il lorsque la présidente lui demande « pourquoi ? ».
L’expertise psychiatrique du prévenu indique qu’il ne présente pas de dangerosité, sauf en cas de consommation de stupéfiants, et que le risque de récidive est faible s’il y a sevrage. L’expertise note un sentiment de frustration et de colère au moment des faits et préconise une prise en charge du prévenu.
« C’est une agression des plus violentes que mon client a subie », fustige la partie civile. « Il se présente et porte le premier coup après 17 secondes. Il est venu dans une toute autre optique que le deal. Comme le dit la victime : “il vient et il m’attaque.” L’agression au couteau dure 40 secondes, c’est très long. Le temps s’est figé tel l’éternité où il a cherché à sauver sa vie », plaide la robe noire qui demande une expertise médicale, un renvoi sur intérêts civils ainsi que la restitution des 1 635 euros saisis dans la voiture.
« On ne trouve que des mares de sang dans la voiture et à terre »
De son côté, la procureure de la République fustige « une scène de violence qui dure 40 secondes », et d’ajouter : « On ne trouve que des mares de sang dans la voiture et à terre. » Pour la magistrate, « il paraît difficile d’argumenter face à cela et de justifier les faits par un contexte de deal même s’il existe. On est saisi d’une rage addictive en rapport avec les stupéfiants, ce qui représente une circonstance aggravante. Ce n’est pas la cocaïne qui a porté les coups de couteau », tance la procureure. Elle requiert une peine de 6 ans de prison sur les 7 encourus et conclut : « La victime a été défigurée. »
« Je suis abasourdi par les réquisitions du parquet », répond la défense. L'avocat estime qu’il ne s’agit pas de « blanchir un acte violent » mais de « comprendre les raisons pour lesquelles il a asséné ces coups de couteau ». L’homme de loi insiste : « Vous devez entendre qu’il s’agit d’un trafiquant de drogue – la victime – et je me permets de le dire car je me demande pourquoi il n’est pas poursuivi pour ces faits. » La défense explique au tribunal que son client est « un toxicomane qui se ruine pour ça », et de conclure : « Médicalement, on peut dire qu’il est sous le coup d’une abolition du discernement car c’est quelqu’un de malade, même si on ne peut le dire juridiquement. Je vous demande une peine moins sévère et un suivi. »
Après une courte délibération, le prévenu est déclaré coupable et condamné à la peine de 6 ans de prison avec maintien en détention. Le tribunal retient une scène extrêmement violente, l’enquête parlant d’« une boucherie », et qualifie ces faits d’extrêmement graves. Sans rapport avec un deal de drogue, le tribunal ordonne la restitution des 1 635 euros. Il s’agissait de l’argent venant de l’entreprise de la victime.


