“Pourquoi forcer l'enfant à voir le parent violent ?”

La présidente de l'association "Écoute-moi, protège-moi, aide-moi", Jessy Yong Peng, déplore le manque de moyens donnés pour écouter et étudier la parole des enfants victimes de violences.
L'association "Écoute-moi, protège-moi, aide-moi" œuvre pour faire entendre la voix des enfants victimes de violences. Dans l'intérêt de l'enfant, “le premier conseil que je peux donner, c'est de bien mentionner dans la plainte que les violences conjugales ont été faites en présence de l'enfant. Il faut bien relire sa plainte parce que c'est de là que tout part. C'est de là que l'intérêt de l'enfant prime”.
Un avocat pour les enfants
L'intérêt de l'enfant, c'est aussi pour Jessy Yong Peng d'avoir un avocat qui le représente de manière “systématique”. Elle souligne que même lorsque la victime (souvent la mère) parvient à déposer plainte, la confusion émotionnelle et juridique demeure forte. Que va-t-il se passer ? Aura-t-il le droit de voir les enfants ? Pourra-t-il faire pression ?... Autant de questions qui nécessitent dans la troisième étape de saisir en parallèle le juge aux affaires familiales afin de protéger l’enfant au plus vite, recommande la présidente de l'association. En cas de danger grave et imminent, une ordonnance de protection immédiate peut être demandée.
Une parole trop peu écoutée
Les dispositifs existent mais sont encore trop peu efficients pour protéger les victimes. Rarement les professionnels prennent le temps de rencontrer l’enfant et encore moins d’analyser ce qu’il exprime. "Trop souvent, l’enfant est forcé à maintenir un lien avec le parent, même lorsqu’il s’y oppose. Est-ce vraiment dans son intérêt ? J’en doute sincèrement. Alors qu'il y a parfois simplement besoin d’un espace sécurisé, d’une bulle d’oxygène".
Des outils juridiques encore peu utilisés
Si des avancées législatives ont vu le jour — comme la loi de mars 2024 qui autorise le retrait automatique de l’autorité parentale en cas de condamnation pour violences conjugales — leur application reste timide. Jessy Yong Peng déplore que les mères aient encore peur d’être accusées de non-représentation d’enfant ou de manipulation.
Les associations de lutte contre les violences intrafamiliales rappellent en effet régulièrement que ces représentations sexistes, comme celle de la "mère manipulatrice" ou de la "femme perfide" avaient trouvé un temps une légitimité médicale à travers le syndrome d’aliénation parentale (SAP) développé par le psychiatre Gardner. Aujourd’hui, le concept controversé n'est pas reconnu par la communauté scientifique. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a d'ailleurs écarté le syndrome de l'aliénation parentale de sa Classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé connexes. Pourtant, cette idée continue d’influencer certaines décisions de justice. "Il arrive même que des juges fassent pression pour imposer des visites médiatisées", confie-t-elle.
Appliquer le principe de précaution face aux violences dénoncées
La présidente d'association plaide donc pour une application systématique du principe de précaution, en particulier lorsqu’une enquête pénale est en cours. "Pourquoi forcer un enfant à voir son parent alors que toute la lumière n’a pas encore été faite ? Peut-on vraiment être un bon parent quand on est un conjoint violent ?" interroge-t-elle.



