Agressions sexuelles : quand des dossiers classés sans suite refont surface au tribunal

Un homme de 38 ans a été condamné ce mardi à 3 ans de prison pour l'agression de deux adultes et deux mineures de 15 ans entre 2016 et 2022. Si les trois premières plaintes avaient été classées sans suite à l'époque des faits, faute d'éléments matériels, la concordance avec la dernière plainte a permis de juger l'ensemble de ces affaires. Il a été condamné à 3 ans de prison ferme.
En septembre 2022, une jeune fille de 15 ans vient déposer plainte. Le matin même, alors qu'elle attendait le bus pour se rendre à l'école, un ami de la famille lui a proposé de la déposer en voiture. Ce dernier prétexte devoir imprimer des documents dans l'entreprise où il travaille avant de la déposer à l'école. Il s'est assuré au préalable que son collègue était bien absent.
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Arrivé sur le site, il commence alors à la toucher de force, exige qu'elle l'embrasse et lui propose de la “dévierger”. Il finit par s'arrêter devant son refus, mais la prévient de n'en parler à personne. Heureusement, l'adolescente va directement se confier à ses amis et à la direction de l'établissement, qui va immédiatement contacter les forces de l'ordre.
Alors que l'affaire devait être jugée en comparution immédiate, les enquêteurs vont rapidement déterrer d'autres plaintes contre Louis*. En 2019, alors qu'il était conducteur de bus scolaire, il avait également agressé sexuellement une autre adolescente de 15 ans dans son bus, lui proposant à elle aussi de la “dévierger”. L'instruction du dossier était toujours en cours.
Il se considère victime d'un complot
Face aux magistrats, le prévenu nie les faits comme au premier jour. Pour la première adolescente, il affirme qu'il ne faisait que se chamailler et que sa main aurait “accroché le t-shirt”. Pour l'autre, il explique que c'était pour se venger de ne pas l'avoir laissé entrer dans le bus sans sa carte. Surtout, il estime que c'est un complot contre lui. Et lorsque les magistrats lui demandent les raisons de cet acharnement contre lui, il répond que c'est “pour plein de choses”, sans plus de précisions.
“Elles connaissaient mes problèmes, les plaintes contre moi. Elles ont trouvé où appuyer. C'est de ma faute, j'ai dit tout haut que deux filles avaient porté plainte contre moi”, affirme-t-il. Et ces deux plaintes, ce sont celles de deux anciennes collègues de formation pour des tentatives de viol. À chaque fois, il avait réussi à les isoler pour les attoucher avant d'exiger des rapports. Les plaintes, déposées en 2016 et 2017, avaient été classées sans suite faute d'éléments. Mais le “modus operandi étant le même”, le parquet de Saint-Pierre a joint de nouveau ces affaires au dossier.
“À mon âge, si je veux une femme, je sais comment leur parler. Je n'ai pas besoin de les agresser”, se défend Louis. Selon lui, l'une d'elles avait déposé plainte pour récupérer le CDI qui lui était promis. Concernant une possible entente des deux femmes contre lui, la procureure va expliquer qu'elles se détestent cordialement. Ce qui ne manque pas de faire rire le prévenu.
Les procédures révèlent un même mode opératoire
“On se retrouve face à un individu qui a commis des faits similaires. On a une litanie de témoignages sur son lieu de travail. L'expert psychiatrique confirme le stress post-traumatique chez l'une des jeunes filles. Les procédures révèlent un même mode opératoire : il isole avant d'attoucher. Les victimes ont maintenu leur version, même en confrontation. En face, on a juste des dénégations douteuses et des explications peu crédibles”, argue la procureure. Elle requiert donc une peine de 5 ans de prison, dont 3 ans assortis d'un sursis probatoire de deux ans, une interdiction de toute activité en lien avec des mineurs et son inscription au Fijais, le fichier des délinquants sexuels.
Le tribunal va aller plus loin en le condamnant à trois ans de prison ferme avec mandat de dépôt à effet différé, assorti d'un suivi socio-judiciaire de 5 ans. Il a interdiction de toute activité avec les mineurs pendant 5 ans. En cas de non-respect des obligations, il encourt 2 ans de prison supplémentaires. Il a fait appel de la décision.


