Les maires veulent reprendre la main sur l’attribution des logements sociaux

Plusieurs maires de La Réunion réclament plus de pouvoir sur l’attribution des logements sociaux dans leurs communes. Face à la montée des violences et à une forte demande locale, ils veulent privilégier leurs habitants et remettre en question le rôle des bailleurs sociaux et de l’État dans le processus de répartition des logements.
Face à la montée des violences et à la pression sur le logement social, plusieurs maires de La Réunion montent au créneau pour réclamer un pouvoir accru dans l’attribution des logements sociaux sur leur commune. Leurs revendications s'inscrivent dans un contexte de tensions croissantes, notamment liées au phénomène des violences de bandes et à l'afflux de demandeurs de logements venant d'autres territoires.
Un premier coup de semonce venu du Tampon
C’est le maire du Tampon, Patrice Thien-Ah-Koon, qui a lancé le débat lors de ses vœux de début d’année. Il a dénoncé un système d’attribution géré par l’État qui, selon lui, ne prend pas en compte les besoins des habitants de sa commune. Il s’inquiète notamment du dispositif DALO (Droit au logement opposable), qui permet aux demandeurs de logements, même extérieurs à la commune, d’accéder à un logement social sans que les élus locaux aient leur mot à dire.
"Ceci explique l'exaspération des Réunionnais. Ils ne comprennent pas pourquoi ils attendent un logement depuis de nombreuses années", a-t-il déploré. Pour marquer son opposition, il a annoncé qu'il suspendrait la signature de nouveaux permis de construire pour les bailleurs sociaux tant que les conditions d’attribution des logements ne seraient pas revues.
Saint-Benoît et L'Étang-Salé emboîtent le pas
À l’issue de la réunion en préfecture sur la lutte contre les violences de bandes, Patrice Selly, maire de Saint-Benoît, a repris l’idée d’un contrôle renforcé par les maires. Sa commune, durement touchée par ces phénomènes, voit d’un mauvais œil l’attribution de logements sociaux à des personnes venant de l'extérieur sans concertation locale.
"Un sujet sur lequel il faudra aller plus loin, c'est la question du peuplement de nos quartiers à travers les pouvoirs qui sont attribués au maire dans l'attribution des logements sociaux. Même si les maires ont la possibilité d'attribuer un logement via un quota qui leur sont réservés, il y a aussi des décisions prises unilatéralement par le préfet ou le bailleur et qui ne favorisent pas la mixité dans nos quartiers. Donc, c'est un sujet sur lequel j'ai demandé au préfet d'approfondir la réflexion en vue d'une modification des textes législatifs réglementaires dans les mois à venir".
Patrice Selly
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Même son de cloche du côté de Mathieu Hoarau, maire de L'Étang-Salé, qui s'est exprimé sur ses réseaux sociaux après l’inauguration de 36 nouveaux logements sociaux. Il s’inquiète du fait que près de la moitié des demandes de logement dans sa commune viennent de l’extérieur et plaide pour une révision des critères d’attribution.
"Tant qu'il n'y a pas de table ronde, tant qu'il n'y a pas de discussion avec les bailleurs sociaux et les services de l'État sur les critères d'attribution, chez nous, comme pour la mairie du Tampon, plus aucun permis de construire ne sera signé, plus aucune garantie d'empreint ne sera signée, quel que soit le bailleur. Tant qu'on n'a pas la certitude que nous, mairie, on puisse reloger notre population à nous et qu'on puisse, une bonne fois pour toutes, dire que le maire récupère son pouvoir qui existait dans le temps, à savoir l'attribution des logements aux familles dans l'urgence de l'Étang-Salé. Il est inconcevable qu'aujourd'hui, on ait 840 demandes et que les urgences dans la ville de l'Étang-Salé ne soient pas traitées au détriment des urgences extérieures."
Mathieu Hoarau
Comme au Tampon, il conditionne désormais la délivrance des permis de construire et des garanties d’emprunt à l’organisation d’une réunion avec les bailleurs sociaux et l’État.
Des inquiétudes sur la montée de la délinquance
En coulisses, plusieurs élus expriment une préoccupation majeure : la gestion des populations en difficulté par les bailleurs sociaux. De nombreux élus dénoncent un phénomène récurrent où des résidents posant des problèmes dans une résidence sont relogés ailleurs, transférant ainsi les tensions et la délinquance d'une commune à une autre.
Pour ces édiles, il est essentiel de retrouver une maîtrise sur l'attribution des logements sociaux afin de favoriser une meilleure intégration des nouveaux résidents et d'éviter la création de zones à risque. Une demande qui risque de se heurter aux prérogatives de l'État et des bailleurs sociaux, mais qui illustre un malaise grandissant parmi les élus locaux et plus généralement au sein de la population.


