Rixe entre bandes rivales : le tribunal tape fort et envoie un message clair

Trois jeunes majeurs avaient à répondre de violences aggravées par trois circonstances dont la préméditation devant le tribunal correctionnel de Saint-Denis ce mercredi 5 février. Ils devaient aussi répondre de participation à un groupement en vue de la préparation de violences. Ils font partie d'un groupe de jeunes venus en découdre dans un esprit de vengeance dans le contexte actuel de rixe entre bandes rivales.
S'ils sont trois à la barre du tribunal, ils étaient presque une dizaine avec trois voitures à être partis en expédition punitive le 18 janvier dernier à Sainte-Marie. Tout part d'une agression dans le quartier de la Chaumière à Saint-Denis où un jeune est victime d'un coup de couteau dans la cuisse. À la vue de la violente agression, ses dalons se mettent immédiatement en quête de retrouver l'auteur qui vient de Sainte-Marie. Ils partent à trois voitures et, arrivés à destination vers 23 heures, tournent pour trouver leur cible, certains à pied et d'autres véhiculés. Soudainement, ils aperçoivent un individu qui se met à courir et, sans réfléchir, le prennent en chasse.
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Le pauvre homme n'échappera pas à la vindicte de ses agresseurs. Ils le rouent de coups à même le sol avec pieds et poings, mais aussi avec des sabres et des sacoches plombées. La victime ne doit son salut qu'au courage d'une dame qui intervient en hurlant à leur encontre "arrêtez, vous allez le tuer". Ils finissent par lâcher prise et partir comme ils sont venus, permettant à la victime de s'enfuir. Le jeune homme s'en sort avec une ITT de 14 jours et une liste longue de 24 lignes de blessures sur le certificat médical. Une enquête est ouverte et met en exergue qu'il y avait entre 5 et 9 agresseurs, trois d'entre eux sont identifiés par la victime, qui au final, n'a rien avoir dans leurs histoires. Ils sont interpellés et jugés en comparution immédiate ce mercredi.
"Vous pouvez dire ce que vous voulez et nous prendre pour des idiots"
À la barre, les trois prévenus reconnaissent à minima avoir été sur les lieux et assurent "être venus pour parler". Houssaini A., 21 ans, prétend avoir fait semblant de frapper, car il connaissait la victime ; Ncolo M., 23 ans, conduisait, mais est resté dans la voiture, ce que confirment les deux autres. Reste Djamaldine H., 22 ans, qui lui reconnait avoir été en possession d'un sabre, mais jure ne pas s'en être servi. "Vous pouvez dire ce que vous voulez et nous prendre pour des idiots", leur indique le président après de telles explications sur leur participation. "On ne partait pas pour se venger", insiste Ncolo M, avant d'avouer : "Le sabre c'est pour me défendre, mais j'ai mis un coup de pied". Il finit par reconnaitre "ne pas être venu pour parler". Les deux autres restent sur leur positionnement.
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En pleine prise de conscience des pouvoirs publics sur ces phénomènes de rixe entre bandes rivales, il apparait que leur profil est du plus inquiétant puisqu'ils sont inconnus de la justice. "Ils sont tous les trois inconnus de la justice", relève à ce titre le parquet, qui note des "faits extrêmement graves qui sont une priorité de sécurité aujourd'hui". La magistrate estime que "les forces de l'ordre ont autre chose à faire et nous aussi" et ajoute : "On ne peut pas attendre qu'il y ait un décès pour sévir". Elle fustige qu'ils s'en prennent à "un innocent avec acharnement dans le seul but de le tabasser". La procureure requiert 3 ans de prison dont 1 an de sursis pour Houssaini A. et Djamaldine H., auteurs de violences, et 12 mois de prison dont 6 avec sursis pour Ncolo M. qu'elle qualifie de complice.
"S'il y a un sentiment de vengeance, il y a aussi un sentiment d'injustice"
"Tout est parti d'une altercation quand 10 individus venus de Sainte-Marie s'en sont pris gratuitement à eux", répond la défense qui poursuit : "Ils se sont fait agresser en premier lieu, c'est évident, mais il est clair qu'ils n'ont pas eu la bonne réaction. Ils vont en effet chercher leurs agresseurs sur un coup de sang. Pour autant, il est important de préciser qu'aucun d'eux ne fait partie d'une bande, ils ont suivi le mouvement".
La robe noire insiste sur le fait qu'ils ne cherchent pas "à fuir leurs responsabilités" et note que "s'il y a un sentiment de vengeance, il y a aussi un sentiment d'injustice au regard de la stigmatisation qu'ils subissent, alors même qu'ils sont victimes de rejet et de racisme". Les deux avocates de la défense plaident pour des peines justes au regard du contexte, préférant parler "d'effet de groupe", et rappellent qu'ils sont "primo-délinquants", ayant "un droit à l'erreur".
Après délibération, le tribunal reconnait deux prévenus coupables de violences et le troisième coupable de complicité. Le président relève "une scène d'une extrême violence à sept contre un", et prononce des peines de 3 ans de prison avec maintien en détention pour Houssaini A. et Djamaldine H., et 12 mois de prison dont 6 avec sursis pour Ncolo M. Ils ont interdiction de contact avec la victime, mais également de séjour à Sainte-Marie pour une durée de 3 ans. Ils sont en revanche relaxés pour les faits de participation à un groupement en vue de la préparation de violences, comme l'ont plaidé les deux défenses.


