Chronique judiciaire : Enceinte de son septième enfant, elle comparait pour des violences sur les deux plus jeunes

"Ça commençait dès le réveil à cause de la coiffure. Les filles n’aimaient pas ça et recevaient des coups si elles manifestaient leur mécontentement. Ça continuait le soir au moment des devoirs. Elles avaient des difficultés scolaires et pour la peine prenaient des coups de ceinture", détaille Me Guillaume Motos représentant les intérêts de deux fillettes âgées de huit et neuf ans.
Leur mère comparaissait ce vendredi devant le tribunal correctionnel de St-Denis pour avoir violenté deux de ses six enfants. À la barre, la trentenaire enceinte du septième ne paraît nullement déstabilisée devant la description faite par la présidente de l’audience. C'est par l’intermédiaire d’une dénonciation de l’établissement scolaire que tout a commencé en juillet 2022. Les traces suspectes présentes sur le corps des deux fillettes avaient alerté le personnel éducatif.
L'ainée avait été entendue et avait raconté qu’elle était régulièrement pincée, griffée et frappée avec une ceinture. L’autre s’était montrée beaucoup plus réservée et avait fini par se murer dans le silence après avoir évoqué un viol. La petite recevait également des coups de savate, des gifles et des coups de ceinture. "Les photos des blessures que vous avez infligées à vos filles sont difficiles à regarder tellement leurs corps en portent les stigmates", fustige la magistrate.
Reconnaissant une partie des faits, la mère minimise et explique qu’elle était dépassée par son travail et la gestion de ses marmailles. Les deux fillettes avaient été placées en 2021, avant les faits, chez la grand-mère du fait des carences éducatives que les services sociaux avaient observées. Puis, elles étaient revenues vivre dans le foyer familial, car la mamie n’arrivait plus à gérer le comportement des filles. Des mesures de visites médiatisées avaient été mises en place. Enfin, les deux enfants sont définitivement restées avec leur mère tout en subissant ses foudres régulières.
"Et ces deux traces de morsure adultes, est-ce que vous les reconnaissez ?", insiste la présidente du tribunal correctionnel. Mais la mère explique qu’elle ne sait pas ce qu'il en est. "Mes enfants se lavent tous seuls. Je ne les lave qu’une fois par semaine quand il faut leur faire un bon shampooing, alors personnellement, je n’ai rien remarqué". Les personnes présentes dans la salle d’audience baissent les yeux tellement elles sont choquées par ces déclarations.
Chaque enfant présentera 15 jours d’ITT, ce qui est loin d’être banal pour des enfants si jeunes dans le prétoire d’un tribunal correctionnel. La procureure de la République requiert 18 mois de prison avec sursis probatoire et une litanie d’obligations. Le tribunal a suivi cette proposition. Noémie C., une ancienne auxiliaire de vie, est condamnée à 18 mois de prison avec sursis probatoire. Elle a l’obligation de se soigner, de travailler et de suivre un stage de responsabilité parentale. Elle devra indemniser chacune de ses filles en leur versant 3.000 euros au titre des souffrances infligées.


