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Saint-Benoît : Pensant rencontrer une prostituée, il tombe dans un guet-apens

Deux jeunes majeurs comparaissaient ce lundi pour des faits d'extorsion avec violence commis le 16 février dernier à Saint-Benoit. Après 15 jours d'une minutieuse enquête, les militaires de la compagnie de gendarmerie de Saint-Benoit ont mis la main sur cinq individus dont trois mineurs qui seront jugés au tribunal pour enfant.
Ecrit par Régis Labrousse – le mardi 5 mars 2024 à 10H57

Les faits qui ont occupé le tribunal judiciaire de Saint-Denis, ce lundi 4 mars, sont particulièrement sordides. Le 16 février dernier, vers 20 heures, un jeune homme a rendez-vous sur le parking de Ludo-parc à Saint-Benoit. C'est via le site de rencontre Coco que le jeune homme de 25 ans doit rencontrer une jeune fille pour une relation tarifée dont le pseudo explicite est "Paye-moi". Arrivé sur place, il aperçoit une silhouette au loin qui lui fait signe. Il sort de sa voiture pour aller à sa rencontre lorsqu'en chemin, il reçoit un violent coup de bâton derrière la tête. Alors qu'il tombe à terre, quatre individus, dont certains cagoulés, lui tombent dessus et le rouent de coups : tout y passe, coup de pieds au visage, coups de poing et coups de genoux. 

Le jeune homme, qui tombe dans un véritable guet-apens, ne doit son salut qu'à une parole de la jeune fille disant à ses comparses : "C'est bon, c'est assez". Pour sa part, la victime explique aux enquêteurs lors de sa déposition : "C'était long, ils se sont acharnés. Je les suppliais d'arrêter, je me tordais de douleur". En plus de se faire tabasser, le jeune homme s'est en plus fait dépouiller de ses biens. Ils lui ont volé sa sacoche, son téléphone et 350 euros en espèce. Pour ne rien arranger, l'un des prévenus l'a menacé de mort avec un couteau de 30 cm pour obtenir le code de son téléphone.

"On s'est fait avoir, mais ce qui est fait est fait"

À la barre, les deux prévenus reconnaissent les faits. Etan E. et Aydid O., tous deux nés en 2004, expliquent qu'ils pensaient agir pour la "bonne cause". Ils indiquent au président que la jeune fille leur a demandé de le punir pour avoir violé sa jeune sœur. Selon eux, jamais "ils n'auraient participé à de telles violences si ça n'avait pas été le cas". "On s'est fait avoir, mais ce qui est fait est fait", lâche Aydid O. "Vous vous érigez en chevaliers et vous faites justice vous-mêmes", tance le président du tribunal. Le profil atypique des deux prévenus retient pourtant l'attention du tribunal. Aydid O. n'a pas de casier, est bachelier et travail en intérim, alors qu'Etan E. n'a qu'une mention à son casier. 

Pour autant, pas de quoi attendrir le procureur de la République pour qui les deux prévenus font "une entrée fracassante dans la délinquance". Le parquet poursuit ses réquisitions, rappelant que "ces faits extrêmement graves sont punis par une peine pouvant aller jusqu'à dix ans de prison', et de poursuivre, "ce qui interroge, c'est qu'ils ont mis en place un plan. Ils se cagoulent et prennent des armes, ce sont des méthodes de voyou", conclut le procureur qui requiert 24 mois de prison dont 14 mois de sursis pour Etan E. et 24 mois de prison dont 16 avec sursis pour Aydid O. Le parquet laisse à la diligence du tribunal la possibilité d'un aménagement de peine. 

"Elle a su jouer sur la corde sensible", répond la défense de Aydid O., ajoutant, "il se sent dupé par ce qu'il croyait être une amie". De son côté, la défense d'Etan E. estime que son client "assume sa part". "Il assume les faits et ne cherche pas à les minimiser", plaide la robe noire qui rappelle que son client est accessible à un sursis probatoire.

Après délibération, le tribunal condamne les deux prévenus à la même peine de 24 mois de prison dont 15 mois de sursis probatoire. Les neuf mois restants seront effectués sous la forme d'une détention à domicile sous bracelet électronique (DDSE). La victime n'étant pas présente à l'audience et ne s'étant pas constituée partie civile, elle ne sera pas indemnisée. 

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