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Import de cocaïne : "À ce rythme, dans 4 mois, on aura atteint les chiffres de 2023"

Un homme de 36 ans comparaissait ce vendredi devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis pour des faits de détention, de transport et d'importation de stupéfiants. En clair, le trentenaire a servi de "mule" pour tenter de faire entrer plus d'un kilo de cocaïne sur le territoire réunionnais.
Ecrit par Régis Labrousse – le lundi 4 mars 2024 à 10H25

Francis M., 36 ans, se présente à la barre du tribunal ce vendredi pour répondre de ses actes. Originaire de Martinique, il réside à Juvisy-sur-orge dans l'Essonne. Le 30 janvier dernier, il se pose à La Réunion et se fait contrôler par les douaniers dont le flair n'est plus à démontrer. Une fois encore, les agents tapent juste : le trentenaire transporte dissimulé dans son entrejambe 1 kilo et 76 grammes de cocaïne. Ajoutez à cela 96,5 grammes de résine de cannabis ainsi que 2750 euros en liquide et le voilà placé sous-retenue douanière. Il est ensuite placé en garde à vue durant laquelle il n'est pas très collaboratif. Présenté en comparution immédiate début février, il préfère demander un délai pour préparer sa défense. La deuxième audience a lieu ce vendredi 1 mars. 

À la barre arrive un homme à la carrure imposante. Il raconte avoir subi des pressions suite à une bagarre avec un caïd en métropole, qui, comme lui, est originaire de Martinique. Ayant pris le dessus sur lui, le caïd lui aurait interdit de mettre les pieds en Martinique : "Le gars fait partie d'un gang en Martinique. Ils ont des mitraillettes et des gilets pare-balles, je ne voulais pas me retrouver au milieu de ça. On a trouvé un arrangement, j'ai accepté un transport pour payer ma dette", explique-t-il à la cour. Quelque peu dubitatif, le président ne semble pas avaler cette couleuvre : "Tout serait parti d'une bagarre sur un parking ?", s'interroge le magistrat.  

"J'ai peur des représailles"

"La perquisition qui a été menée à votre domicile de Juvisy-sur-Orge a permis de mettre à jour 31 grammes de résine de cannabis, une balance de précision, un appareil pour mettre des produits sous vide et des pochons. De plus, il vous donne plus d'un kilo de cocaïne à transporter, pour une personne avec qui vous avez des embrouilles, il vous fait sacrément confiance", fustige le président qui lui rappelle qu'il a aussi refusé de donner son code de téléphone. "Déjà que j'ai des problèmes avec lui, et si la police remonte à lui, je ne veux pas qu'il croie que c'est moi. J'ai peur des représailles", répond le prévenu. 

Là où le bât blesse, c'est tout de même au niveau du casier judiciaire de Francis M. : 18 mois de prison en 2012, 3 ans en 2015 et 5 ans en 2018, le tout en rapport avec du trafic de stupéfiants. "Ça fait 10 ans que vous êtes dans le trafic de stupéfiants", tance le président qui se fend ensuite d'un "sans faire de mauvais jeu de mots, il apparait que vous travaillez comme intérimaire dans le transport", au moment d'aborder sa personnalité. "À ce rythme, dans 4 mois, on aura atteint les chiffres de 2023", indiquent les services des douanes qui demandent au tribunal une amende de 162.000 euros au prévenu. Pour le parquet, "le problème à La Réunion, c'est le prix de revente. Les trafiquants savent qu'il faut vendre de la drogue ici", explique le procureur. 

"Il a quasi inventé l'état de récidive perpétuel"

Le magistrat poursuit : "Sa version est impossible à vérifier. Il veut nous faire croire qu'il a commis les faits contraint et forcé, mais je suis impressionné par son casier. Il est en récidive depuis 2008, il a quasi inventé l'état de récidive perpétuel. Il sort de prison en 2021 et 2 ans plus tard, il est déjà là avec plus d'un kilo de cocaïne. C'est un choix. Il encourt 20 ans, mais cela ne le freine pas", conclut le magistrat qui requiert une peine de 10 ans de prison et une interdiction de territoire la plus longue possible à La Réunion ainsi que son maintien en détention. 

En défense, la robe noire défend la position de son client : "On peut douter de sa réaction, mais la volonté de ne pas donner son code est fondée par la peur des représailles". Et de poursuivre : "S'il y a des doutes sur sa version, le parquet avait la possibilité de faire des recherches supplémentaires. S'il y a un doute, il doit profiter à mon client. On doit accepter que la politique répressive ne fonctionne pas dans ce tribunal. Dix ans de prison reviennent à prononcer la mort sociale de mon client. Il est possible de le réinsérer, il faut personnaliser sa condamnation", conclut la défense. 

Après en avoir délibéré, le tribunal prononce une peine de 8 ans de prison ainsi qu'une interdiction de séjour à La Réunion pour une durée de 5 ans. De plus, le prévenu est condamné à une amende douanière de 162.000 euros et les scellés lui sont confisqués. 

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