Revenir à la rubrique : Faits divers

Trafic de drogues de synthèse : Le psychonaute sévèrement condamné

Des substances psychédéliques par kilo importées par colis postal de Chine où elles sont fabriquées par des laboratoires ont inondé La Réunion. Ces cristaux qui imitent la cocaïne ou les amphétamines ne seraient pas de la drogue, selon un trentenaire rejugé à sa demande par la cour d'appel en novembre 2023. Celui-ci s'est réclamé de sa consommation personnelle et n'a pas manqué d'imagination pour justifier son train de vie. Mais il n'a pas convaincu la cour dont la décision tombe comme un couperet.
Ecrit par Isabelle Serre – le vendredi 1 mars 2024 à 11H38

Arthur Mrowiec n'a pas hésité à faire appel de sa condamnation en première instance pour trafic de drogue. Sûr de lui, peut-être un peu trop, le trentenaire qui en impose par la taille réfute toute responsabilité dans les nombreux colis qu'il a fait acheminer de Chine vers La Réunion en direct ou via l'Hexagone. Ces différents paquets contenaient des produits de synthèse considérés par les enquêteurs comme des psychotropes.

L'affaire avait débuté par la plainte d'une personne dont l'identité aurait été usurpée par l'intéressé qui détenait la clé de la boite aux lettres de celle-ci dans une résidence située à L'Étang-Salé. Il y aurait récupéré deux colis en douce avant de se faire repérer. En parallèle, une enquête visait déjà ce métropolitain installé à La Réunion depuis 2014. Au centre postal de Sainte-Clotilde, les douanes avaient en effet mis la main sur un colis qui contenait les mêmes produits stupéfiants fabriqués par des laboratoires chinois. Des molécules de synthèse dont Arthur Mrowiec déclare qu'il ne "savait pas que c'était de la drogue", seulement de quoi animer des moments récréatifs. "Je suis un psychonaute", pose le mis en cause.

Une interprétation des faits que les douanes ne partagent absolument pas. 1.000 grammes de cristaux en 2014, puis 1.018 grammes en 2017, inscrits sur la liste des stupéfiants, jusqu'à un total de 8 kg qui seraient arrivés sur l'île, dont 4 kg saisis par les douaniers pour sa "consommation personnelle", insiste le prévenu. Dans ces cristaux, le principe actif du khat (cathinone) recréé de façon artificielle avec des substances de synthèse qui imitent les effets de la cocaïne, de l'ecstasy et des amphétamines, a été reconnu par des analyses.

"Il existe plus d'une cinquantaine de cathinones différentes, a tenté l'avocat d'Arthur Mrowiec pour minimiser l'implication de son client dans le supposé trafic. Difficile de s'y retrouver selon l'Observatoire des drogues lui-même", renchérit la robe noire.

"Vous reconnaissez la matérialité des faits mais pour vous ce n'était pas de la drogue", résume le président de l'audience qui, en poursuivant son interrogatoire, a mentionné les 18.000 euros en espèces retrouvés à domicile ainsi qu'un porte-monnaie de cryptomonnaie dans une clé USB et des fichiers intitulés "chimie" dans un ordinateur.

Quant à son train de vie peu en accord avec ses modestes revenus, Arthur Mrowiec a indiqué que grâce à des proches, employés dans des agences de voyages, il pouvait parcourir le monde à moindre frais. Ce qui n'a pas manqué de faire sourire la cour habituée à ce genre de discours. Le trentenaire a également expliqué qu'il avait reçu deux fois 50.000 dollars sans les déclarer en provenance des États-Unis de la part d'un label américain. "Et dont on n'a aucune trace", a précisé le président de la cour comme pour enfoncer le clou. Une réflexion prémonitoire puisque les magistrats de la rue Juliette Dodu ont été bien plus sévères que les juges de première instance. Le mis en cause est condamné à 5 ans de prison ferme et va être écroué.

 

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :