Trois ans d’inéligibilité requis contre le vice-président du Département de Mayotte Salime Mdéré

« Après l’interview, des Mahorais m’ont dit : Vous avez dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas ». Si Salime Mdéré s’est excusé à plusieurs reprises pour ses propos tenus le 24 avril dernier sur le plateau du JT de Mayotte la 1ère, il l’a parfois fait de manière pour le moins maladroite.
Le vice-président du conseil départemental de Mayotte comparaissait ce jeudi après-midi devant le tribunal correctionnel de Saint-Denis pour incitation à la haine raciale, à la violence ou à la discrimination, et pour incitation à commettre un crime non suivie d’effet. Et ce pour avoir déclaré, en commentant des images de l’opération d’expulsion d’étrangers Wuambushu : « Ces délinquants, ces voyous, ces terroristes, à un moment il faut peut-être en tuer, je pèse mes mots. »
Ce soir-là, malgré l’intervention de la journaliste qui condamne ses propos, Salime Mdéré persiste et signe en français puis en shimaoré, comme l’ont souligné tour à tour les avocats des plaignants représentant les parties civiles, la Ligue des Droits de l’Homme d’une part, le MRAP et SOS Racisme d’autre part.
Après avoir relevé que les faits avaient été rapportés par le préfet de Mayotte au procureur de la République de l’île Hippocampe, la procureure adjointe Lucile Régin a insisté sur le fait que le prévenu, habitué à répondre aux médias, ne pouvait pas se prévaloir, comme il a tenté de le faire lors de l’audience, d’une mauvaise gestion du stress généré par la pression du direct, pour expliquer ce qu’il qualifie lui-même de « dérapage ».
« On n’est pas sur des expressions de la langue française qui peuvent recevoir plusieurs interprétations », fait valoir la procureure adjointe Lucile Régin, estimant qu’il y avait « une forme de revendication » des propos tenus quand Salime Mdéré se targue d’avoir dit tout haut ce que beaucoup penseraient tout bas.
Interrogé par Me Emmanuel Daoud, avocat de la LDH, sur ce que désignait le terme Mahorais à ses yeux, Salime Mdéré a assuré qu’il englobait toutes les personnes qui vivaient à Mayotte, y compris les étrangers, s’ils manifestaient la volonté de s’insérer. « Vous avez pourtant soutenu publiquement à de multiples reprises l’opération Wuambushu », lui fait remarquer Me Emmanuel Daoud.
Salime Mdéré souligne son investissement dans l’insertion des jeunes en difficulté, notamment par le biais du football, pour montrer qu’il n’est pas le personnage odieux que laisseraient transparaître des paroles maladroites.
« C’est grâce à moi qu’on est allé en coupe de France contre Bordeaux », se félicite-t-il, en expliquant avoir intercédé auprès de la préfecture de Mayotte pour faire voyager des joueurs sans titre de séjour. Son avocat, Me Yanis Souhaïli, bâtonnier de Mayotte, brandit « l’exaspération » des Mahorais pour justifier le « dérapage », décrivant longuement « une île où rien ne va », considérée comme « la bâtarde » de la République par l’État qui l’a abandonnée. « La population en a marre de se faire caillasser tous les jours et personne n’est épargné. Il y a même des magistrats qui se font attaquer. La population de Mayotte est emprisonnée chez elle », dépeint Me Yanis Souhaïli, en assurant « qu’au moins 70 % de la délinquance à Mayotte, ce sont des étrangers ».
Après avoir souligné la gravité des faits lors de ses échanges avec le prévenu, la procureure adjointe Lucile Régin a requis trois mois de prison avec sursis simple, 5.000 euros d’amende et trois ans d’inéligibilité. Si Me Yanis Souhaïli a plaidé la relaxe, il a surtout insisté sur la peine d’inéligibilité, qui viserait selon lui à réduire un élu du peuple au silence. Le délibéré sera rendu le 7 mars.


